La malnutrition au Sahel, "une crise chronique"

Publié le 28 décembre 2011 | Modifié le 31 mars 2016

Récoltes insuffisantes, faibles pluies, augmentation des prix des denrées alimentaires… sont des facteurs de multiplication des cas de malnutrition. Ce scenario est déjà bien connu au Sahel. Après les crises de 2005 et 2010, notre organisation continue à se mobiliser pour les enfants du Sahel. Félicité Tchibindat, Conseillère régionale en nutrition du Bureau de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (Dakar), répond à nos questions.

 

 

 

Comment s’explique la récurrence des crises alimentaires au Sahel ?

Sur le plan géographique, le Sahel est une région très fragile et sur le plan de la production agricole, les pays du Sahel sont déficitaires de façon chronique. Depuis 2008, les prix des denrées alimentaires n’ont fait qu’augmenter. Et depuis les crises alimentaires de 2005 et 2010, les populations sont extrêmement vulnérables. Le temps de résiliences entre deux crises s’est considérablement réduit. Pour ces populations, surtout pour les enfants, le moindre petit choc les fait basculer dans la malnutrition.

Comment évolue l’action de l’Unicef, présent de manière permanente dans cette région ?

L’Unicef prend principalement en charge les enfants de moins de 5 ans. Ceux que l’on a pris en charge en 2005 ont aujourd’hui, 8, 9 ou 10 ans. Et dans la mesure où tous ces pays sont dans une situation de vulnérabilité, il y a toujours de nouveaux cas. De l’extérieur, on pourrait avoir l’impression que l’on refait les mêmes choses. Ce n’est pas le cas, car ce ne sont pas les mêmes enfants. La malnutrition est causée par plusieurs facteurs : alimentation insuffisante, soins inadéquats aux enfants, accès insuffisant à  l'eau et l'assainissement.

En 2005, l’Unicef a soutenu les gouvernements et les ONG pour la mise en place d'un système de dépistage des enfants malnutris aigus sévères et modérés et de prise en charge la malnutrition aiguë sévère. Au Niger par exemple, l'année dernière, plus de 330 000 enfants ont été soignés. La couverture a également augmenté au Mali, au Tchad et au Burkina Faso.

Pendant la période de soudure, nous avons mis en place des distributions de suppléments nutritionnels pour les enfants âgés de 6 à 23 mois. On met tout en œuvre pour améliorer la prévention.

Quels sont les moyens mis en œuvre par notre organisation pour éviter une crise humanitaire au Sahel en 2012 ?

Nous identifions les régions les plus vulnérables. Après nos estimations, nous faisons le point sur les besoins en aliments thérapeutiques. Et on prépositionne ces produits pour le premier semestre 2012. Par le passé, on intervenait trop tard, au milieu d’une crise. Aujourd’hui, on travaille avec des ONG pour passer du curatif à la prévention. Mais pour parvenir à cela, il nous faut plus de fonds. Pour nous, les périodes d’urgence sont une porte d’entrée, mais nous devons plus travailler sur le développement, les programmes réguliers.

En quoi les crises qui frappent le Sahel et la Corne de l’Afrique sont différentes ?

La crise nutritionnelle et alimentaire de la Corne de l’Afrique a commencé silencieusement. Malgré des signaux d’alarme, la réponse a été tardive. Et les déplacements de population massifs aggravent la situation. Au Sahel, il s’agit d’une crise chronique avec des soubresauts. Il faut toujours être prêt. Enfin, le taux de mortalité infantile est bien moins élevé au Sahel que dans la Corne de l’Afrique.

En savoir plus

Pour éviter une autre crise humanitaire au Sahel, les besoins immédiats de l’Unicef s’élèvent à plus de 50 millions d’euros.

Pour mieux prendre en charge les enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée, l'Unicef travaille avec le Programme alimentaire mondial. Les résultats sont encourageants, notamment au Tchad et au Niger. Dans les pays où le PAM n'est pas présent, l'Unicef assure l'intégralité de la prise en charge des malnutris modérés et aiguë sévères (Cameroun, Nigeria).

1 million d’enfants sous la menace de la malnutrition au Sahel.

Notre dossier sur la malnutrition.

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