Libye : « Nous pouvons aider les enfants à l’est, mais pas encore à l’ouest… »

Publié le 26 mai 2011 | Modifié le 31 mars 2016

La Libye, toujours en proie aux violences, est désormais accessible aux humanitaires dans sa partie est. L’Unicef y intervient pour apporter du matériel d’urgence et du soutien aux enfants et leurs familles. A l’ouest en revanche, les conditions de sécurité ne permettent pas encore d’intervenir… Interview de Pierre Poupard, en charge de la coordination de la réponse de l'Unicef à la crise libyenne.

 

 

Depuis peu, les humanitaires peuvent entrer en Libye. Quelle est la situation à l’intérieur du pays ?

 

Elle change de jour en jour, les besoins de la population sont donc difficiles à évaluer et nous devons constamment changer notre stratégie d’intervention... Mais pouvoir passer les frontières nous permet d’affiner nos estimations, et nous savons maintenant que plus d’1 million de personnes ont besoin d’aide à l’intérieur du pays, ainsi que 500 000 autres aux frontières avec la Tunisie et l’Egypte.

 

La totalité du pays est-elle accessible aux équipes de terrain ?

 

Non, pour l’instant, nous pouvons intervenir seulement à l’est. Nous avons installé des « Espaces amis des enfants » où sont organisées des activités pour que les enfants puissent exprimer leurs émotions, dépasser leurs traumatismes et retrouver un sentiment de normalité. Nous essayons également de rouvrir les écoles, nous distribuons des kits d’hygiène (savon, seaux, etc), nous nous assurons que la population peut avoir accès à l’eau potable…

A l’ouest, les conditions de sécurité ne sont pas encore suffisantes pour intervenir. Des négociations sont en cours avec le gouvernement pour obtenir une suspension des combats, afin de laisser passer les convois humanitaires. Nous nous tenons prêts à intervenir : du matériel d’aide d’urgence est pré-positionné à la frontière. La situation à l’ouest n’est a priori pas désastreuse pour l’instant , mais nous devons nous préparer à une éventuelle détérioration dans les mois à venir...

 

Comment est ressentie cette situation dans les deux parties du pays ?

 

A l’Est, à Benghazi notamment, on ressent une grande tension mais aussi une impatience, celle de voir quel va être l’avenir en cette période de « révolution », de grand changement attendu par tous. Les enfants dessinent certes des scènes de combat, car ils sont malheureusement bien témoins de tout cela, mais dessinent aussi des fleurs, des maisons, ont des drapeaux en peinture sur le visage… Les jeunes sont également très présents et très motivés par le changement en marche. A l’ouest en revanche, l’ambiance est feutrée, silencieuse, la vie est contrôlée par le régime en place et l’embargo est vraiment ressenti par la population. Mais des deux côtés, les enfants ont besoin de notre aide pour retrouver au quotidien une vie « normale »…

 

L’appel de fonds revu à la hausse

14,2 millions d’euros (contre 9,2 millions d’euros pour l’estimation précédente) seront nécessaires à l’Unicef pour intervenir auprès des personnes affectées dans la région d’ici à septembre 2011.

Plus de 800 000 personnes ont fui la Libye depuis le début de la crise.

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