Libérer les enfants colombiens de la guerre : de la démobilisation à la réinsertion

Publié le 20 juin 2007 | Modifié le 24 décembre 2015

Démobiliser les enfants soldats ne suffit pas à les libérer de la guerre, il faut aussi leur offrir un avenir. C’est précisément l’objectif des programmes de prévention et de réinsertion mis en œuvre par l’Unicef en Colombie où le nombre d’enfants enrôlés par des forces armées est passé de 6 000 à 14 000 en six ans. Depuis 2004, l’Unicef France appuie les efforts des équipes présentes en Colombie, en finançant ce programme à hauteur de 630 000 €.

L’Unicef France finance en Colombie un programme d'assistance aux ex enfants soldats et de prévention des nouveaux recrutements

Un enfant qui se croit sans avenir peut choisir de devenir soldat pour s’en sortir. Si beaucoup d’enfants soldats sont recrutés de force, d’autres espèrent ainsi trouver une solution pour échapper à la pauvreté à laquelle ils sont confrontés quotidiennement, pour acquérir un statut social au sein d’un groupe, pour obtenir un emploi et ainsi accéder à une certaine reconnaissance. Démobiliser les enfants, organiser le dépôt des armes n’est pas suffisant. Les conditions de l’enrôlement subsistent. L’Unicef a donc élaboré un programme innovant qui s’organise autour de la prévention du recrutement, de la réintégration des enfants démobilisés et de l’appui aux communautés indiennes, cibles privilégiés du recrutement d’enfant en Colombie. Ce pays, en proie depuis plusieurs décennies à un violent conflit opposant les forces gouvernementales à des groupes armés révolutionnaires, notamment les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), fait partie des trois états du monde où le recrutement d’enfants est le plus élevé.

Depuis 2004, l’Unicef a initié un programme innovant, fondé sur la mobilisation du plus grand nombre d’acteurs sociaux. Des actions sont mises en œuvre à chaque étape de la lutte contre l’utilisation des enfants dans les conflits armés dans les 4 régions où le niveau de recrutement d’enfants soldats a été détecté comme très élevé. Le programme s’articule autour de 3 champs d’action :

Prévention du recrutement

Ce volet vise à réduire les facteurs sociaux et économiques qui poussent certains enfants à rejoindre des groupes armés colombiens. Grâce au programme, 660 enfants ont participé en collaboration avec l’Unicef à un travail d’identification de ces facteurs, ce qui a ensuite permis à 2 000 enfants et adolescents de bénéficier d’activités de sensibilisation et d’information sur le recrutement, d’appui à des projets culturels et éducatifs, de création de projets générateurs de revenus.
D’autre part, 300 fonctionnaires locaux et membres de familles ont été sensibilisés aux moyens d’éviter le recrutement des enfants, à la médiation avec les jeunes, ainsi qu’aux moyens d’assurer le respect des droits des enfants.

Réintégration sociale des enfants démobilisés

Ce volet s’appuie sur la mise en place de 5 centres d’assistance spécialisée, pour assurer la prise en charge et la réinsertion sociale, professionnelle et familiale des enfants et adolescents ayant été utilisés au sein de groupes armés.
300 fonctionnaires et chefs de communautés ont été formés pour assurer le bon fonctionnement des centres et développer les activités d’orientation professionnelle et d’assistance psychosociale pour les anciens enfants soldats.
Au total, ce sont 800 enfants et adolescents démobilisés qui ont pu bénéficier des activités proposées par ces centres, parmi lesquelles un soutien à l’élaboration des projets personnels, l’organisation de rencontres entre jeunes sur les questions de santé, de culture, de travail, mais également des activités sportives, scolaires, culturelles...

L’appui aux communautés indiennes

Ce volet se concentre sur les communautés indiennes, vivant dans la région de Cauca and Nariño, qui constituent une cible particulièrement privilégiée du recrutement d’enfants par les groupes armés.
Grâce au programme, les membres des autorités traditionnelles et des conseils locaux indiens ont été sensibilisés et formés pour prévenir le recrutement des enfants de leurs communautés.
L’Unicef a parallèlement appuyé plusieurs projets agricoles qui ont permis à 61 jeunes indiens en danger de recrutement d'être formés à un métier et de s’engager dans une activité professionnelle dans le secteur agricole.
Dernièrement, des groupes socio-éducatifs (soutenus dans leur travail de renforcement des réseaux sociaux, de resserrement du lien social et de développement de l'identité culturelle indienne) ont permis à 440 jeunes indigènes de participer à des activités sportives, éducatives et culturelles mettant en avant leurs traditions.
Au total, le programme soutenu par l’Unicef France a aujourd’hui touché de manière directe :

  • 200 enfants et adolescents qui étaient en cours de démobilisation en 2006 et qui recevront une assistance complète et adaptée en vue de finaliser leur réintégration sociale et professionnelle, le tout facilité par un réseau de soutien institutionnel, social, et affectif.
  • Environ 800 enfants et adolescents qui bénéficient du programme de démobilisation et d’un procédé de réintégration sociale.
  • 350 enfants et adolescents indigènes, risquant d’être recrutés dans des groupes ou forces armées, sont désormais sous la protection de leur famille et des autorités traditionnelles de leur communauté.
     
En savoir plus

Depuis 10 ans, l’Unicef est engagé très activement dans la lutte contre l’utilisation d’enfants soldats au sein de forces et groupes armés, afin de leur donner, lorsqu’ils ont été démobilisés, la chance de prendre un nouveau départ. Cet engagement s’est concrétisé, entre autre, par la signature des Accords de Paris, les 4 et 5 février de cette année, qui ont remporté une large adhésion politique au niveau international.

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