Karim Adjibade : limiter l'endettement des Nigériens qui souffrent de la faim

Publié le 22 février 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Le représentant de l'UNICEF au Niger explique le système de banques de céréales, gérées par les femmes, qui a été choisi pour faire face à la crise alimentaire.

Le Niger a été frappé par une crise alimentaire en 2005. Mais la lutte contre la malnutrition doit continuer. Pouvez-vous expliquer pourquoi la famine est un problème récurrent dans le pays ?

Il y a de multiples facteurs. Mais l’un d’entre eux tient à la croissance de la population (3,3% par an) qui est supérieur à celle de la production agricole (2,2% par an). A chaque génération la terre cultivable est partagée entre les enfants (uniquement les garçons), qui héritent chacun d’un terrain plus petit que celui de leur père et qu’ils surexploitent. La solidarité permettait d’éponger les crises jusqu’à présent, mais on arrive à un point de rupture. La crise est renforcée par l’avancée du désert, la sécheresse, ainsi que, ces temps derniers, par l’épuisement des ressources qu’apportaient les Nigériens expatriés en Côte d’Ivoire. La population devait s’endetter pour pouvoir continuer à se nourrir pendant la période de soudure, c’est-à-dire la période pendant laquelle on est censé puiser dans les stocks en attendant les récoltes à venir.

Quelle a été l’action de l’UNICEF pour limiter cet endettement ?

D’abord, il faut préciser que ce dispositif vise à résoudre les problèmes de fond et n’est pas une réponse à l’urgence nutritionnelle. Pour celle-ci, nous avons soutenu – et nous continuons à la faire – les centres thérapeutiques pour prendre en charge les enfants en danger. Par ailleurs, en effet, grâce à l’UNICEF, 325 banques de céréales, contenant chacune 10 tonnes de nourriture, ont été ouvertes. Au lieu de s’endetter auprès de commerçants qui réclament des intérêts sans fin, les emprunteurs doivent rendre l’année suivante une quantité de céréales très peu supérieure. De plus, afin de promouvoir la place des femmes dans la société, c’est aux femmes, justement, qu’a été confiée la gestion de ces banques.

Pourquoi avoir préféré ce système à une distribution gratuite ?

Le gouvernement y était hostile. Il s’agissait pour lui de ne pas gripper le système économique. La gratuité a été réservée par le PAM aux cas de malnutrition sévère et aux personnes ne pouvant pas travailler : vieillards, veuves n’ayant pas d’accès à la terre et mères d’enfants sévèrement malnutris.

La malnutrition a-t-elle sur les enfants des effets à long terme  ?

Oui, surtout si l’enfant est pris en charge trop tardivement. La malnutrition chronique concerne de 40 à 50% d’enfants nigériens. Si elle perdure, ces enfants peuvent atteindre le stade de malnutrition modérée (15%) puis celui de malnutrition sévère (2%). Un enfant victime de manques importants, particulièrement entre 0 et 3 ans, peut révéler plus tard à l’école des handicaps neurologiques (mémoire, faculté d’assimilation). La malnutrition a donc des répercussions graves sur la santé des enfants, leur développement futur et celui de la société.

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