La trop courte vie de Marie, une enfant du Kasaï

Publié le 30 mai 2018 | Modifié le 01 juin 2018

La guerre dans la région du Kasaï, en République démocratique du Congo, a profondément déstabilisé les familles et privé les enfants de nourriture.

Blottie dans les bras de sa mère, Marie tressaille au moindre mouvement, rayon de lumière ou bruit trop proche dans le service de traitement de la malnutrition, à l’hôpital central de Mbuji-Mayi, la capitale de la province du Kasaï-Oriental. Pour le moment, le monde est tout simplement trop agressif pour elle. Elle gémit doucement de manière régulière, et elle souffre manifestement d’une douleur persistante. Âgée de presque 3 ans, le ventre gonflé et les jambes maigres couvertes de lésions, elle pèse à peine plus qu’un nourrisson.

Julie Mujimba Wakayembe, la mère de Marie, la berce doucement et tente de lui faire avaler le lait thérapeutique qui, elle l’espère, remettra sa fille souffrante sur pied dans environ 10 jours, si tout va bien.

Si seulement le temps pouvait passer plus vite.

Pour guérir, un jeune enfant souffrant de malnutrition aiguë sévère doit être nourri sous surveillance régulièrement, toutes les deux à trois heures, avec des quantités d’aliments thérapeutiques mesurées avec soin. Pour empêcher les maladies opportunistes de s’attaquer au système immunitaire affaibli de l’enfant, il faut des soins, de l’amour et une assistance médicale.

Marie commence à retrouver de l’appétit, affirme Julie. De nombreux enfants dans le même état sont trop faibles pour manger, alors même qu’ils sont affamés. Leur appétit doit être patiemment réapprivoisé. Les mères jouent un rôle crucial dans ce processus.

« Continuez à la nourrir régulièrement, préconise le Dr Elvis Badianga Kumbu, chef du service de traitement de la malnutrition, en s’adressant à Julie. Je te donnerai un morceau de bonbon si tu manges », promet-il à Marie alors qu’elle avale lentement de petites gorgées de lait.

Julie explique qu’il y a plusieurs mois, elle a laissé Marie et ses trois autres enfants à sa sœur, à Mbuji-Mayi, afin de trouver du travail dans une autre partie de la province. Il s’agit d’une situation fréquente : pour nourrir leurs enfants, les femmes sont obligées de travailler là où elles peuvent, souvent dans des régions où elles ne disposent pas de réseau d’entraide, et elles doivent donc laisser leurs enfants, comme l’a fait Julie.

Ensuite, le conflit a commencé.

« Ils ont décapité le chef du village », se souvient Julie, décrivant les premières flambées de violence auxquelles elle a assisté. Comme tous ses voisins, elle s’est réfugiée dans la brousse. Par la suite, elle a appris que son fils, resté à Mbuji-Mayi, était mort, et que sa fille mourrait également si elle ne se dépêchait pas de revenir auprès des siens.

Elle est rentrée aussi vite que possible. En voyant Marie si maigre et si faible à son arrivée, elle s’est mise à pleurer et a été prise de regrets. Une voisine lui a conseillé de se rendre à l’hôpital où la petite fille serait soignée gratuitement.

« Elle pleure beaucoup, et elle se réveille sans cesse à cause de la fièvre », explique Julie après plusieurs jours de traitement, alors qu’il reste un espoir de guérison pour Marie. Mais au cours des jours suivants, l’état de la fillette se détériore. Son anémie s’aggrave et, affaiblie, elle contracte une infection respiratoire. Ses organes internes cessent de fonctionner, les uns après les autres. Marie finit par succomber à sa maladie.

Alors que de plus en plus de personnes déplacées réintègrent leur communauté d’origine dans la région du Kasaï, l’histoire de Marie est malheureusement trop fréquente : l’histoire d’une courte vie interrompue alors qu’elle venait à peine de commencer.

L’histoire de Marie ne doit pas se répéter. Faites un don pour mettre fin aux souffrances des enfants au Kasaï.

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