Madagascar : des milliers d’enfants en péril

Publié le 02 août 2009 | Modifié le 31 mars 2016

Cette année encore, le sud de l’île a été privé des pluies saisonnières qui permettent d’habitude aux familles de subsister. Un dérèglement climatique aux conséquences dramatiques pour les enfants. L’action de l’Unicef et de ses partenaires a permis la prise en charge de 6000 d’entre eux.

Les premiers effets du changement climatique se font sentir à Madagascar. Depuis deux ans, les pluies saisonnières qui arrosent habituellement le sud aride de l’île ne sont pas tombées. Les cultures, qui permettaient aux familles de survivre ensuite pendant la saison sèche, sont perdues. « Nous sommes aujourd’hui dans la période dite de la « petite récolte », qui n’est malheureusement pas suffisante, explique Paola Valenti, responsable de la nutrition à l’Unicef Madagascar. Madagascar, notamment au sud, est une île particulièrement soumise aux aléas climatiques. Les Malgaches, extrêmement pauvres, sont donc très vulnérables.»
Liatinahie, agricultrice et mère de 10 enfants, a perdu ses récoltes au début de cette année. «J'avais des graines et j'ai planté des patates douces mais comme il n'y a pas eu de pluie, elles ont séché, se souvient-elle. J'ai remarqué que ma fille était de plus en plus maigre mais il n'y avait plus rien à manger et quand elle est devenue encore plus maigre, je l'ai emmenée au dispensaire.» Le cas de Liatinahie et de sa plus jeune fille n’est pas isolé. «Environ 80% des enfants de moins de cinq ans reçus dans notre centre sont touchés par la malnutrition, dont 10% souffrent de malnutrition aiguë sévère», explique Tianason Sombason Mandanaina, infirmier au dispensaire rural près de Tsihombe.
Eviter que les parents ne partagent les doses
Pour lutter contre cette crise nutritionnelle préoccupante, l’Unicef privilégie le dépistage actif de la malnutrition. 4 800 agents communautaires ont été formés pour détecter la malnutrition grâce au périmètre brachial (bracelet pour mesurer le bras de l’enfant). Environ 80 % des enfants sous-alimentés des régions touchées par la sécheresse ont ainsi pu être atteints. Envoyés directement dans des centres de soins soutenus par l’Unicef, 5 840 enfants sévèrement malnutris ont été pris en charge dans cinq districts du sud de l’île depuis février. D’autres enfants, dans d’autres districts, sont également concernés par cette action conjointe de l’Unicef et de ses partenaires. «Nous travaillons avec des agents médicaux pour empêcher le taux de mortalité infantile d’augmenter, explique encore Paola Valenti. Dans un des centres, par exemple, un seul médecin était en charge de 80 enfants sévèrement malnutris. Nous avons apporté notre soutien financier pour qu’un autre médecin puisse être recruté.»
Afin que les enfants puissent se remettre chez eux, lorsqu’ils ne sont pas admis à l’hôpital car leur état n’est pas jugé critique, des pâtes nutritives leur sont distribuées. Il faut cependant veiller à ce qu’ils mangent ces doses complètement. « En mai-juin, nous avons commencé à constater que les parents étaient de plus en plus nombreux à prendre les doses distribuées pour leurs enfants, poursuit Paola Valenti. Comme ils manquent vraiment de nourriture, ils partagent la dose entre les frères et sœurs…ou échangent la moitié du produit contre du riz ou du maïs.» Pour lutter contre ce phénomène, les familles d'enfants sous-alimentés ont aussi reçu des vivres.

Une crise durable ?

Quelques pluies récentes ont apporté un peu de répit aux agriculteurs mais leurs maigres réserves ne leur permettront pas de tenir pendant six mois. Les prochaines pluies sont attendues, peut-être en vain, pour début 2010. Madagascar connaît une crise qui pourrait devenir permanente, compte tenu des dérèglements climatiques. « Le moindre choc peut faire tomber Madagascar dans une situation d’urgence étant donné la pauvreté de l’île. Il faut travailler contre la crise actuelle mais aussi pour pérenniser un certain développement – tant agricole que dans les domaines de la santé ou de la prévention, défend Paola Valenti. Nous soutenons des structures malgaches déjà existantes pour qu’elles puissent avoir une action sur la durée. Dans certains centres de soins, nous avons aidé à la prise en charge de 300 à 350 enfants en ces temps de crise. L’objectif, c’est qu’ensuite ces structures arrivent à s’en sortir toutes seules.»

Soutenir nos actions