Libérer les enfants soldats !

Publié le 08 juin 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Mettre fin à l'utilisation d'enfants soldats et mieux soutenir leur réinsertion et leur prise en charge. L’UNICEF veut obtenir des engagements des Etats en ce sens. Du 7 au 9 juin se tient donc la conférence régionale sur le recrutement et l'utilisation des enfants soldats dans les forces et les groupes armés. Organisée par l'UNICEF et le Gouvernement tchadien. Reportage à N’Djamena. 

Dowa, 19 ans, travaille aujourd’hui dans un garage de la capitale tchadienne. Son ancienne vie ? Les forces armées. L'ex enfant soldat se souvient. « Nous ne mangions pas de repas réguliers et nous devions tout partager. » Dowa s'est engagé dans l'armée nationale tchadienne à l’âge de 16 ans. Mais il a été démobilisé un an plus tard quand les autorités militaires ont découvert son âge véritable. « Nous avons été si soulagés quand Dowa est revenu à la maison. Nous avions tellement peur qu'il ne revienne jamais», raconte son père.

Des décennies de conflit au Tchad ont exposé des enfants comme Dowa au recrutement par les forces armées et les groupes rebelles. Selon le ministère de la Défense du Tchad 7 à 9 % de ceux qui ont été démobilisés des groupes rebelles en 2009 étaient des mineurs.

Souleymane, 19 ans, 7 ans de combats

Un autre ancien enfant soldat, Souleymane, 19 ans, a passé 7 ans à se battre dans un groupe rebelle à l'est du Tchad. En 2007, quand le groupe a négocié un accord de paix avec le gouvernement, Souleymane a déposé ses armes et a été transféré dans un centre de réinsertion. Il travaille à présent dans un hôtel de N'Djamena.
« Parce que vous êtes jeunes, que vous êtes entraîné et que vous passez tout votre temps avec les rebelles, vous voulez continuer à vous battre tout le temps même si vous êtes un civil, explique-t-il. Vous éprouvez le besoin de toujours vous battre avec les gens. » Finir par s'habituer à la vie sans une arme à feu est un défi pour de nombreux enfants soldats démobilisés.

« Ces enfants ont en fait été formés pour tuer, développe  le Docteur Marzio Babille, Représentant de l'Unicef au Tchad. Il est très difficile de surmonter l'aspect psychosocial de ce traumatisme et de les faire revenir à une vie normale. »

Plus de 800 enfants libérés

Mais il y a des raisons d'espérer. Les démobilisations de Dowa et Souleymane font suite à la signature par le Tchad des Principes de Paris, un accord international destiné à mettre fin au recrutement des enfants en vue de missions combattantes et non combattantes. Depuis, les recrues qui n'ont pas atteint l'âge de la majorité entrent dans un processus de réinsertion parrainé par l'Unicef lorsque des membres des groupes rebelles tchadiens sont capturés ou quand les groupes signent des accords avec le gouvernement. Les autorités donnent également 830 dollars, soit environ 708 euros, à chaque combattant rebelle qui quitte les rangs. 
Les jeunes qui ont été démobilisés sont ensuite placés dans des centres de prise en charge provisoires à  N'Djamena, gérés par l'ONG CARE International. Dans ces centres, ils reçoivent une aide psychosociale et acquièrent des connaissances destinées à les aider à se réinsérer dans la société.

Depuis 2007, plus de 800 enfants tchadiens sont passés par ce processus, soutenu par l'UNICEF.

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