Laurence Fayolle, chargée du Projet enfants soldats au Burundi

Publié le 14 décembre 2004 | Modifié le 31 mars 2016

« Donner une chance »

Quand a été initié le programme de démobilisation et combien d’enfants soldats sont aujourd’hui démobilisés au Burundi ?
La démobilisation des enfants a commencé en janvier 2004. Depuis, 2,261 enfants soldats ont été démobilisés parmi les FAB (Forces armées burundaises) et les gardiens de la paix. Sur les sept mouvements armés au Burundi, six ont signé les accords de cessez-le-feu. Le FNL d’Agaton Rwasa, pour sa part, ne les a toujours pas signés. L’engagement, le 20 octobre dernier, du CNDD-FDD de Pierre Nkurunziza pour la démobilisation des enfants soldats a été une étape décisive du processus. Dès le 8 novembre, la SNES (Structure Nationale Enfants soldats), avec l’appui technique et financier de l’UNICEF, a pu débuter la démobilisation et la réintégration de ces enfants. On estime qu’environ 4,500 enfants soldats devraient retrouver leur colline, leur communauté et leur famille avant la fin de l’année. C’est donc une course contre la montre qui s’est engagée pour que la démobilisation des enfants soldats soit achevée avant le démarrage de la démobilisation des adultes.

Le programme de démobilisation au Burundi n’inclut pas de passage en camp de transit, pourquoi ?
L’escorte immédiate des enfants soldats démobilisés jusqu’à leur famille, ou encore l’insertion de ces enfants au sein de familles tutrices ou dans de petites maisons individuelles permettent d’éviter le recours aux centres de transit. Ceux-ci permettent généralement de fournir un appui psychosocial aux enfants soldats démobilisés, de planifier et préparer leur retour; d’offrir une période de transition d’un mode «militaire» à un mode «civil». Mais toutes ces préoccupations peuvent être prise en compte sans recourir à ces centres. Voilà pourquoi, au Burundi, nous avons décidé de conduire les enfants soldats démobilisés directement à leur communauté. Les centres de transit ne sont pas un objectif en soi mais une stratégie parmi d’autres. En accord avec la SNES et l’Unicef, une dizaine d’ONG ont été identifiées sur le terrain pour assurer le suivi régulier de chaque enfant. Au total environ 150 personnes travaillent au plus près des enfants dans tout le pays pour organiser la démobilisation. Dans un premier temps, ces « acteurs de la démobilisation » vont informer les enfants dans les zones de rassemblement et dans les bataillons, de toutes les étapes du processus de démobilisation et de réintégration. Il s’agit aussi de les rassurer quant à leur avenir. En parallèle, d’autres équipes partent dans les collines pour identifier les familles suivant les indications des enfants. Ceux-ci n’ont généralement pas de carte d’identité. La procédure dure à peu près un mois.

Lorsque l’on parvient à retrouver les familles, nous leur expliquons que leur enfant est toujours en vie, et va bientôt revenir. Les réactions sont multiples : surprise, joie, inquiétude… Parfois, les enfants qui se sont engagés volontairement n’ont pas vu leur famille depuis cinq ans : partis à 10 ans, ils en ont 15 à leur retour. Une fois l’accord des familles obtenu, c’est un service individualisé qui est engagé : une escorte vient chercher les enfants. Certains vont traverser tout le pays pour retrouver leur famille ! Par la suite, dans chacune des 17 provinces du Burundi, des coordinateurs et des assistants sociaux sillonnent les quelques 2700 collines que compte le Burundi pour accompagner la réintégration des enfants sur 18 mois. Ils leur apportent assistance médicale et appui psychologique, les aident à retrouver le système scolaire ou une formation professionnelle, les accompagnent dans la mise en place de projets générateurs de revenus, effectuent des actions de prévention face aux risque du SIDA…
 

Ce programme est donc un « programme à la carte » ?
Oui. Dans ce programme, tout est axé sur l’écoute des enfants et leur choix : que veulent-ils faire ? Comment envisagent-ils leur avenir ? C’est de leur conviction profonde qu’ils ont encore leur place dans la communauté que dépend le succès du programme. Au cours de la réintégration, nous accompagnons l’enfant, mais aussi sa famille. Ainsi, c’est la communauté dans son ensemble qui bénéficie du retour d’un enfant soldat. Par souci d’harmonie et d’équité, nous prenons en charge également plusieurs enfants en situation de vulnérabilité. Nos coordinateurs dialoguent régulièrement avec les chefs des communautés : un enfant soldat qui rentre dans son village n’apporte pas que des peurs. Avec le retour de cet enfant, ce sont des possibilités d’éducation qui s’ouvrent à d’autres enfants de la communauté.

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Le Burundi en bref

Le Burundi sort d’une guerre civile de 11 ans qui a fait plus de 300 000 morts
Les accords de paix d’Arusha ont été signés en août 2000
FLN : Forces nationales de Libération
FDD : Forces de Défense de la Démocratie

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