Inde : accéder à l’éducation malgré le mariage précoce

Publié le 22 novembre 2006 | Modifié le 28 décembre 2015

Le rapport 2007 de l’Unicef sur la Situation des enfants dans le monde s'intéresse aux bénéfices de l'égalité des sexes.

Quand Buna Devi, 18 ans, se rend au centre d'apprentissage de son village, dans le district de Pana, dans l'Etat de Bihar, elle entend les chuchotements réprobateurs des voisins : « Regardez, semblent-ils dire, elle va à l’école à son âge malgré ses deux enfants ! »

Pour elle, pourtant, l’école est une chance inattendue, car elle a grandi dans une famille pauvre et a été donnée en mariage à 13 ans. Son premier enfant, un garçon, est né un an plus tard. Elle en a eu un deuxième avant d'avoir 16 ans. « Jamais mes parents n'ont pensé que je pouvais avoir besoin d'une éducation, dit-elle, ils pensaient que l'éducation ne concernait pas les pauvres ».

46% d’Indiennes mariées avant 18 ans

L'âge minimum légal pour se marier a beau être de 18 ans, les mariages d'enfants restent fréquents dans l'Inde d'aujourd'hui : on estime que 46% des femmes indiennes se sont mariées avant d'avoir 18 ans ; dans les régions rurales du pays, la proportion est de l’ordre de 55%. Les garçons, eux, doivent endosser de nouvelles responsabilités financières.

Pour les filles comme Buna, cela signifie souvent la fin de leurs aspirations et l'entrée dans un engrenage de grossesses précoces et répétées et de problèmes de santé. Cela signifie aussi le plus souvent la fin de l'éducation qui représente la meilleure chance qu'ont les filles d'accroître leur influence au foyer, sur le marché du travail et dans la communauté entière.

Aussi, lorsque "Nari Gunjan", une ONG qui travaille à l'autonomisation des femmes, a ouvert un centre d'apprentissage dans son village, Buna s'y est vite inscrite.

Dans ce centre, la formation va au-delà de l'alphabétisation de base. Buna a appris beaucoup de choses en matière de santé, sur la façon d'élever les enfants, en couture, sur la position des femmes et des filles dans la société, le travail des enfants et les conséquences des mariages de mineurs.

Après avoir passé quelques heures au centre, Buna va travailler dans les rizières pour augmenter le revenu familial.

L’émancipation : pour le bien-être autant que pour le développement économique

Des investissements dans l'éducation, celle des filles en particulier, ainsi que la mobilisation de la société et l'autonomisation des femmes sont indispensables non seulement pour aider au développement économique de l'Inde mais, sur un plan plus personnel, pour que les filles aient l'occasion de vivre leur enfance et leur adolescence avant d'endosser les responsabilités du mariage et de la maternité.

« Je n'avais pas imaginé qu'un jour je saurais lire et écrire, raconte Buna. Je suis tellement fière que je n'arrive pas à trouver les mots pour exprimer mon sentiment de réussite. J'ai l'impression que les parures portées par les femmes sont superficielles, ajoute-t-elle, et que le véritable bijou, c'est l'éducation ».

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