Interview de Joshua Emmanuel, responsable UNICEF du programme SIDA au Nigeria

Publié le 02 décembre 2004 | Modifié le 31 mars 2016

3,8 millions de Nigérians sont infectés par le virus du sida. Plus vulnérables économiquement et socialement, les femmes sont les plus touchées par la pandémie. Le point sur la situation avec Joshua Emmanuel.

Le sida est un sujet tabou au Nigeria ?
Il l’est dans de nombreuses régions du Nigeria, et surtout au sein du couple. Il est très mal perçu qu’une jeune fille parle de sexe, et encore plus du Sida. Dans plusieurs endroits du pays, notamment dans les Etats musulmans du Nord, il est pratiquement interdit de parler de l’usage du préservatif. Souvent, les femmes sont mariées très jeunes à un homme plus âgé. Celui-ci a déjà eu de nombreuses relations sexuelles, ce qui accroît le risque qu’il ait lui même déjà été infecté par le VIH. L’homme étant celui qui tient la bourse dans le foyer, les femmes sont économiquement et psychologiquement plus faibles. Même si elles soupçonnent leur mari d’infidélités, il leur est difficile de refuser des rapports sexuels à risque, ou de négocier l’utilisation du préservatif. La situation est déséquilibrée par le peu de poids qu’ont ces femmes au sein de leur couple. L’homme a tous les droits. En outre, le préservatif étant, dans les esprits, principalement associé à l’homme, c’est à lui de décider s’ils l’utilise ou non. Le préservatif au féminin est simplement hors de question.

Le facteur économique est donc très important ?
Evidemment. Il faut mettre en évidence le visage féminin de la pauvreté et du chômage au Nigeria. Ce sont les plus pauvres parmi les pauvres. Il faut aussi pointer du doigt le manque d’éducation des filles, et l’inégalité d’opportunités professionnelles entre les hommes et les femmes. Beaucoup d’entre elles ne vont pas à l’école parce que leur famille pense qu’il est préférable que ce soit le garçon qui reçoive une éducation. C’est ainsi qu’elles sont irrémédiablement poussées vers le mariage, ou la prostitution, où le risque d’infection par le sida est le plus élevé. L’ignorance et la pauvreté creusent le fossé qui sépare les femmes des hommes au Nigeria. Il faut combattre l’ignorance. Plus les femmes seront éduquées, plus elles prendront conscience des risques encourus, et plus elles auront recours au préservatif. L’éducation des femmes est un facteur clé dans l’évolution de leur statut. Si elles parviennent à s’affirmer économiquement parlant, alors elles pourront prendre des décisions. Pour le moment, les femmes au Nigeria sont très mal informées. 45% des femmes seulement savent que l’usage d’un préservatif peut les empêcher de contracter le sida, contre 63% des hommes. 60% des Nigérianes savent que limiter leurs rapports sexuels à un partenaire peut réduire le risque d’être contaminées par le VIH, contre 80% des Nigérians.

Certaines pratiques traditionnelles aggravent la transmission du Sida. Quelles sont-elles ?
On trouve certaines de ces pratiques en milieu rural. Par exemple, après le décès du mari, lors de la cérémonie mortuaire, la tradition veut que la veuve ait un échange sexuel avec le frère, le cousin, ou l’oncle de son époux. Dans certains cas, c’est même le frère qui hérite de l’épouse endeuillée. Si la nouvelle épouse avait déjà contracté le virus auprès de son mari, elle le transmet immédiatement à son frère ainsi qu’aux co-épouses. En effet, la polygamie est toujours de mise dans certaines communautés traditionnelles du Nord : si un homme contracte le virus du sida, il contamine toutes ses épouses. Dans le Nord du Nigeria, qui est si différent du Sud du pays, nous adaptons notre approche aux pratiques religieuses. Nous recommandons fortement l’usage du préservatif, mais nous parlons aussi d’abstinence et de fidélité.
 

 

En savoir plus
  • Le Nigeria est le troisième pays le plus touché par la pandémie de sida dans le mond
  • 3,8 millions de personnes sont infectées par le virus
  • Les jeunes entre 15 et 24 ans représentent 60% des séropositifs au Nigeria.
  • Plus de femmes que d’hommes sont séropositives au Nigeria
  • Le risque de transmission du sida de la mère à l’enfant durant la grossesse, à la naissance, ou bien lors de l’allaitement est de 40%

    Que fait l’UNICEF ?

  • L’UNICEF soutient le programme de Prévention de la transmission du virus du Sida de la mère à l’enfant, lancé par le gouvernement nigérian.
  • Depuis janvier 2002, l’UNICEF soutient le Programme de service national humanitaire (National Youth Service Corps), qui recrute 90 000 étudiants nigérians chaque année. Deux jours durant, ces jeunes reçoivent une formation de sensibilisation à la prévention du VIH. 

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