L'UNICEF lance un appel en faveur des droits des enfants autochtones

Publié le 24 février 2004 | Modifié le 08 janvier 2016

« Si l’on permet aux enfants autochtones, avec leur potentiel énorme, de vivre en paix et en sécurité et à l’abri de toute discrimination, ils pourront apporter leur contribution non seulement à leur propre communauté mais aussi à la société toute entière, tant au plan national qu’international, a fait valoir Mme Carol Bellamy, Directrice générale de l'UNICEF. Si nous voulons atteindre des objectifs tels que la réduction de la pauvreté, l’éducation pour tous et l’arrêt de l’épidémie de VIH/SIDA, nous devons faire porter nos efforts sur tous les enfants, sans oublier les plus vulnérables d’entre eux, comme ceux des communautés autochtones. »

Il y a environ 300 millions d’autochtones dans le monde. Ils habitent toutes les régions du globe, ils sont originaires de quelque 70 pays et les trois quarts des 6.000 langues du monde sont parlées par des locuteurs autochtones. Environ la moitié de la population autochtone mondiale vit en Asie. Le second groupe le plus important se trouve en Amérique latine.

Les communautés autochtones vivent souvent dans des conditions de tension culturelle et sociale importante. L’absence de perspectives d’avenir, la discrimination culturelle, un soutien social inadéquat, la perte de leurs terres ou la difficulté d’intégrer une culture dominante contribuent à un manque d’estime de soi et une perte d’identité qui peuvent déboucher sur la dépression, l’alcoolisme et la toxicomanie ou le suicide. Les enfants autochtones sont aussi particulièrement exposés à la traite des êtres humains, à l’exploitation sexuelle ou au travail forcé, ainsi qu’aux conséquences des conflits armés et des troubles sociaux.

Comparés aux autres enfants, les jeunes autochtones ont généralement des taux de vaccination plus bas et des taux de mortalité plus élevés, des taux de scolarisation plus bas, des taux de redoublement et d’abandon scolaire plus élevés. Leur protection est inadéquate au sein des systèmes judiciaires officiels. Dans les pays riches comme dans ceux à faibles revenus, les taux de mortalité maternelle, périnatale et infantile sont plus élevés dans les groupes autochtones. L’enregistrement des naissances, qui est le premier pas vers une existence légale et le droit à la citoyenneté, est souvent beaucoup moins fréquent pour les enfants autochtones.

Le rapport explique en détail que les droits des enfants autochtones sont souvent mal respectés ou même bafoués, dans les zones rurales autant que dans les zones urbaines.

Le problème se pose particulièrement dans les domaines suivants : droit des enfants autochtones à la survie et au développement, à la santé, à une éducation qui tienne compte de leur identité culturelle, à une protection contre la maltraitance, la violence et l’exploitation, à la participation au processus décisionnel pour les questions qui les concernent.

Le rapport Innocenti affirme que les Etats devraient allouer plus de ressources au soutien des familles autochtones, leur offrir plus de services et élaborer des lois et politiques qui leur soient favorables. Il insiste sur quatre domaines stratégiques où il a été prouvé que l’investissement, en particulier dans des domaines où les communautés indigènes sont bien outillées, peut avoir des effets positifs pour les enfants autochtones.

Exemples pratiques :
Santé et nutrition : entreprendre des études pour évaluer les pratiques sanitaires autochtones et le rôle des différents membres de la communauté en terme de soins de santé. Offrir une formation d’agent de santé aux autochtones pour qu’ils puissent travailler avec les guérisseurs et sages-femmes traditionnels. Améliorer l’accès aux soins de santé, surtout dans des endroits isolés ou reculés.

Education : développer les programmes préscolaires. Offrir des programmes d’éducation bilingue. Offrir un enseignement adapté à la culture, par exemple en demandant aux anciens d’intervenir dans les classes. Offrir des horaires scolaires compatibles avec les rythmes journaliers et saisonniers de la vie communautaire.

Protection et appui : renforcer les capacités des familles autochtones, des réseaux familiaux et des communautés. S’occuper plus particulièrement des enfants et adolescents autochtones dans les environnements urbains ou périurbains. S’assurer que l’administration judiciaire est consciente des différences culturelles et en tient compte.

Participation au processus décisionnel : faire le nécessaire pour surmonter les obstacles à l’enregistrement des naissances, y compris les problèmes de sensibilisation et d’accès. Permettre aux enfants autochtones de participer aux discussions communautaires, nationales et internationales.