Kurdistan syrien : "D'abord et avant tout des enfants"

Publié le 04 novembre 2019

Après la dernière offensive turque dans le nord-est de la Syrie, le journal "Le Parisien" a publié hier une tribune de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et membre du Comité de parrainage d'UNICEF France et Jean-Marie Dru, président d'UNICEF France.

Paris, le 3 novembre 2019 - Depuis la récente offensive turque dans le nord-est de la Syrie, 160 000 personnes, dont 70 000 enfants ont dû fuir avec leurs familles les zones de combat. Selon UNICEF, environ 9 000 enfants de combattants étrangers, originaires de 60 pays, dont 300 enfants français, tentent de survivre dans les camps du nord-est de la Syrie. Ils sont avec leur mère, parfois non-accompagnés ou orphelins. Victimes d’une guerre qui les dépasse, ces enfants restent d’abord et avant tout des enfants. Il est urgent qu’ils soient rapatriés par leur pays et qu’ils soient accompagnés dans la construction de leur avenir. 

Ces enfants, pour la plupart, sont nés dans des zones de conflit contrôlées par l’État islamique ou ont rejoint ces zones avec leurs parents. Tous sont victimes de circonstances tragiques et de violations flagrantes de leurs droits les plus élémentaires. Il est important de garder à l’esprit que ce sont des enfants et de les prendre en charge en tant que tels. 

La situation humanitaire de ces camps est catastrophique. Les enfants souffrent de malnutrition, de graves problèmes de santé, de blessures et de traumatismes causés par la guerre et par le manque d’accès à l’eau, à la nourriture et à des soins médicaux. Plusieurs sont morts d’épuisement et de maladies pourtant évitables. Et l’hiver qui s’installe rend la situation encore plus dangereuse.

Dans ce contexte, UNICEF exhorte depuis plusieurs mois les États à s’acquitter du devoir qui est le leur de protéger tout enfant de moins de 18 ans, conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). Pour la France, cette responsabilité s’étend à tous ses enfants associés à des groupes armés sur leur territoire ou à l’étranger, ainsi qu’aux enfants de ressortissants français, où qu’ils soient nés. 

À ce jour, la France n’a rapatrié qu’un petit nombre d’enfants isolés et refuse de rapatrier leur mère. Pourtant, dans les pays qui nous ont sollicités, UNICEF a aidé au rapatriement de plus de 270 enfants. Certains pays ont fait le choix de rapatrier tous les enfants et toutes les mères qui sont leurs ressortissants. UNICEF a permis d’établir des relations avec les ministères et les représentants consulaires, de fournir une assistance juridique, d’accompagner le retour des enfants en veillant à leur réintégration au sein de leur famille élargie et de leur communauté. Ils ont pu retourner à l’école et bénéficient désormais des services de protection de l’enfance. Preuve s’il en faut que c’est faisable. Et c’est ce qu’UNICEF demande pour tous les enfants qui sont encore retenus dans des camps en Syrie.

Il est donc impératif d’agir, et d’agir vite. S’il est vrai que tous les enfants exposés aux conflits armés ont vécu des traumatismes, il a été aussi prouvé qu’ils sont capables de résilience en dépit des privations et des violences extrêmes qu’ils ont subies, s’ils sont accompagnés et aidés. Il est essentiel de ne pas les séparer et les emmener loin de leur mère, et de maintenir le lien affectif qui a pu se construire dans ce contexte. 

Pour permettre la reprise de leur développement, il faut analyser les facteurs de protection ou de vulnérabilité acquis dans la famille avant le trauma et les facteurs de résilience disposés autour de l'enfant après le trauma. Tout isolement, toute séparation ou non explication aggraveraient les troubles et empêcheraient la reprise d'un développement. Si on ne s'occupe pas de ces enfants dès maintenant, on devra s'en occuper plus tard dans des circonstances plus douloureuses.

Ces enfants doivent être traités comme des victimes et non comme des criminels, conformément aux dispositions de la CIDE. Tous les enfants ont les mêmes droits. Ils sont inaliénables et reconnus comme tels. N’abandonnons pas ces enfants. 

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