Les enfants, trop absents de la campagne électorale

Publié le 30 mars 2012 | Modifié le 22 avril 2016

A quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, Jacques Hintzy, président de l'Unicef France, s'est exprimé sur l'importance d'une politique nationale de l'enfance plus forte et plus cohérente en France. Découvrez sa tribune, parue dans le journal quotidien La Croix, le mardi 27 mars 2012.

 

 

En  France, 2 millions d'enfants vivent  sous le seuil de pauvreté, 600 000 enfants sont mal logés, 20 000 sont sans domicile fixe. Un adolescent  tente de se suicider toutes les dix minutes. Un jeune sur cinq sort chaque année du système scolaire sans diplôme. Moins de la moitié des 15-17 ans se déclarent confiants en leur avenir. Révélateurs d'un état des lieux alarmant, ces chiffres doivent nous interpeller. Un sondage TNS Sofres réalisé pour l'Unicef France montre d'ailleurs que neuf  Français sur dix jugent  la situation des enfants et des adolescents préoccupante, voire très préoccupante.

Qu'attendons-nous pour réagir ? Notre pays a la plus forte natalité d'Europe mais ne met pas toutes les chances de son côté pour faire fructifier cette promesse d'avenir. Chaque jour, des droits  fondamentaux de milliers d'enfants en France ne sont  pas respectés, en violation de la Convention  internationale des droits de l'enfant (CIDE). Pourtant, les 14,5 millions d'enfants et d'adolescents  -  au motif qu'ils n'ont pas le droit  de vote ? -  sont quasiment absents des débats depuis le début de la campagne électorale, hormis à travers le prisme de l'éducation. L'Unicef France appelle à un sursaut. Notre Manifeste pour  l'enfance développe, en 10 engagements, des propositions fortes pour remettre l'équité au cœur des politiques publiques.

Première de nos 39 propositions, nous demandons la création d'un ministère dédié à l'enfance et à l'adolescence. La politique de l'enfance souffre à l'évidence d'un manque de cohérence : alors  qu'elle est un des  pays de l'OCDE* qui dépense le plus pour ses moins de 18 ans (environ 158 milliards d'euros en 2008), la France est aussi l'un de ceux où le mal-être de ses enfants et  adolescents est le plus marqué, et où la reproduction des inégalités sociales, d'une génération à l'autre, est la plus forte  -  sans que notre système éducatif ne parvienne à compenser les écarts de départ.

 

Dans notre pays, plus du tiers des enfants sont pauvres ou vulnérables

 

Il est urgent d'en finir avec des politiques de l'enfance saucissonnées entre trop d'administrations. Le ministère que nous appelons de nos vœux constituerait la clé de voûte d'un plan d'action ambitieux, doté des moyens appropriés. Cette politique globale, qui intégrerait une politique familiale forte, per mettrait de mettre l'accent sur quelques problématiques clés.

Sur la pauvreté d'abord. Plus du tiers des enfants en France sont pauvres ou vulnérables, selon une estimation de la Caisse nationale d'allocations familiales. Les problèmes de santé, les conditions de logement précaires créent un cercle vicieux qui aboutit à une insertion professionnelle et sociale  plus difficile.  Nous demandons donc la création d'un droit à la compensation de la pauvreté sous   forme d'aides financières aux familles et, surtout, d'un meilleur accompagnement des enfants, afin  de donner à tous la chance d'une scolarité sereine et réussie. Il s'agit de garantir l'accès à la  santé,  à une bonne alimentation, ou encore aux activités périscolaires ou extrascolaires.

Sur la santé, ensuite. Dans un pays comme la France, il est inadmissible que l'accès des enfants  aux soins et à la prévention médicale varie aussi fortement selon le lieu de résidence, les revenus   de la famille, et la situation administrative. Quant aux adolescents en souffrance (40 000 tentatives   de suicide par an,  montée des  polyaddictions...),  faudra-t-il que la situation se dégrade encore   pour leur offrir enfin une meilleure prise en charge psychosociale ?

Sur la justice des mineurs, enfin. L'Unicef France s'est déjà exprimé à maintes reprises contre les  remises en cause de la spécificité d'un système judiciaire pour les moins de 18 ans. Nous  réaffirmons avec force notre attachement  à ce principe, et appelons aussi à une augmentation des moyens alloués à la prévention - moins coûteuse, souvent, que la prise en charge judiciaire des délinquants.

Sur ces trois grands thèmes, et sur les autres engagements de notre Manifeste pour l'enfance,   nous appelons les candidats à l'élection présidentielle à s'emparer de nos pistes de réflexion et à jeter les bases d'une politique de l'enfance et de l'adolescence ambitieuse et  cohérente.

*Organisation de coopération et de développement économiques

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