La fin de la guerre ne doit pas être la fin de l'aide

Publié le 26 février 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Interview de Geert Cappelaere, représentant de l'UNICEF en Sierra Leone. Selon lui, la fin de la guerre ne doit pas faire oublier les besoins considérables de la Sierra Leone, avant-dernier pays du monde en terme de développement humain.

La Sierra Leone sort d’un conflit de 12 ans qui s’est achevé en 2002. Quelle est le problème qui se pose dans la période actuelle de stabilité relative ?
Avec la fin de la guerre, les bailleurs de fond s’en vont. Un programme de protection de l’enfance et de réintégration des enfants soldats, qui était financé à hauteur de 3,5 millions de dollars l’année dernière, n’en a plus que 450 000 cette année, parce que le pays n’est plus considéré comme étant en crise humanitaire. Seulement les indicateurs restent alarmants (lire l'encadré). La Sierra Leone était le dernier pays du monde en terme de développement humain en 2004. Il est remonté à l’avant-dernière place en 2005 uniquement en raison de l’aggravation de la situation au Niger.

Quelles sont les priorités établies par l’UNICEF ?
Nous en avons fixé deux : l’éducation d’une part, la santé et la nutrition d’autre part. En fait, on s’aperçoit vite que tout est lié. L’éducation permet notamment la prévention du VIH/sida, donc joue sur la santé. Et pour faire accéder le maximum d’enfants à l’éducation, il faut déjà sauver tous ceux qui meurent avant 5 ans de maladies évitables : un tiers du paludisme (il faut distribuer des moustiquaires), un tiers de diarrhées (il faut améliorer l’accès à l’eau potable) et un tiers de malnutrition (due à des problèmes à la fois logistiques et culturels). Pour mener à bien ces objectifs, l’UNICEF a besoin que l’enfance soit considérée comme un sujet privilégié par tous ses partenaires : ceux qui agissent déjà sur place et les autres, comme le BIT (Bureau International du travail) dont je réclame l’intervention pour empêcher l’exploitation des enfants dans les mines de diamant.

Quelle est la réaction des autorités locales ?
L’Etat va dans notre sens quand il décide notamment de la gratuité de l’enseignement. Mais le pays est si pauvre qu’une telle décision n’empêche pas les enseignants de réclamer de l’argent aux enfants et à leurs familles pour donner leurs cours. Et il faut ajouter le coût du déplacement pour se rendre jusqu’à l’école. Notre but est de garantir un enseignement sans frais. Il s’agit aussi de convaincre les familles de scolariser leurs enfants en particulier les filles. Dans ce travail de conviction auprès des leurs, les enfants déjà scolarisés et surtout les chefs de communautés nous apportent une aide précieuse.

INDICATEURS

  • Plus de 50% de la population a moins de 18 ans.
  • 75% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour.
  • Espérance de vie : 34 ans.
  • 14% des moins de 18 ans sont orphelins.
  • Taux de mortalité des moins de 5 ans : 284/1000 (le pire taux du monde).
  • Taux de mortalité maternelle : 1 800/100 000 (le pire taux du monde).

Soutenir nos actions