La violence et la pauvreté menacent toujours les enfants

Publié le 10 février 2008 | Modifié le 28 décembre 2015

Fragiles et invisibles… Les enfants d’Haïti sont les victimes silencieuses d’un lourd héritage. Ces 30 dernières années, les crises politiques, économiques et sociales ont enflammé la « Perle des Antilles ». Aujourd’hui pays le plus pauvre de toute la région Amériques et Caraïbes, Haïti sort de cinq années marquées par une extrême violence entre bandes armées et contre les forces de l’ordre. Violence qui n’a cessé d’approfondir le gouffre entre les enfants et leurs droits les plus essentiels.

Les garçons et les filles de moins de 18 ans représentent près de 50% de la population haïtienne. Le plus grand nombre d’entre eux vit avec moins d’un dollar par jour et c’est d’abord l’accès aux services de base qui fait défaut : l’école, la santé, l’accès à l’eau potable sont devenus des luxes. A quelques kilomètres de Miami ou de la Martinique, Haïti présente l’un des taux de malnutrition des enfants les plus élevés au monde, et un taux de vaccination contre la rougeole plus bas que celui de l’Afrique subsaharienne. A Cité Saint Martin, l’un des bidonvilles de Port au Prince, 60 000 personnes s’entassent sur un kilomètre carré, sans évacuation des déchets, ni latrines. Survivre assez longtemps pour fêter son premier anniversaire est un exploit en soi.

Rompre le cycle et l’impact de la violence
D’autres maux menacent les enfants et les jeunes d’Haïti. La violence, la pauvreté et la profonde crise sociale ont créé des conditions propices pour piéger des centaines de milliers d’enfants dans le cycle de l’exclusion, de la maltraitance et de l’exploitation.

On dénombre près de 2200 enfants vivant dans les rues de Port au Prince, entre violence, exploitation mais surtout mise au banc. On estimait en 2006 qu’un enfant des rues était tué chaque jour en Haïti. Une violence urbaine à laquelle les enfants sont eux-mêmes associés, tout en en étant les premières victimes. Les gangs armés ont largement recrutés et utilisés des jeunes et des enfants. Aujourd’hui, couper les racines de cette violence, réapprendre à ces enfants à jouer et à retrouver le chemin de l’école reste un défi colossal.

Et la violence prend d’autres formes… En Haïti, un enfant sur dix est employé comme domestique en dehors de sa famille. On les appelle les « restaveks ». Ce sont majoritairement des filles. Rares sont ceux qui ont vu un jour le banc d’une école.
L’impunité et la fragilité du système judiciaire ont aussi laissé sur le bord de la route des milliers de jeunes filles victimes de violences sexuelles. Et si aujourd’hui plusieurs associations locales se battent pour les prendre en charge, les besoins restent immenses.

Briser l’exclusion
En Haïti, un enfant sur dix est orphelin de mère et/ou de père. On estime que la moitié, soit 200 000 enfants, ont perdu leur(s) parent(s) à cause du VIH/sida. Des milliers d’autres vivent avec des parents malades.
Lorsqu’un parent meurt à cause d’une maladie liée au sida ou tombe malade et perd sa capacité à travailler, à prendre en charge sa famille, les enfants se retrouvent à remplir des rôles qu’ils ne devraient pas avoir à remplir. Pour la plupart, l’exploitation et la stigmatisation remplacent l’école, l’indigence et l’exclusion remplacent le jeu.

Protéger les enfants les plus fragiles est devenu une urgence autant qu’un investissement de long terme en Haïti. A Port au Prince comme ailleurs, il n’existe pas de « génération perdue » et le calme précaire qui règne aujourd’hui sur l’Ile est une opportunité qu’il faut saisir pour redonner aux enfants leurs droits.
L’Unicef a lancé en 2006 un vaste programme destiné aux orphelins et aux enfants les plus vulnérables pour qu’au moins 5000 enfants aient accès, d’ici 2010, aux services les plus fondamentaux : la santé, la scolarisation, la protection sociale.
Parallèlement, l’Unicef a construit les bases d’un programme national de protection des enfants victimes de la violence pour que d’ici 2011, plus de 5000 enfants les plus fragiles puissent retrouver une vie d’enfant.

En savoir plus

Victimes de la violence

  • 35 000 femmes, dont 19 000 enfants, ont été victimes de violences sexuelles entre 2004 et 2005
  • 300 000 enfants, dont 75% de filles, sont employés comme domestiques ailleurs que dans leur famille
  • 2200 enfants vivent dans les rues de Port au Prince
  • Au moins 50 000 enfants vivent dans des institutions d’accueil/orphelinats
  • 160 enfants de moins de 16 ans sont détenus en prison. 95% d’entre eux n’ont pas encore été jugés

Victimes du VIH-Sida

  • 19 000 enfants (0-14 ans) vivent avec le VIH/sida
  • Chaque année, 4000 enfants naissent avec le VIH
  • Environ 200 000 enfants sont orphelins à cause du VIH/sida
  • Seuls 700 des 6000 enfants ayant besoin d’un traitement ARV adapté y ont accès

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