Les enfants soldats au Burundi

Publié le 16 février 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Depuis 2004 et la mise en place d'un cessez-le-feu, le travail du Collectif enfants soldats s'est focalisé sur la démobilisation des enfants soldats et les programmes de DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion ou réhabilitation).

Le Burundi a ratifié la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, mais est juste signataire du Protocole facultatif concernant l’implication des enfants dans les conflits armés (le protocole relève à 18 ans l’âge de recrutement obligatoire dans les forces armées). La législation nationale prévoit le recrutement obligatoire dans les forces régulières à 16 ans, et le recrutement volontaire au même âge. Malgré les promesses faites aux Nations unies en 1999, le Burundi n’a toujours pas relevé l’âge à 18 ans.

Seuls trois pays se sont portés donateurs à la conférence internationale des bailleurs de fonds pour le Burundi de janvier 2004. Ces pays sont la France, la Belgique et l’Irlande. A ce titre le gouvernement français a été interpellé lors des actions de la section française de novembre 2004, afin qu’il veille à ce que les fonds alloués à la démobilisation des enfants soldats ne soient pas utilisés à d’autres desseins. Nous demandions juste de « veiller à », aucun reproche particulier n’était fait.

Contexte général
Né en 1993, le conflit au Burundi a continué à faire rage pendant une grande partie de l’année 2003 et depuis le début de 2004. En avril 2003, le président Buyoya a remis le pouvoir à Domitien Ndayizeye, dirigeant du Front pour la démocratie au Burundi. Cette passation de pouvoir inaugurait la seconde moitié de la période de transition définie au mois d’août 2000 par l’Accord de paix et de réconciliation au Burundi. Un gouvernement élargi est entré en fonction à la fin du mois de novembre 2003. Une formation politique a fait connaître son intention de continuer la lutte armée : il s’agit des Forces nationales de libération (FNL) d’Agathon Rwasa. Au mois de juillet 2003, le FNL a lancé une offensive sur la capitale Bujumbura, et à la fin de l’année, il a, pour la première fois, étendu ses opérations au sud du Burundi.
Depuis 1993, la guerre civile au Burundi a selon les estimations, coûté la vie à 250 000-300 000 personnes, surtout des civils. Plus de 280 000 personnes vivent dans des camps comme déplacés internes et environ 500 000 personnes ont trouvé refuge en Tanzanie.
Toutes les parties au conflit se sont rendues coupables de graves violations du droit international humanitaire, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerres. Elles étaient responsables notamment du meurtre délibéré de civils non armés et d’autres personnes étrangères aux combats, de viols et du recrutement d’enfants soldats.
Au mois de juin 2004, l’opération des Nations unies au Burundi (ONUB) a succédé à la Mission de l’Union africaine.

Toute une génération d’enfants, souvent orphelins et traumatisés par les dix années de conflit au Burundi, a été la cible des recruteurs. Certains ont été enlevés et arrachés à leur famille. D’autres ont été poussés à se porter volontaires par la pauvreté, l’exclusion et l’éclatement des familles. Selon l’UNICEF, entre 6000 et 7000 enfants de moins de dix huit ans doivent être maintenant démobilisés et réintégrés dans la société. Etant donné la prolifération des armes dans la région, les enfants soldats démobilisés  auront besoin d’instruction et de formation professionnelle pour ne pas sombrer dans le banditisme ou retourner au sein d’un groupe armé.
Le mois de janvier 2004 a vu la mise en place d’un programme de désarmement et de réinsertion des combattants dont les enfants soldats des forces gouvernementales et des deux groupes armés rebelles. En novembre 2004, près de 2300 enfants (qui avaient parfois à peine onze ans) ont été démobilisés mais ce chiffre est très inférieur aux estimations du nombre d’enfants soldats impliqués dans le conflit. Le Ministère des droits de l’Homme a par ailleurs admis que l’armée comptait probablement encore des enfants dans les rangs.

 
Recommandations au gouvernement burundais, relatives à la législation

  • De relever l’âge minimum du recrutement obligatoire et volontaire dans les forces armées à 18 ans comme il est prévu dans le Protocole dont il est signataire
  • De respecter ses engagements et de ratifier ce même Protocole au plus vite
  • Lors de la ratification, de déclarer qu’il s’aligne à la norme du « double 18 »

Recommandations relatives au recrutement d’enfants soldats et aux programmes de DDR

  • De mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants dans tout le pays et en particulier dans ses forces régulières
  • Veiller à la démobilisation des enfants soldats actuellement dans l’armée régulière
  • De faire pression sur les dirigeants du Conseil national pour la défense et la démocratie (CNDD, groupe rebelle) pour qu’ils prennent immédiatement des mesures visant à mettre fin au recrutement et à l’utilisation des enfants soldats et qu’ils s’engagent réellement dans le processus de démobilisation
  • De veiller à ce que les responsables du recrutement et de l’utilisation d’enfants soldats soient traduits en justice
  • De s’engager clairement à offrir des soins médicaux et un soutien psychologique gratuits aux enfants soldats dans toutes les régions du pays
  • De proposer des alternatives aux enfants démobilisés pour que la pauvreté, l’ostracisme et la possibilité de se procurer des armes légères ne les poussent pas à se réengager comme soldats
  • De faire en sorte que les programmes de DDR soient étendus aux jeunes adultes qui ont été enfants soldats, y compris ceux qui ne sont plus en activité et notamment ceux qui reviennent de RDC et de Tanzanie
  • De veiller à ce que les nouveaux cas de recrutements d’enfants signalés par l’Union africaine et les Nations unies soient condamnés fermement en rappelant que le recrutement d’enfants de moins de 15 ans est un crime de guerre selon le Statut de Rome.
  • De ne pas compromettre les efforts de démobilisation en sous-estimant le rôle déstabilisateur des armes légères qui prolifèrent dans le pays.

Le cas des filles soldats
Les fillettes et les jeunes filles ont participé en grand nombre au conflit armé au Burundi, mais l’étendue de leur participation reste mal évaluée. On sait cependant qu’elles ont été utilisées comme combattantes, esclaves sexuelles, espionnes, cuisinières et dans d’autres tâches subsidiaires par tous les groupes armés pendant le conflit burundais.  La violence sexuelle a été un aspect récurrent des exactions commises sur les filles associées aux entités armées.
Minoritaires parmi les enfants soldats et déjà victimes de discrimination,  les filles soldats doivent pouvoir bénéficier d’un traitement spécifique axé sur leurs besoins lors des phases de démobilisation et de réinsertion. Il est également essentiel que ces programmes s’appliquent à toutes les filles soldats et non pas seulement à celles qui ont été utilisées comme combattantes.

Recommandations spécifiques à la démobilisation et à la réinsertion des filles soldats

Protection physique lors de la démobilisation

  • Prévoir des zones distinctes hommes/femmes/enfants dans les camps, voire des sites de cantonnement complètement séparés des soldats hommes
  • Donner la possibilité aux filles soldats de s’enregistrer dans les camps de démobilisation indépendamment des soldats hommes afin d’éviter que les « épouses de soldats » ne se retrouvent confrontées à leur « mari ».
  • S’assurer que les ex-filles soldats ne subiront pas de violences corporelles ou psychologiques de la part des ex-femmes combattantes plus âgées. Il serait idéal de prévoir des zones isolées spécifiques aux filles soldats.
  • Garantir la confidentialité de la part de l’équipe d’encadrement
  • Assurer un encadrement par une personne qualifiée possédant une expérience  dans le domaine social
  • La démobilisation ne doit pas être opérée par des militaires ou par l’armée.
  • La démobilisation doit être garantie par la présence de femmes, civiles également.
  • Ces programmes doivent s’appliquer à toutes les filles soldats et pas uniquement à celles qui ont été utilisées comme combattantes
  • Exiger une transparence dans les programmes de démobilisation et de réintégration afin d’établir des données claires sur les ex-filles soldats et de les rendre publics

Protection médicale

  • Prévoir des soins médicaux spécifiques aux troubles dont peuvent être victimes les filles soldats (viols, grossesses, hémorragies, MST…)
  • S’assurer que les filles contaminées par le virus du sida bénéficient d’un traitement médical adapté
  • S’assurer de la présence de médecins femmes civiles pour prendre en charge les ex-filles soldats
  • Prévoir une prise en charge psychologique spécifique pour les filles
  • S’assurer de la confidentialité dans le traitement médical des victimes de sévices
  • Eviter la stigmatisation des filles ayant été victimes des viols ou de l’exploitation sexuelle
  • Prévoir une prise en charge des enfants nés durant le conflit
  • Offrir la possibilité aux filles victimes de viols d’accéder à une intervention volontaire de grossesse

Protection économique et sociale

  • Renforcer les connaissances des jeunes filles par l’alphabétisation
  • Donner l’accès à une formation professionnelle
  • A travers une organisation tutrice permettre à ces jeunes files d’avoir accès à l’indépendance financière
  • Leur donner des bases de gestion financière et économique afin qu’elles s’affranchissent de la domination masculine
  • Permettre le regroupement familial lorsqu’elles le souhaitent
  • Favoriser le regroupement en petites associations de production génératrices de revenus

Autres formes de protection et de suivi

  • Encadrement par des réseaux d’organisations féminines spécialisées dans l’aide aux victimes de violences sexuelles, dans la santé génésique et dans le soutien psychologique
  • Prévenir les ex-filles soldats de la possibilité qui leur est offerte de bénéficier du soutien d’ONG et vérifier qu’elles peuvent y avoir accès
  • Prévoir des programmes pour éduquer les hommes à la prévention des violences sexuelles
  • Nommer une observatrice issue des ONG ou d’organisations intergouvernementales pour superviser la démobilisation des filles
  • Donner aux ex-filles soldats le statut de vétéran
  • Profiter de la séparation physique d’avec les hommes pour donner aux ex-filles soldats une éducation sur leurs droits
  • Profiter de la séparation physique d’avec les hommes pour aborder avec les jeunes filles la question de la sexualité et des MST

Recommandations à la France en tant que bailleur de fond

  • Veiller à ce que les fonds alloués à la reconstruction du Burundi après le conflit soient consacrés en priorité au désarmement, à la démobilisation et à la réinsertion des enfants soldats.
  • Soutenir également techniquement et financièrement les programmes de réduction des armes dans la région, mais aussi contrôler activement l’implication de ses propres citoyens, aéroports et entreprises dans les trafics d’armes

 

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