« J’ai dû quitter mes parents pour aller gagner de quoi manger »

Publié le 12 avril 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Oumar a 12 ans. Il y a encore quelques mois, il habitait dans son village, au sud-ouest du Niger, avec sa famille. Mais comme dans beaucoup de villages du pays, affectés par la crise alimentaire et nutritionnelle qui frappe le Sahel, les réserves de nourriture se sont épuisées et il a dû se rendre à la capitale pour gagner de l’argent afin d’aider ses parents… Ecoutez son témoignage.

Il fait plus de 40 degrés ce jour-là. Oumar arpente les rues poussiéreuses de Niamey, une glacière sur l’épaule. Dedans, de l’ « appolo » : de petits sachets plastiques remplis de jus de fruits glacés, qu’il vend aux passants contre une poignée de francs CFA. 

« Elle », c’est sa patronne. Une femme célibataire, fonctionnaire, qui en rentrant du travail prépare les jus de fruits et les lui donne à vendre. Elle le paye 10 000 francs CFA par mois, soit environ 15€, le nourrit, et le loge aussi - quand Oumar lui a demandé s’il pouvait dormir chez elle car il n’y avait pas assez de place dans la tente avec ses sœurs, elle a accepté.

Quand la crise alimentaire force les parents à envoyer leurs enfants travailler

Il y a quelques mois, Oumar et d’autres garçons de son âge ont dû quitter leur village, Damana, à 130 km au nord-est de Niamey, pour venir travailler dans la capitale. Les greniers à céréales étaient presque vides, il n’y avait plus de quoi nourrir tout le monde. Arrivé à Niamey, Oumar a retrouvé ses deux grandes sœurs, parties plus tôt pour les mêmes raisons, et s’est installé avec elles sur un terrain abandonné dans le quartier résidentiel de Koira Kano. C’est là, sous une tente faite de bric et de broc qu’ils vivent désormais, avec d’autres familles déplacées, sans eau, sans toilettes, dans des conditions plus que précaires.

L’argent qu’il gagne, il l’envoie au village, à ses parents, « pour qu’ils puissent manger ». Il n’en garde qu’une petite part de temps en temps, pour s’acheter des vêtements par exemple. Ses sœurs font la même chose, mais elles travaillent comme domestiques, dans des familles de Niamey.

« Je préfèrerais aller à l’école… »

Avant, au village, Oumar allait à l’école. Il explique que pour lui, l’école, c’est très important, car « grâce aux études, on peut trouver un bon travail et avoir une meilleure vie ». Il aimerait bien y retourner, et plus tard, devenir professeur… Mais ici, à Niamey, il ne peut pas se le permettre : il doit travailler pour aider sa famille.

Quand viendra la saison des pluies, en juin, Oumar va rentrer dans son village, pour aider son père aux travaux des champs. « Ce sera mieux que faire la vente ambulante et tout ce que je subis ici… »

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Les enfants victimes de la crise au Sahel

Le Niger est l’un des pays les plus affectés par la crise alimentaire et nutritionnelle qui sévit actuellement dans 8 pays du Sahel. Plus de la moitié des villages du pays sont identifiés comme vulnérables face à l’insécurité alimentaire. Ce n’est pas une « famine », la situation alimentaire dans beaucoup d’endroits n’atteindra pas de seuil critique, mais c’est une crise qui touche directement les enfants : les plus jeunes sont menacés par la malnutrition, les plus grands quittent souvent l’école, et leur village, pour aller gagner de l’argent en ville… Le défi d’aider ces enfants est grand, mais avec votre aide, nous pouvons le relever. Merci de votre soutien !

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