« Je n'ai jamais voulu me marier »

Publié le 28 avril 2010 | Modifié le 28 décembre 2015

A 14 ans, Neelab, a été mariée de force. En Afghanistan, de nombreuses filles subissent toujours les mariages précoces et les violences conjugales.

Mazar-e-Sherif, Afghanistan, 20 avril 2010. Les six filles serrées les unes contre les autres boivent leurs thé en riant. Mais elles connaissent une tragédie. Ces filles vivent dans un centre de réinsertion pour jeunes. Une vie en suspens : elles purgent  une peine pour « crimes » moraux comme l'adultère ou pour avoir couvert de honte leurs familles.

L’une de ces filles, âgée de 16 ans, commence à sangloter alors qu'elle raconte comment elle s'est enfuie avec un garçon qui n'était pas celui choisi pour elle par ses parents. Une autre a mis au monde un bébé. Et une troisième se rappelle que son mari avait l'habitude de la battre et de la forcer à avoir des relations avec d'autres hommes. Mais elle a pris la fuite.

Deux ou trois affaires concernant ces filles sont en appel et celles-ci ont des chances d'être libérées prochainement. Mais certaines finiront par passer des années au centre. Elles craignent également les regards inquisiteurs qui les attendront à leurs sorties. 

 

Elles ont fui les mauvais traitements…

 

Dans une autre partie de la ville se trouve un refuge secret. Aucune poursuite ne pèse sur les filles qui vivent ici. Mais elles ont fui la violence et les mauvais traitements ou ont échappé à ceux qui voulaient les «vendre» et les échanger comme des produits.  Il y a quatre ans, il y avait seulement huit filles dans ce refuge. Aujourd'hui, elles sont 40. « Un bon signe de la prise de conscience croissante des droits des filles afghanes », estiment des spécialistes de la protection.

Toutes les occupantes du refuge ont vu leur enfance brutalement interrompue. Ici, enfin, on s’occupe d’elles.

Neelab, 18 ans, est déjà maman d’une fillette de trois ans. Elle raconte son histoire : ses parents, dans la misère, l'ont fait épouser un mari violent pour la sauver de la « honte ». Elle n’avait que 14 ans. Cet homme la battait si violemment que la jeune fille a fait une fausse-couche et perdu son second enfant. Aujourd'hui, elle souhaite faire entendre sa voix pour que les autres puissent apprendre.

« Je voulais aller à l'école et terminer mes études. Je n'ai jamais voulu me marier,  raconte Neelab. (…) Je voudrais que vous puissiez faire passer (..) ce message disant à tous les parents qu'ils ne devraient pas échanger leurs filles contre de l'argent et qu'ils ne devraient pas s'inquiéter de l'honneur de la famille. Dès que leur  fille devient adolescente, ils ne devraient pas la marier sans chercher à savoir si elle sera heureuse. »
 

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