Lutte contre le placement abusif des enfants en institution en Indonésie

Publié le 17 août 2005 | Modifié le 31 août 2015

Interview de Julie Lebegue, responsable UNICEF de la section protection de l'enfance en Indonésie

Quel a été l’effet des alertes lancées par l’UNICEF suite au Tsunami concernant les risques d’exploitation sexuelle sur la question du placement abusif en institution?
Les alertes lancées par l’UNICEF ont permis d’entamer un dialogue avec le gouvernement en vue de l’application des lois existantes. Depuis la signature en septembre 1990 par l’Indonésie de la Convention relative aux droits de l’enfants, un dispositif juridique de protection a été mis en place. Les lois existent, ce qui manque, c’est leur application. L’écho fait par l’UNICEF sur les risques de trafic suite au tsunami et à l’isolement des enfants aura non seulement permis d’ouvrir le débat et de mener à l’adoption de mesures sur le trafic sexuel (interdiction aux enfants d’Aceh de moins de 16 ans de quitter le pays) et l’adoption illégale (moratoire sur l’adoption) mais aussi sur le placement abusif des enfants en institution. Le placement abusif des enfants en institution est un problème qui préexistait au Tsunami.

En quoi le placement en institution des enfants pose-il problème en Indonésie?
Le défi majeur à relever aujourd’hui est celui du placement abusif des enfants en institution et de la définition même de ces institutions. En effet, en Indonésie, certaines familles placent leurs enfants dans des institutions qui sont en fait des orphelinats : il s’agit littéralement d’un abandon dont les parents ne sont pas conscients et il arrive parfois que les enfants placés par leurs parents soient adoptés. Cela pose la question plus globale des adoptions illégitimes allant à l’encontre du principe selon lequel l’adoption doit être la résultante d’une décision de justice. On le voit, le défi consiste à définir ce qu’est une institution d’accueil et à faire en sorte que celles qui existent soient ouvertes pour pouvoir y exercer un contrôle.

Quelles sont les contraintes qui mènent une famille à placer un enfant en institution ?
Le placement est souvent perçu comme une solution miracle. Les institutions pour enfants servent de filet de sécurité aux familles socialement vulnérables L’abandon et le placement en institution d’enfants semblent être une solutions aux difficultés économiques auxquelles doivent faire face les familles, à l’absence ou de l’insuffisance d’aides sociales et à la difficulté à changer les mentalités. La question religieuse complique le débat car certaines institutions sont en fait des pensionnats religieux qui recrutent en vue d’endoctriner les enfants.

Comment l’UNICEF contribue-t-il à l’application des lois en matière de placement abusif ?
Il existe deux niveaux d’intervention: institutionnel et communautaire. L’UNICEF et ses partenaires (Save the children, le Comité international de la Croix Rouge) poursuivent le dialogue avec les autorités en vue de la mise en place d’un cadre d’application des lois existantes mais mène aussi une action de sensibilisation auprès des acteurs communautaires clés : les organisations non gouvernementales locales, les leaders religieux, les parents, les écoles, les médias…

Comment prévenir le placement abusif des enfants en institution ?
Il faut en priorité veiller à ce que des progrès soient réalisés en matière de qualité de l’enseignement et des soins dispensés dans les institutions et fermer les institutions insalubres, délabrées et inadéquates sur le plan pédagogique. Ce mouvement de désinstitutionnalisation doit s’accompagner de mesures et d’aides sociales pour accompagner la réintégration des enfants dans les familles. Il faut aussi mettre en place des systèmes et des mécanismes appropriés garantissant que seuls les enfants qui en ont véritablement besoin entrent dans le système de protection.

Soutenir nos actions