Les effets du conflit au Darfour sur les femmes et les filles

Publié le 20 septembre 2005 | Modifié le 31 mars 2016

Une enquête menée par l'UNICEF et le FNUAP en avril 2005 dans les camps de déplacés du Darfour montre que les femmes et les filles vivent dans la peur constante du viol.

2,74 millions de personnes sont touchées par le conflit au Darfour, dont 60% de femmes et d’enfants. En avril 2005, l’UNICEF et le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) ont mené une vaste enquête sur les effets du conflit au Darfour sur la santé et le bien-être des femmes et des filles. Réalisée dans les communautés regroupées dans des camps de déplacés, l’enquête offre une vue d’ensemble des perceptions des femmes et des filles concernant les risques auxquels elles sont exposées. L’enquête vise à mieux identifier leurs besoins sur la base d’une meilleure appréhension de leur quotidien. L’UNICEF et le FNUAP ont recueilli les témoignages de 624 femmes et filles réparties dans 52 groupes de discussion. Il ressort de l’enquête que le quotidien des femmes et des filles a été profondément bouleversé par le conflit. Leur rôle au sein du foyer a été modifié, notamment à cause de la disparition d’un certain nombre d’activités génératrices de revenus. Avant le conflit, la majorité des femmes travaillait dans le domaine agricole, l’élevage, la fabrication et la vente d’artisanat et de produits saisonniers. A présent, leur activité principale est la collecte de bois de chauffage et d’eau. Cette activité, qui suppose de voyager sur de longues distances durant un ou deux jours, est souvent à haut risque. En effet, en dehors des camps, les femmes et les filles sont constamment menacées par la violence sexuelle.

La violence sexuelle comme menace permanente

La violence sexuelle a été mentionnée dans tous les groupes de discussion comme représentant une menace permanente. Le sentiment général qui se dégage est que la communauté n’est pas en mesure d’assurer sa propre sécurité. Tous les groupes, y compris les hommes, se sentent impuissants face à la violence faites aux femmes et aux jeunes filles. Le viol des femmes et des enfants a un effet dévastateur sur les individus et les communautés dans leur totalité. Il ressort néanmoins de l’enquête que les communautés sont plus sensibilisées au problème de la violence sexuelle qu’au début du conflit et semblent mieux accepter les victimes. Cependant, les femmes non mariées ou qui deviennent mères suite à une agression sexuelle sont les plus stigmatisées par la communauté et certaines d’entre elles ne se rendent pas dans les centres de santé par peur de la stigmatisation. Certains hommes ont indiqué que les femmes et les filles victimes de violence ne se suicidaient pas suite à un viol parce que la religion le leur interdisait. Afin de réduire les risques d'agression des femmes et des filles, l'UNICEF préconise de développer localement des fourneaux économes en combustible afin de réduire le temps passé à l'extérieur des camps et de multiplier les patrouilles de policiers et de militaires autour des points de collecte du bois de chauffage et d’eau.

Des services de santé inadaptés aux besoins des femmes et des jeunes filles

Les problèmes de santé les plus fréquemment mentionnés au cours de l’enquête par les femmes et les filles sont les blessures physiques dues aux coups, au viol et aux fausses couches. Les femmes sont également atteintes de maladies sexuellement transmissibles et souffrent de malnutrition. Les troubles psychologiques ont aussi été souvent cités au rang des problèmes de santé majeurs. Les problèmes de santé des femmes et des filles sont aggravés par l’insuffisance des centres de soins. Elles doivent attendre longtemps, parfois plusieurs jours, avant d’être prises en charge. En outre, même si les soins de santé sont généralement gratuits, les médicaments fournis (essentiellement des calmants) sont souvent payants. Les femmes préfèrent faire appel à des accoucheuses traditionnelles car leurs prestations sont moins chères que celles des sages-femmes diplômées. Les accoucheuses traditionnelles acceptent parfois un paiement en nature (sucre, sel ou savon). Cependant, les coûts diffèrent selon le sexe : l’accouchement d’un garçon est plus cher que celui d’une fille. Il ressort aussi de l’étude que les filles ont moins accès à l’école que les garçons en raison de barrières sociales et économiques. L’impossibilité d’assumer les frais scolaires et le manque de place dans les classes sont d’autres facteurs qui expliquent la faible fréquentation scolaire des filles. Les membres des communautés interrogées, aussi bien hommes que femmes, ont exprimé un sentiment général d’impuissance qui pourrait se transformer, selon eux, en sentiment de revanche si leur situation ne s’améliorait pas.

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