« La crise en Côte d’Ivoire est un iceberg humanitaire »

Publié le 28 juin 2011 | Modifié le 31 mars 2016

Plus d'un mois après l’investiture officielle d’Alassane Ouattara à la présidence de la Côte d’Ivoire, la situation humanitaire reste préoccupante. Malgré un retour progressif au calme, l'Unicef, ses partenaires et de nombreuses ONG continuent à se mobiliser pour venir en aide à la population. Le point avec Hervé De Lys, le Représentant de notre organisation en Côte d’Ivoire.

 

 

Comment évolue la situation aujourd’hui à l’intérieur du pays ?

Ça fait maintenant huit semaines environ que les Nations unies et les différentes organisations humanitaires sont réellement de retour sur le terrain. À présent, il y a une nette accélération de notre action, notamment en matière d’éducation, de santé et de nutrition.

Peu à peu, l’environnement sécuritaire, économique et social revient vers la normale. Mais dans la mesure où il n’y a eu que très peu d’investissements dans le pays depuis 10 ans, la reprise va prendre un certain temps. De manière générale, l’aide humanitaire est là pour fournir une bonne base de départ au nouveau gouvernement. Celui-ci met en place un programme spécial pour remettre le pays en route, un programme qui s’accompagne d’un plan d’action humanitaire que nous soutenons. Sur le terrain, nous travaillons étroitement avec tous les acteurs humanitaires et bénéficions par moment du soutien logistique et sécuritaire des casques bleus, ce qui nous facilite l’accès à toutes les régions, mise à part la zone sud-ouest où une insécurité résiduelle est encore présente..

La crise humanitaire en Côte d’Ivoire est un iceberg humanitaire. Les personnes déplacées sur des sites pris en charge par les acteurs humanitaires représentant la partie visible, et la plus grande partie, invisible, étant constituée par les personnes prises en charge dans des familles d’accueil et pour lesquelles  nous n’avons pour le moment que peu de données chiffrées. Pour l’Unicef, la prise en charge de ces enfants déplacés et la réhabilitation des infrastructures sont prioritaires. De plus, plusieurs cas de choléra et de rougeole sont apparus dans le pays depuis le début de la crise. 

 

Comment l’Unicef se mobilise face à ces maladies ?

Dès que les signes annonciateurs d’une crise se sont manifestés, nous avons immédiatement fait un gros travail préventif en amont en nous rapprochant  de la société ivoirienne de distribution de l’eau. Nous avons donc distribué de l’eau potable, du chlore, des kits de soins, des kits de traitement de l’eau… sachant que l’évolution de cette épidémie est imprévisible. Face à ce contexte, le niveau d’alerte est élevé et le dispositif de réponse est bien en place pour réagir rapidement.

Pour la rougeole, dès le début de l’année nous avons commencé à vacciner des enfants à Abidjan et dans l’intérieur du pays. Quelques jours après la crise post-électorale, nous avons été informés de plusieurs cas confirmés dans l’ouest du pays où des dizaines de milliers de femmes et d’enfants s’étaient déplacés. Nous avons donc lancé une campagne de vaccination en urgence avec le Ministère de la Santé qui a permis de protéger les enfants touchés par la rougeole mais aussi d’aider au retour du personnel de soin et à la relance des services de vaccination. Ensuite, une nouvelle campagne de vaccination a commencé au mois de juin : 170 000 enfants supplémentaires sont ciblés.

 

Le maintien de l’école était une priorité de l’Unicef pendant la crise. Comment celle-ci continue à être prise en charge par notre organisation ?

Nos différentes distributions de matériel ont toujours lieu sur le terrain (450 000 kits de matériel scolaire ont été distribués récemment).

La première difficulté tient au fait que de nombreux enseignants sont encore absents. Une certaine peur règne encore, notamment dans les zones où des enseignants ont été blessés, tués, détenus ou torturés pendant la crise. Un certain nombre d’entre eux ne reviendront jamais à leur poste d’origine. D’où l’opération en cours de recrutement et de formation d’enseignants . Au-delà de la disponibilité du personnel,  il faut impérativement réhabiliter les infrastructures car 80 % des écoles ont perdu leur matériel de base : bancs, chaises, tables...
 
Ensuite, si c’est un défi de ramener les enfants à l’école, c’est aussi un enjeu majeur que de pouvoir les y garder afin qu’ils puissent rattraper le retard accumulé. Le gouvernement a pris la décision de prolonger l’année scolaire jusqu’au mois d’août mais cette extension coïncide avec la période de soudure alimentaire et les travaux champêtres auxquels les enfants sont souvent associés. De ce fait, il est important que des cantines scolaires soient mises en place pour inciter les parents à maintenir les enfants à l’école, dans cette période où ils ont beaucoup de difficultés à nourrir les enfants. 

Mais nous sommes inquiets car le Programme Alimentaire Mondial qui soutient le gouvernement pour les cantines scolaires n'est pas financé pour ouvrir un programme ambitieux de cantine pendant l’été. Nous craignons donc que la fréquentation des écoles soit faible. Enfin, un des facteurs limitant pour un retour des enfants à l’école tient au fait que les parents constatent que des abus violents continuent d’être commis et ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école. Nous plaidons donc au quotidien auprès des autorités pour que l’école soit un lieu sûr et que le chemin de l’école soit protégé. A cet effet, la collaboration avec les casques bleus et les forces nationales de sécurité est indispensable.
 

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