La malnutrition est une maladie évitable !

Publié le 07 avril 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Pour Anne Boher, qui dirige la communication de l’Unicef au Niger, la malnutrition chez les enfants n’est pas seulement causée par les pénuries alimentaires : il faut soutenir le système de santé public et promouvoir  de bonnes pratiques au niveau communautaire pour prévenir l’apparition de crises nutritionnelles.

Quelle est l’origine de la crise actuelle ?

La pluviométrie a été particulièrement mauvaise en 2009, entre juin (période des semailles) et octobre (période des récoltes). Les pluies ont été irrégulières et mal réparties dans l’espace, ne permettant pas aux populations de produire ce dont elles ont besoin pour subvenir à leurs besoins jusqu’aux prochaines récoltes. En effet, les populations sahéliennes ont peu de stocks, les gens  consomment ou vendent en général tout ce qu’ils produisent. Ainsi, dès le mois de décembre 2009, le gouvernement avait rendu publics les résultats d’une enquête rapide qui a révélé une grande vulnérabilité des familles dans certaines régions très affectées par le manque de pluies : certaines  n’avait à l’époque qu’un à trois mois de réserves. Aujourd’hui, on voit des Nigériens quitter leur région ou vendre leur bétail, les mamans cuisinent les feuilles trouvées dans la brousse… C’est une crise alimentaire. Avec le risque très sérieux de basculer dans une urgence nutritionnelle si rien n’est entrepris aujourd’hui.

A quoi ce basculement tient-il ?

Dans les pays du Sahel, où une majorité des personnes  vivent dans des conditions précaires et ont des ressources alimentaires faibles, la malnutrition est due à une alimentation trop peu diversifiée, qui manque d’énergie et de protéines, mais aussi de vitamines et de minéraux… Ainsi, environ la moitié des enfants souffre d’un retard de croissance dû à une malnutrition chronique sur le long terme. La malnutrition aiguë, c’est à dire celle qui met en danger la vie de l’enfant, est due au manque général de vivres riches en protéines et en calories, en particulier lors de ces fameuses périodes de soudure, entre deux récoltes. Mais elle est aussi due à l’état de santé général des enfants : les diarrhées, le paludisme ou les infections respiratoires peuvent être la cause ou la conséquence de la malnutrition. On a longtemps lié la malnutrition des enfants exclusivement aux ressources alimentaires, pensant qu’il suffisait d’apporter des vivres pour résoudre le problème. Nous savons que la malnutrition des enfants est un phénomène plus complexe dont les causes sous-jacentes peuvent être la disponibilité alimentaire, mais aussi l’état de santé et donc l’accès au services de santé, ou encore les pratiques de soins apportés aux enfants. On dispose actuellement des connaissances nécessaires pour prendre en compte ces différents facteurs. Pour l’Unicef et ses partenaires, la prévention de la malnutrition est primordiale, tout autant que le traitement des enfants malades. La malnutrition n’est pas une fatalité, mais une maladie, qui se prévient et qui se soigne.

En quoi consiste cette prévention ?

On sait que l’état de santé des enfants les expose plus ou moins à la maladie. Vacciner un enfant contre la rougeole, lui éviter un paludisme ou des diarrhées sont autant de façons d’éviter la malnutrition. Pour s’atteler aux maladies qui sont responsables de la malnutrition ou qui sont favorisées par la malnutrition, c’est toute la chaîne de soins, le système entier,  qu’il faut  renforcer.
Des villages aux hôpitaux, en passant par les centres de santé, chacun doit surveiller et soigner la malnutrition, mais aussi les maladies qui la favorisent. Il faut donner les moyens aux structures de santé qui sont en contact avec les enfants de détecter et prévenir les risques en offrant un suivi et des soins de qualité. Des pays comme le Niger ont rendu gratuits les soins médicaux pour les enfants de moins de cinq ans, ce qui favorise le suivi médical des enfants. Des campagnes de dépistage et de suivi des enfants, et des femmes enceintes et allaitantes, couvrent des zones de plus en plus larges. Pour sortir du cercle vicieux de la malnutrition et des maladies qui aggravent l’état nutritionnel,  l’Unicef et ses partenaires (ministère de la santé, ONG…) s’attaquent à la fois à la malnutrition chronique et à la malnutrition aiguë. Lors des campagnes dans les villages, les enfants reçoivent de la vitamine A qui les aide à lutter contre la rougeole, du fer contre l’anémie (que le paludisme a tendance à aggraver), de l’iode et une moustiquaire imprégnée d’insecticide pour se protéger du paludisme. Leurs vaccinations sont mises à jour, et on leur administre un vermifuge qui assainit leur système intestinal. En amont du soin médical lui-même, nous faisons la promotion des pratiques simples comme l’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de six mois, le lavage des mains au savon ou le traitement de la diarrhée à domicile. Des gestes simples qui sauvent des milliers d’enfants en leur évitant les maladies qui font le lit de la malnutrition. Quand le problème est purement lié à l’absence de nourriture dans les familles (comme c’est le cas entre deux récoltes), l’apport d’aliments supplémentaires, en particulier pour les jeunes enfants et les femmes enceintes ou celles qui allaitent, est  inévitable, sinon  le nombre de  cas de malnutrition explose. Ainsi, l’Unicef et le PAM procèderont à des distributions de rations alimentaires et de produits thérapeutiques pour les enfants de 6 à 23 mois (maïs, soja, haricots, huile et sucre) entre les mois de mai et août.

Quelle est l’action de l’Unicef en terme de prise en charge ?

Nous aidons les autorités du pays, à renforcer les cases de santé et les centres de santé intégrés. Nous travaillons avec les communautés pour l’adoption de pratiques simples, peu coûteuses et pourtant à même de sauver la vie des enfants menacés. Pour cela, nous utilisons les aliments thérapeutiques, les ATPE (aliments thérapeutiques prêts à l’emploi) découverts dans les années 1990 : ces produits apportent aux enfants des  éléments essentiels à leur croissance et  permettent de prendre en charge beaucoup plus d’enfants, et de façon plus efficace, car on n’hospitalise que les enfants qui présentent des troubles graves associés à leur malnutrition. Le gros avantage est la prise en charge en ambulatoire, qui fait que les enfants restent chez eux tout en continuant à être soignés. Nous nous inspirons des progrès de la médecine pour répondre à la situation que nous vivons au Sahel,  par exemple en utilisant les stratégies ambulatoires pour la prise en charge massive de malades dans des contextes où l’accès aux structures sanitaires peut être très difficile à cause des distances ou du manque de personnel soignant. Avant, de nombreux parents soit ne faisaient pas le trajet jusqu’à l’hôpital, soit abandonnaient le traitement en cours parce qu’ils ne pouvaient rester quinze jours ou trois semaines loin de leur foyer, de leur travail, et de leurs autres enfants. C’était leur demander de choisir entre l’enfant malade et l’avenir de toute leur famille…
Ce que nous savons aujourd’hui des mécanismes de la malnutrition aiguë nous a fait revoir nos façons de faire, nos protocoles et nos procédures,  afin de soigner davantage d’enfants, mais aussi de mieux soigner les plus malades. Nous connaissons davantage leurs besoins et nous avons des produits intéressants à proposer aux familles et au personnel de santé. Ainsi, entre le 1er janvier et le 28 mars, près de 34,000 enfants ont déjà été pris en charge à travers les 812 centres nutritionnels répartis sur le territoire nigérien. Sans intervention efficace en amont, il pourrait y avoir jusqu’à 400 000 enfants pris en charge ces 12 prochains mois. L’Unicef approvisionne ces centres en aliments thérapeutiques et médicaments essentiels et va recruter une centaine d’agents de santé pour appuyer le système de santé national dans la gestion des centres de prise en charge :  seulement 312 des centres sont appuyés par des partenaires techniques, alors que cela demande une expertise que le Niger ne maîtrise pas encore.

Quels sont les besoins humanitaires cette année dans le pays ?

Une évaluation provisoire estime à 190 millions US$ la somme nécessaire à l’ensemble des ONG et des agences onusiennes pour couvrir les besoins en alimentation, en semences, en prise en charge nutritionnelle. Les acteurs de la nutrition au Niger estiment leurs besoins financiers à 27,7  millions, dont 22 millions correspondent à la stratégie de prévention et de prise en charge développée par l’Unicef en nutrition ; 1,4 million est nécessaire pour améliorer l’accès à l’eau, notamment dans les centres de santé. Les solutions existent, on sait répondre à la malnutrition : il ne manque que les ressources pour que nous puissions déployer, très rapidement, les mesures d’urgence qui conviennent.

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