La stigmatisation des enfants séropositifs

Publié le 19 juillet 2010 | Modifié le 06 juillet 2015

Une épidémie souterraine de VIH en Europe de l’Est et en Asie centrale est en train de prendre de l’ampleur à une vitesse alarmante, nourrie par la toxicomanie, les comportements sexuels à haut risque et un niveau élevé de stigmatisation sociale, qui dissuade les gens de chercher un traitement ou des informations sur la prévention.

 

Un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’UNICEF, intitulé « Blâme et bannissement : l’épidémie souterraine de VIH touchant les enfants d’Europe de l’Est et d’Asie centrale », met en lumière les problèmes que rencontrent les enfants vivant avec le VIH, les adolescents qui s’adonnent à des comportements à risque, les femmes enceintes qui consomment de la drogue et le million ou plus d’enfants et adolescents qui vivent ou travaillent dans les rues de la région.

Les jeunes gens marginalisés sont exposés quotidiennement à de nombreux risques, dont la toxicomanie, le sexe à des fins commerciales et d’autres types d’exploitation et de maltraitance, ce qui accroît le risque qu’ils contractent le VIH. Les tendances sont particulièrement inquiétantes, car la région compte 3,7 millions d’utilisateurs de drogue injectables, soit près d’un quart du total mondial. Pour beaucoup, l’initiation à la drogue commence à l’adolescence.

 

Des mineurs poursuivis en justice au lieu d’être aidés

 

Les services de santé et de protection sociale actuels ne sont pas conçus pour aider les adolescents les plus à risque, qui sont souvent l’objet d’une réprobation morale, de récriminations, voire de poursuites judiciaires lorsqu’ils cherchent à obtenir un traitement ou des informations sur le VIH. « Les enfants qui vivent en marge de la société ont besoin d’un accès aux services de santé et de protection sociale et non d’une grosse dose de désapprobation », a dit M. Anthony Lake, Directeur général de l’UNICEF.

Pour toucher et aider les jeunes qui vivent avec le VIH ou risquent d’être exposés au virus, les autorités civiles et médicales doivent proposer des services dénués de jugement, où les jeunes sont bien accueillis et où l’on répond aux besoins spécifiques des adolescents marginalisés.
Dans la Fédération russe, par exemple, une centaine de ces établissements accueillants pour les jeunes ont été créés. Ils y trouvent des services relatifs à la santé sexuelle et procréative, des informations, des conseils et un appui psychologique. Le Centre Atis, en Moldova, est aussi un bon exemple d’initiative prometteuse et qui permet de sauver des vies.

 

Ne pas les priver de leur enfance

 

«Nous ne pourrons interrompre la trajectoire de l’épidémie de SIDA en Europe de l’Est et en Asie centrale que si nous protégeons les enfants et les jeunes et si nous leur donnons les moyens de se prendre en charge, a affirmé le Directeur exécutif d’ONUSIDA, M. Michel Sidibé. Nous ne devons pas les priver de leur enfance. Il nous incombe de veiller à ce qu’ils aient accès aux services de prévention et de traitement du VIH »

Un centre de prévention et de traitement du VIH au Tadjikistan est en train de démanteler les obstacles créés par la méfiance pour toucher les adolescentes qui font commerce du sexe. Comme l’a expliqué une jeune cliente, « Au début, je ne croyais pas que le contrôle médical, le traitement et les préservatifs seraient réellement gratuits et anonymes. Je pensais que c’était un piège que nous tendait la police. La première fois que j’ai accepté de m’y rendre, c’était avec une assistante sociale mais maintenant, j’y vais seule et je pousse mes amies à utiliser ces services, elles aussi. »
 

Enrayer le phénomène « Se cacher plutôt que se soigner »

 

Une étude récente menée dans six pays par le PNUD montre que beaucoup de personnes vivant avec le VIH ont plus peur de la stigmatisation sociale qui les guette s’ils cherchent à se faire soigner que de la maladie elle-même, ce qui aggrave encore le caractère clandestin de l’épidémie.

La stigmatisation sociale associée au VIH ne concerne pas que les adolescents. Les enfants vivant avec le VIH se voient régulièrement refuser l’accès à l’école ou aux classes maternelles, et dès que leur statut est connu, ils sont rejetés et subissent des mauvais traitements. Alla, la mère adoptive d’un enfant séropositif, explique que son fils a été rejeté par ses camarades lorsque quelqu'un a révélé son statut séropositif à d’autres familles. « Ses camarades de classe disent qu’il est ‘dégoûtant’ et refusent de jouer avec lui », dit-elle.

«Ce rapport appelle à protéger les droits et la dignité de tous ceux qui vivent avec le VIH
ou courent le risque d’y être exposés, et en particulier les enfants et adolescents vulnérables, a dit M. Lake. Nous devons mettre en place un environnement fait de confiance et d’empathie, non de jugement et d’exclusion. Ce n’est qu’en mettant un terme à la  discrimination envers les populations vulnérables qui vivent avec le VIH que l’Europe de l’Est et l’Asie centrale pourront enrayer la propagation de l’épidémie »
.

 

Inscrivez-vous

Suivez toutes les actualités de l'UNICEF

Soutenir nos actions