Les enfants irakiens victimes d'insuffisance alimentaire

Publié le 16 mai 2006 | Modifié le 31 août 2015

Malgré les efforts du Système de distribution publique (SDP) pour fournir des paniers repas, beaucoup parmi les plus pauvres des ménages irakiens sont toujours en situation d’insuffisance alimentaire, selon une étude de sécurité et de vulnérabilité alimentaire présentée le 11 mai 2006 et basée sur les plus récentes données de 2005.

L’enquête a été conduite par le ministère du plan et du développement et l’organisation centrale pour les statistiques et la technologie de l’information, ainsi que par le ministère de la santé et l’institut de recherche sur la nutrition, soutenus par le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’UNICEF. Elle était grandement nécessaire, à la fois pour répondre à des questions surgissant de rapports apparemment conflictuels sur le statut nutritionnel mais aussi pour soutenir la politique de développement et définir les priorités à négocier entre les zones considérées comme problématiques.

Une vue d’ensemble couvre 98 districts et 22 050 ménages ruraux et urbains, et emploie 7 principaux indicateurs – le retard de croissance, l’insuffisance pondérale, la maladie chronique, le pourcentage de la population extrêmement pauvre (dépensant moins de 15 dollars par mois), le taux de dépendance aux rations du SDP, l’index des stratégies de débrouillardise et le revenu.

Roger Wright, le représentant spécial de l’UNICEF en Irak, a déploré que les enfants se révèlent les victimes majoritaires de l’insuffisance alimentaire. « Le taux de malnutrition chronique des enfants dans les ménages en situation d’insuffisance alimentaire grimpe à 33%, soit un enfant malnutri sur trois », a-t-il spécifié. La malnutrition chronique affecte plus sévèrement les plus vulnérables et les plus jeunes enfants, âgés de 12 à 23 mois. « Cela peut irréversiblement entraver le développement mental et cognitif des jeunes enfants, pas seulement leur développement physique », a poursuivi Roger Wright. La malnutrition aiguë est également inquiétante : 9% d’enfants irakiens en souffrent. Les taux les plus élevés (12 à 13%) portent encore sur les enfants de moins de 24 mois.

La situation d’insuffisance alimentaire qui se poursuit en Irak ne peut pas être attribuée à un facteur parmi d’autres, mais découle de plusieurs causes, notamment des effets persistants de la guerre et des sanctions, plus de la durée du conflit et de l’insécurité ; leurs interactions prolongées et complexes ont conduit à un chômage croissant, à l’analphabétisme, à des infrastructures diminuées – eau et assainissement en particulier – et la perte directe des personnes qui ramenaient un salaire dans beaucoup de familles. Le problème alimentaire de l’Irak n’est ainsi pas simplement du à une production insuffisante au niveau national pour la population, mais plutôt à l’incapacité d’assurer l’accès à l’alimentation en quantité suffisante au niveau des ménages, comme le suggère l’étude.

Les rations du SDP ont représenté de loin la plus importante ressource alimentaire dans la pénurie actuelle et sont toujours un facteur majoritaire dans la stabilisation alimentaire en Irak, où 15% des ménages sont classés comme extrêmement pauvres. Les mécanismes de débrouillardise ont dû être utilisés par ces ménages, notamment consommer une alimentation moins chère et de moindre qualité, réduire le nombre de repas quotidiens et/ou acheter de la nourriture à crédit.

Le niveau d’éducation a un impact sur l’accès à la nourriture : ceux qui ont le plus haut niveau ont généralement une meilleure capacité à composer avec des situations difficiles et une plus grande probabilité de trouver un emploi. L’étude s’inquiète du taux croissant d’abandon parmi les jeunes scolarisés de moins de 15 ans – 25% de ces jeunes, qui vivent la plupart du temps en zones rurales et sont extrêmement pauvres, ont abandonné leurs études : les raisons principales sont le manque de moyens des ménages de faire face aux dépenses scolaires, le trop grand éloignement des écoles de leur domicile et la nécessité pour quelques enfants d’être envoyés au travail pour compléter les revenus des ménages.

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