Kindia 2015 : « Scolariser tous les enfants, et en particulier les filles »

Publié le 02 novembre 2015 | Modifié le 04 novembre 2015

Le dernier épisode de la série documentaire Kindia 2015 est diffusé ce mois de novembre 2015 sur Canal+. Ce sera l’occasion de montrer les avancées du projet porté par l’UNICEF pour l’éducation des enfants de Guinée, et notamment des filles.
Notre collègue Sandrine témoigne de ce qu’elle a vu, entendu et vécu au contact des bénéficiaires de ce programme, elle était sur place dans la préfecture de Télimélé l’été dernier. Retour sur son expérience.

Par Sandrine Lerenard, chargée de programmes à l’UNICEF France
 

« Vous n’arriverez peut-être pas à atteindre le village. Il faut traverser des cours d’eau et en cette saison, avec les pluies, ils débordent ou rendent les chemins impraticables. »
C’est avec cet avertissement que nous quittons Télimélé au petit matin pour rejoindre le village de Songhé.

Pendant deux heures, les paysages défilent au gré des soubresauts du 4x4 sur les routes défoncées. Nous traversons des cours d’eau, des champs, pénétrons dans une forêt – et enfin, après une dernière montée, nous arrivons au village de Songhé, qui s’étale sur un plateau. 
Près de l’école nouvellement construite, la communauté nous attend.

Nous entrons dans les classes prévues pour l’éducation accélérée. Les enfants nous sourient. Ils sont 40 – dont 30 filles ! Un garçon d’une dizaine d’années prend la parole. « J’avais arrêté l’école en CE2. Et puis ces classes ont été construites, et des membres de l’association des parents d’élèves sont venus nous convaincre, moi et mes parents, d’y retourner. »

Ce projet a entièrement été monté avec la communauté. Une partie des infrastructures, notamment le centre préscolaire et les classes pour l’éducation accélérée, ont été construits avec ses membres sous la supervision d’un ingénieur. Par ailleurs, un certain nombre d’organisation communautaires ont été mises en place, sous formes d’associations de parents d’élèves ou d’organisations permettant la mise en place d’activités génératrices de revenus. Tout ceci dans un but : scolariser tous les enfants, et en particulier les filles, qui vont majoritairement moins à l’école.

Le centre préscolaire permet d’accueillir tous les enfants avant leur entrée en école primaire, soit l’équivalent de la maternelle. ©UNICEF Guinée

Je m’installe avec les femmes de la communauté, qui font partie de différentes associations, afin d’évoquer les problèmes qu’elles rencontrent, et les actions qui ont été mises en place. 

Timidement, l’une d’entre elle commence, tandis que l’animatrice communautaire traduit pour moi en français : « La grande majorité des enfants du village vont à l’école maintenant. Tous les enfants de la classe spéciale, c’est nous qui sommes allés les chercher. Et tous les matins, on fait le tour des classes afin de vérifier que tous les enfants sont là, ou voir pourquoi ils ne le sont pas. »

Je leur demande si elles tiennent un registre pour que cela soit écrit noir sur blanc. Elles se regardent, haussent les épaules. « On ne sait pas lire et écrire, alors on ne peut pas le faire nous-mêmes. Il faudrait qu’on demande à l’enseignant, mais il a déjà beaucoup à faire... Nous on aimerait bien être alphabétisés. On a pas eu cette chance.» 

 

Ces femmes de la communauté font partie de l’association des mères d’élèves et veillent à la scolarisation de tous les enfants, notamment des filles. © Sandrine Lerenard / UNICEF France

Peu à peu les langues se délient, et nous en arrivons à parler des adolescentes.

« Nous n’avons pas encore commencé à travailler sur le maintien à l’école des jeunes filles, mais c’est un gros problème. Souvent, les parents retirent leur fille de l’école parce qu’ils ont peur qu’elle tombe enceinte, puisqu’elle côtoie des garçons ici. Ou parfois, dans les familles très pauvres, on la marie lorsqu’elle a 13 ou 14 ans, notamment parce qu’elle ne sera plus à charge de la famille. »

Il y a quelques jours, dans un autre village, je discutais avec une jeune fille d’une quinzaine d’années, Adamawa. Immédiatement elle m’avait dit : « Je ne veux pas me marier. Je veux continuer à étudier, et devenir enseignante ».

Une jeune fille d’une dizaine d’années apparaît dans l’encadrure de la porte et me fait signe; c’est le moment de rencontrer le gouvernement des enfants (en photo).
Celui-ci veille au bon fonctionnement de l’école à tous les niveaux. Un par un, les différents ministres se présentent : environnement, affaires sociales, éducation, sport… Tous sont représentés. Le ministre de la sécurité prend la parole, et nous explique très sérieusement ; « S'il y a un conflit, j’interviens. Je m’assure que personne n'a d'objets pointus (s’il faut, je les confisque) et je règle les problèmes. Cette année, il n'y en a pas eu beaucoup. Juste un peu. »

C’est cette association d’infrastructures et de structures communautaires qui garantissent la pérennité du projet. L’objectif est que d’ici quelques années, les fonds dégagés par les activités génératrices de revenus puissent payer l’enseignant de la structure préscolaire par exemple, et que la communauté toute entière continue de veiller à la scolarisation de tous les enfants. 

Les nuages s’amassent au dessus de nos têtes ; c’est déjà la fin de l’après-midi. Nous prenons le chemin du retour. Dans la voiture, Gervais, le chef éducation, me parle de cette idée d’installer des panneaux solaires dans ce type de villages, pour que les infrastructures puissent profiter à tous et que les enfants les plus âgés puissent étudier le soir par exemple. 

Je pense aux femmes du village qui auraient souhaité être alphabétisées. Qui sait, peut être elles aussi, pourraient en profiter.  
 

De gauche à droite : Alassane, chef de projet de notre partenaire Plan Guinée, Sandrine notre collègue de l’UNICEF France, et Gervais le chef éducation de l’UNICEF Guinée.

Retrouvez le récit complet de la visite en juillet 2015 à Kindia sur notre Storify !

Diffusion de Kindia 2015 sur Canal+

Le dernier épisode du documentaire Kindia 2015 est diffusé sur Canal+ :

  • Le 4 novembre 2015 à 22h50 en crypté
  • Le 21 novembre 2015 à 14h19 en clair

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