Les enfants, nouveaux visages de la pauvreté en France

Publié le 06 décembre 2012 | Modifié le 15 janvier 2016

Notre pays compte 2,7 millions d’enfants pauvres, et la crise les touche chaque jour davantage. Les 10 et 11 décembre 2012 se tient à Paris une « Conférence nationale contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale ». L’enjeu pour l’UNICEF, qui a participé aux ateliers préparatoires : que soit définie et mise en place une réelle politique nationale de l’enfance, et que la lutte contre la pauvreté en soit une priorité. Interview de Michèle Barzach, présidente de l’UNICEF France.

[Actualité : la réaction de l'UNICEF France à l'issue de la Conférence]

 
 
© UNICEF/William Daniels
Michèle Barzach,
présidente de l'UNICEF France

Comment l’UNICEF accueille-t-il la tenue de cette conférence ?

Nous nous félicitons de cette initiative du gouvernement, d’autant qu’elle fait suite à la publication en mai dernier de notre rapport « Mesurer la pauvreté des enfants, Bilan Innocenti 10 ». Sollicités, en tant qu’expert et défenseur des droits de l’enfant, pour participer à la préparation en amont, nous sommes très heureux d’avoir pu apporter notre contribution à l’atelier « Familles vulnérables, enfance et réussite éducative », aux côtés d’autres acteurs de la société civile - enseignants, psychologues, professionnel de l’enfance, etc.

Quelle est la réelle situation des « enfants pauvres » en France aujourd’hui ?

Elle est difficile à mesurer car les indicateurs fiables manquent, mais on estime qu’un enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. La crise les frappe de plein fouet : ils sont de plus en plus nombreux à être concernés, et s’enfoncent de plus en plus dans la pauvreté. C’est inacceptable ! Cela porte atteinte à leurs droits fondamentaux et affecte tous les domaines de leur vie : santé, scolarité, vie sociale, etc. Leur avenir est compromis – et avec, celui du pays.

Il est donc urgent d’agir ?

Plus que jamais ! Tous les acteurs de l’enfance sont d’accord, tous répètent les mêmes choses depuis trop longtemps maintenant. Il est grand temps de passer à la vitesse supérieure ! La France ne peut laisser perdurer cette situation, tant au plan du respect des droits de l'enfant, qu'au plan social et économique : l'ampleur du phénomène de la pauvreté des enfants nuit autant à leur protection et leur développement, qu'à l'avenir du pays. Un changement de gouvernance – faire mieux, avec les mêmes moyens – et un changement de regard - la lutte contre la pauvreté et l’exclusion passe par la lutte contre les clichés ! – sont aujourd’hui indispensables.

Quelles sont les solutions proposées par l’UNICEF ?

Le groupe de travail auquel nous avons participé appelle le gouvernement à mettre en œuvre une politique nationale pour l’enfance et à faire de la lutte contre la pauvreté des enfants une priorité. Pour cela, nous avons fait plusieurs propositions. Il faut avant tout définir des indicateurs fiables afin de mieux analyser la situation, et ainsi trouver les réponses adéquates à apporter. Il faut également s’assurer de prendre en compte les enfants et les adolescents les plus fragilisés par la pauvreté et ceux qui, issus des groupes sociaux les plus marginalisés, souffrent le plus de l’exclusion sociale. Par ailleurs, pour l’UNICEF, l'éducation aux droits de l’enfant doit être envisagée comme moteur de la réussite éducative. Enfin, nous proposons l’étude d’une forme de droit à la compensation de la pauvreté. L'idée n'est pas de proposer une nouvelle allocation mais bien d'engager la réflexion sur un éventail de mesures destinées à limiter les conséquences de la pauvreté sur les enfants et les ados, au plan de leur accès à la santé et aux loisirs, de leur réussite éducative, etc. Nous nous appuyons notamment sur les bonnes pratiques mises en œuvre par un certain nombre de « Villes amies des enfants » (un réseau de 225 municipalités engagées aux côtés de l'UNICEF pour les droits de l'enfant) qui, à travers des dispositifs pragmatiques, innovants et peu coûteux, luttent déjà concrètement et efficacement contre la pauvreté des enfants et l’exclusion sociale – des solutions à partager à l’échelle du pays !

Quelles sont vos attentes ?

Avant tout, nous nous réjouissons de la qualité des travaux et des nombreuses propositions sorties de l’atelier sur la famille et l'enfance. Nous avons été entendus, et sommes d’autant plus satisfaits de l’axe principal qui est celui de notre action de plaidoyer depuis 2009 : mettre en place une politique nationale de l’enfance. Il reste maintenant au gouvernement à transformer l’essai, et nous serons très attentifs à ce que la pauvreté des enfants figurent clairement dans les pistes de sortie issues de la Conférence.