Judith, 15 ans, témoigne…

Publié le 18 mai 2010 | Modifié le 31 août 2015

Judith a perdu sa mère lors du séisme à Haïti. Aujourd’hui, elle a repris les cours dans l’une des centaines d’écoles à avoir rouvert avec le soutien de l’Unicef. L’adolescente raconte son traumatisme et la force qui la pousse aujourd’hui à continuer de vivre. 

« Le jour du tremblement de terre, Madame Lambert, la directrice de notre école, nous a renvoyés à la maison plus tôt. D’habitude, je restais après la classe pour aider à nettoyer la cour de l’école. Mais ce jour-là, Mme Lambert avait entendu que, près de notre école, un professeur d’université avait été tué et on craignait des émeutes. (…)

J’étais à 35 minutes de chez moi, ma blouse collée à la peau à cause de la chaleur. Tout à coup, nous étions tout blanc, couverts de poussière de la tête aux pieds. Je ne croyais pas à ce qui arrivait.

(…)  Ma mère, qui était à la maison, a été prise sous les décombres, la jambe cassée. Ma famille a essayé sans relâche de la libérer des pierres mais elles étaient trop lourdes pour être soulevées et nous ne pouvions aller assez vite. Cette nuit-là, nous avons enterré ma mère. »

 

 

« La voix de ma mère »

« Après avoir déambulé dans les rues, nous avons fini par nous serrer les uns contre les autres au coin d’une rue. Nous nous sommes endormis au milieu des hurlements de femmes.

Nous n’avions plus de maison, nous n’avions plus de mère. Les deux endroits où trouver refuge avaient disparu. Ma vie tout entière s’était écroulée devant moi. J’ai beaucoup pleuré durant les jours et semaines qui ont suivi, entendant parfois la voix de ma mère ou la voyant en rêve.

Après le séisme, nous sommes partis aux Cayes pour passer quelques semaines de solitude, à la campagne. Ma mère me manquait tellement. Mais, même si elle n’était plus avec moi, elle m’a donné la force de continuer. Aujourd’hui, je la garde vivante dans mes souvenirs – assise devant la télévision, à regarder des émissions de variétés avec moi. Elle disait qu’un jour moi aussi je montrerai mes talents au monde entier. Je veux réaliser son rêve. »

 

Une raison de vivre

« Depuis que je suis revenue à Port-au-Prince, je vis avec 8 membres de ma famille dans une petite pièce. Mon père et mon frère dorment à même le sol. Ma sœur, mes cousins et moi dormons sur deux lits. Lorsqu’il pleut, notre chambre est comme une piscine, les sacs en plastique n’empêchent pas l’eau d’inonder la pièce.

Maintenant, je dois marcher deux heures pour me rendre à l’école chaque jour – 6 kilomètres en tout. C’est fatigant, mais je sais que je dois continuer mes études. Parfois, j’ai envie d’abandonner mais une petite voix me dit de rester déterminée, de continuer. Je vais à l’école pour ma mère, pour mon avenir. C’est ma raison de vivre.

J’adore l’école et j’ai beaucoup d’amis là-bas. C’est un endroit où je peux aussi poursuivre mon rêve de devenir chanteuse : je fais partie de la chorale et étudie la musique tous les jours. Nous avons récemment composé une chanson qui parle du séisme. »

 

« Partager nos sentiments »

« J’ai perdu beaucoup d’amis de mon école. Nous étions 74 dans ma classe, nous sommes aujourd’hui 32. Beaucoup sont partis à la campagne, aux Etats-Unis ou au Canada. Mme Lambert est devenue un modèle pour moi depuis que ma mère n’est plus là. Elle s’inquiète même lorsque je ne mange pas avant de venir à l’école.

Les vendredis, Mme Lambert organise des réunions pour que nous puissions partager nos histoires et nos sentiments à propos du séisme. Je parle de ma mère. L’une de mes camarades, qui marche aujourd’hui avec des béquilles, nous a raconté que sa grand-mère est morte à côté d’elle, en lui tenant la main.

Ces réunions nous aident à traverser ces moments difficiles tous ensemble. Nous avons appris à nous aider les uns les autres – il n’y a pas d’autre solution. Nous devons nous battre pour avoir ce que nous voulons dans la vie. »