Les violences sexuelles : de l'exploitation au viol

Publié le 02 mars 2006 | Modifié le 29 décembre 2015

La violence sexuelle prend plusieurs formes : l'exploitation et la prostitution d'une part, le viol d'autre part (viol qui prend un sens particulier en période de guerre).

EXPLOITATION SEXUELLE ET PROSTITUTION

Ces dernières années ont vu une augmentation énorme de toutes les formes de prostitution et de trafic de femmes et d’enfants à des fins sexuelles. Cette exploitation fait l’objet de réseaux de plus en plus développés prospérant au niveau mondial. Ces activités se sont récemment étendues dans les pays s’ouvrant à l’économie de marché comme le Vietnam, la Thaïlande ou Cuba. Cette industrie internationale enrôle souvent de force des filles de plus en plus jeunes. Il est fréquent de voir des fillettes d’une dizaine d’années se produire sur la scène des sex-clubs.

En Indonésie, on estime que 100 000 femmes et enfants sont victimes chaque année de la traite. L'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est en augmentation et un tiers des travailleurs du sexe ont moins de 18 ans. La pauvreté et le manque de possibilités d'avenir pour les jeunes, le statut inférieur des filles, la demande élevée de sexe mercenaire, une répression pénale insuffisante, la discrimination et les conflits sont quelques unes des causes profondes de la traite des enfants. Des études sur la traite et l'exploitation sexuelle en Asie de l'Est, y compris en Indonésie, montrent que la traite des enfants est lucrative, parfaitement bien organisée, associée à la  criminalité et qu'elle encourage la corruption. Elle est également transnationale, agit souvent dans l’ombre et est donc difficile à combattre.

L'UNICEF collabore avec les pouvoirs publics indonésiens et des organisations locales comme Kakak pour combattre l'exploitation sexuelle à des fins commerciales et la traite des enfants grâce aux moyens suivants : promotion de l'accès à l'éducation, interventions en faveur de lois rendant l'école obligatoire jusqu'à 16 ans, et formation professionnelle en partenariat avec l'industrie du tourisme pour les jeunes ayant abandonné l'école, les enfants des rues et autres jeunes à risque.

La guérison et la réinsertion sont tout aussi essentielles pour aider les enfants victimes de la traite et de l'exploitation. Pour eux, c'est un énorme défi que de réintégrer la société après des mois, voire des années, passés loin de chez eux, dans des conditions humiliantes et souvent dangereuses.

L'UNICEF et ses partenaires soutiennent l'idée de former les agents de la loi, les professionnels de la santé, les travailleurs sociaux et les enseignants pour qu'ils soient en mesure de répondre aux besoins des enfants victimes de la traite. Il appuie aussi la création d'un système intégré de références pour les victimes de l'exploitation et de la traite.

  • En Thaïlande et dans d’autres pays d’Asie, des centaines de milliers de fillettes sont livrées aux réseaux de la prostitution, parfois enlevées et vendues. Une étude de l’économie illégale en Thaïlande a montré qu’entre 1993 et 1995, la prostitution représentait 10 à 14% du PIB du pays. Environ un tiers des femmes engagées dans la prostitution sont des mineures.

LE VIOL

Dans l’Ancien Régime en France, le viol était, dans les textes, puni de peine de mort, mais rares sont les tribunaux qui ont eu à juger ce genre d’affaire et aucune condamnation n’a jamais été prononcée. S’il était une injure à la famille, à la communauté, le viol dérangeait moins l’ordre social que le banditisme de grand chemin… Le viol est un crime particulier, qui  associe la victime à l’acte : ainsi, on ne suspectera jamais une victime d’un vol de sac à main ou d’une agression physique d’avoir souhaité ces agressions… La  parole de la victime est le seul élément de preuve. 

Aujourd’hui, en France (loi du 23 décembre 1980) comme dans de nombreux pays, le viol -auparavant simple délit - est considéré comme un crime passible de longues peines. Mais, même lorsque des lois existent, l’impunité persiste souvent pour les violeurs et les cas notifiés sont loin de représenter la réalité du phénomène : en Afrique du Sud, où 40% des victimes de viol ou de tentative de viol signalés sont des filles de 17 ans ou moins, le taux de condamnation pour accusation de viol ne dépasse pas 7% en moyenne. Trop souvent, l’arrangement à l’amiable remplace la justice. Au Mexique et au Liban, les violeurs sont acquittés s’ils épousent leur victime. Au Pakistan, une femme violée peut être accusée du crime de fornication, tandis que dans de nombreux pays des épouses sont répudiées, voire condamnées à être lapidées. En Autriche, dans les années 90, seuls 20% des cas de viols signalés ont conduit à une condamnation. Au Royaume-Uni, 13 % des femmes violées ont signalé leur agression à la police. La honte ressentie par la victime est souvent invoquée comme explication à ces faibles notifications de cas de viols. Or, lorsque des structures d’accueil et d’écoute existent, les femmes sont beaucoup plus nombreuses à porter plainte contre leur agresseur, si tant est qu’elles ne courent pas le risque d’être jetées à la rue ou exécutées pour adultère…

En France, 5 % seulement des viols de femmes majeures feraient l’objet d’une plainte

  • En Afrique du Sud, 147 femmes sont violées chaque jour (2003). Une écolière sur trois a subi des violences sexuelles à l’école et seules 36 % d’entre elles en ont fait état auprès d’une tièrce personne (1998).
  • Aux Etats-Unis, une femme est violée toutes les 90 secondes (2000). On estime qu’aux Etats-Unis ou au Pays-Bas un tiers des femmes ont été victimes d’abus sexuels dans leur enfance.
  • En France, 50 000 femmes sont violées chaque année (2001). 5% seulement des viols de femmes majeures feraient l’objet d’une plainte. Plus d’une femme sur dix déclare avoir subi des agressions sexuelles au cours de sa vie.
  • Selon une étude sur l’homicide des femmes à Alexandrie (Egypte), 47% des femmes assassinées l’ont été par un proche après qu’elles ont été victimes d’un viol (les « crimes d’honneur »).

Si le viol conjugal est reconnu comme une infraction à part entière dans 51 Etats – l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, le Mexique et la Namibie par exemple – la plupart ne considèrent pas les sévices sexuels et le viol par un partenaire intime comme un délit pénal. La tolérance face à de tels comportements et la volonté de les juguler est très variable d’un pays à l’autre.

Toujours acte de domination et de pouvoir, le viol laisse des séquelles durables dans la vie des filles et des femmes qui le subissent :
- les séquelles physiques mais aussi les infections des MST, de l’hépatite et du VIH/Sida rendent souvent ces agressions mortelles. Les réfugiées, les enfants des rues, les détenus, les pauvres et les femmes sans accès aux soins et aux contraceptifs sont les plus vulnérables.
- le viol a aussi des conséquences sociales importantes : stigmatisation pouvant conduire au suicide ou au crime d’honneur, divorce, rejet communautaire et éviction du champ socio-économique qui contraignent les femmes à la mendicité ou à la prostitution.

Viols et sida :
Les chiffres de l’ONUSIDA montrent que les jeunes filles de 15 à 19 ans vivant en Afrique subsaharienne courent six fois plus le risque d’être séropositives que les garçons de la même classe d’age, essentiellement à cause des viols et de leur incapacité à imposer des rapports protégés.
Nombre de jeunes filles subissent des rapports sexuels en raison de la croyance selon laquelle les hommes contaminés par le sida guériraient s’ils avaient des relations avec une vierge.

LE VIOL, ARME DE GUERRE

Pratique très ancienne, visant en général à s’approprier la femme comme on s’approprie la terre de l’ennemi, le viol fait partie des « horreurs de la guerre ». Cette banalisation d’un phénomène suscitant au mieux une impuissante réprobation a nui à sa prise en compte dans la configuration des guerres d’aujourd’hui : le viol est une stratégie de terreur, visant non seulement à briser l’intégrité psychologique, physique et sexuelle de la femme mais aussi comme arme de destruction de la cohésion sociale.

D’ailleurs, les deux tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, puis la Cour pénale internationale font clairement apparaître le viol comme une forme centrale de violence, pouvant être considérée comme un acte constitutif du crime de génocide, et inclus parmi les crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Les viols occupent une place centrale dans la panoplie des agressions commises dans les guerres qui sont de fait menées contre les civils, comme en Sierra Leone, au Liberia, en République Démocratique du Congo, au Kosovo et en Ouganda, pour ne citer que de récents exemples. Ils s’accompagnent souvent d’enlèvements d’enfants et de femmes, de tortures, de sévices sexuels et d’emprisonnement. C’est pourquoi le viol ne peut pas être considéré comme un acte visant uniquement à assouvir l’appétit sexuel d’un agresseur.

Durant les conflits, au cours des déplacements de population et dans les camps de réfugiés, les femmes sont particulièrement vulnérables aux viols. Les femmes réfugiées doivent régulièrement s’aventurer hors du périmètre du camp pour s’occuper de tâches quotidiennes comme ramasser du bois de chauffage. Exposées et éloignées de tout secours, elles forment alors des cibles faciles.

Aussi, la violence contre les femmes est-elle souvent utilisée comme arme de guerre servant à persécuter le groupe auquel elles appartiennent. Les viols en masse sont fréquemment utilisés tant par les forces gouvernementales que par les groupes armés. L’objectif du viol comme arme de guerre est clairement de nier l’autre, de l’inhiber, de le détruire dans ses racines les plus profondes. Il s’agit d’humilier l’ennemi afin de déstabiliser la communauté entière. Comme ce fut le cas en Bosnie et au Rwanda, ces actes peuvent aussi être planifiés à des fins de purification ethnique.
 
Ces viols ont aussi de graves incidences sur la pandémie de sida (l’ONU estime en effet qu’en Afrique subsaharienne, le taux de prévalence du VIH/sida est trois à quatre fois supérieur chez les combattants que chez les populations civiles). On estime, par exemple, que près d’un tiers des victimes de viols en République Démocratique du Congo risquent d’être infectées par le virus du sida.

À l’issue des conflits, les jeunes filles, enlevées par les soldats pour leur servir d’esclaves sexuelles, sont rejetées par leur communauté, brutalisées, stigmatisées et mises au ban en tant que mères adolescentes.

Dans les sociétés où les armes à feu sont courantes, la possession et l’utilisation de ces armes aggrave les inégalités qui existent entre les sexes, renforçant la position dominante des hommes et maintenant les femmes dans un état de subordination. Les sociétés qui sortent de guerres où le viol a été pratiqué à large échelle (comme la guerre au Congo-Brazzaville à la fin des années 1990) connaissent une fréquence importante des viols dans les années qui suivent le conflit.

  • Des trafics de femmes et de jeunes filles ont été signalés dans 85 % des zones de conflits (2003).
  • En République Démocratique du Congo, 5 000 cas de viols – soit 40 par jour – ont été enregistrés dans la région d’Ulvira par des associations de femmes entre 2002 et 2005.
  • Au Rwanda, entre 250 000 et 500 000 femmes – soit environ 20% des femmes – ont été violées durant le génocide de 1994.
  • En Bosnie, entre 20 000 et 50 000 femmes ont été violées au cours des cinq mois de conflit en 1992.
  • Dans certains villages du Kosovo, 30 à 50 % des femmes en âge d’avoir des enfants ont été violées par des hommes des forces serbes.
  • Au Rwanda, une équipe de l’Unicef spécialisée dans les psycho-traumatismes a rendu compte des viols commis lors de la guerre civile, dont l’ampleur « dépasse l’imagination » : chaque femme ou adolescente épargnée lors des tueries aurait été violée.
  • En Sierra Leone, 72 % des femmes interrogées affirment avoir été victimes de violences sexuelles, viols et viols collectifs. La rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes témoigne : « L’absence d’enquête, de poursuite et de châtiment touchant les auteurs de viols et d’autres formes de violences sexistes (…) a contribué à créer un climat d’impunité qui perpétue la violence à l’égard des femmes. Principales victimes de la guerre, elles doivent à ce titre être encouragées à témoigner devant la Commission Vérité et Réconciliation et devant le tribunal spécial ». Créé en 2002, ce tribunal est chargé de poursuivre les responsables des violations graves des droits de l’homme depuis 1996. Une enquête a également révélé l’existence de nombreux abus sexuels contre des mineures réfugiées ou déplacées en Afrique de l’Ouest, commis par des personnels humanitaires, et par les soldats de la paix de la MINUSIL.

C’est à Pékin, en septembre 1995, que, pour la première fois, un texte international a enfin reconnu les viols comme crime de guerre.

Pour mettre fin à l'impunité dont jouissent les auteurs de ces crimes, l’Unicef s’efforce d’instaurer une action concertée avec les autorités locales, régionales, nationales et internationales, qui comprenne les points suivants :

- systèmes de surveillance pour documenter chaque cas de viol et d'abus sexuel, enquêter et intenter une action en justice ;

- augmentation significative des ressources nécessaires pour aider les femmes et les filles qui ont subi des viols ou d'autres formes de violence sexuelle, afin qu'elles puissent reconstruire leur vie ;

- amélioration des mesures de sécurité dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées ;

- participation plus grande des femmes dans la mise en place de mesures de protection dans les camps de réfugiés ou de personnes déplacées ainsi que dans toutes les phases des opérations d'après conflit ;

- formation des soldats de la paix dans le domaine de la prévention de la violence sexuelle ou dirigée contre les femmes.

Pour que la violence sexuelle devienne un sujet de préoccupation publique, l’Unicef collabore avec les représentants des Etats, des ONGs et de la société civile. Dans le cadre de partenariats, l’Unicef organise des campagnes de sensibilisation auprès des avocats, des fonctionnaires de police, des médecins… Pour mettre un terme à la tolérance entourant la violence sexuelle, l’Unicef intervient pour faire évoluer les mentalités, coutumes et pratiques des communautés.

  • Au Sri Lanka, s’appuyant sur la télévision, la radio et les journaux en anglais, cingalais et tamoul, l’Unicef a dirigé une campagne médiatique pour mieux faire prendre conscience des dangers de la violence sexuelle et des peines encourues par les adultes qui s’y livrent. Dans de nombreux pays, les organisations locales et les chefs religieux sont également formés à repérer les victimes de la violence et à leur apporter le soutien et les soins dont elles ont besoin.
  • Au Darfour (Soudan), l’Unicef a mis en place une formation destinée aux forces de l’ordre et aux magistrats – des femmes de préférence -  afin de les aider à enquêter sur les viols de femmes et d’enfants et à acquérir les techniques d’interrogation des victimes.

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