Mali : « On craint une aggravation de la situation pour les enfants dans le Nord »

Publié le 16 octobre 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Carole Vignaud est coordinatrice Urgences de l’UNICEF au Mali. Elle revient sur les dernières évolutions de la situation humanitaire et le quotidien des enfants dans le nord du pays.

Quelle est la situation dans le nord du Mali aujourd’hui ?

Carole Vignaud : elle très préoccupante. Des centaines de milliers de personnes ont dû fuir les combats pour protéger leurs vies : 270000 personnes ont cherché refuge au Niger, en Mauritanie ou au Burkina Faso et plus de 174000 personnes sont parties à l’intérieur du Mali, dans des familles d’accueil ou des abris de fortune. Rassemblées autour des points d’eau, elles vivent dans de très mauvaises conditions d’hygiène, sans électricité, en manque de nourriture et d’eau potable.

 

Les centres de santé ont été pillés et ne fonctionnent que grâce à l’appui d’ONG locales et internationales qui travaillent dans des conditions très difficiles. Le manque d’accès à la nourriture, à l’eau et aux soins rend les enfants très vulnérables au paludisme, aux maladies diarrhéiques et à la malnutrition, qui sont les premières causes de mortalité des enfants au Mali. La fermeture des écoles, pillées elles aussi, a privé plus de 300 000 enfants de scolarité depuis des mois. Malgré la complexité de la situation et l’insécurité, l’UNICEF réussit à faire parvenir l’aide humanitaire et  à travailler avec les populations du Nord du Mali, grâce aux ONG partenaires, bien établies dans la région. La situation est incertaine et varie selon les lieux ; les partenaires doivent négocier chaque jour leur accès aux populations.

 

Quelles sont les conséquences du conflit pour les femmes et les enfants ?

L’escalade de la violence a de graves conséquences pour les populations civiles, notamment pour les femmes, menacées par les violences sexuelles. Les enfants sont menacés d’être recrutés par des groupes armés, séparés de leur famille, blessés ou tués par des engins non explosés.

 

Toutes ces menaces sont vécues de façon très concrète par les enfants. L’impact du traumatisme est profond pour ceux qui voient leurs parents battus, humiliés, leurs mères violentées… La vie n’est plus la même : aucune activité récréative n’est tolérée, la musique et la danse sont interdites, filles et garçons n’ont plus le droit de jouer ensemble.

 

Education, santé, protection, logistique

 

Que fait l’UNICEF sur place ?

L’UNICEF et ses partenaires travaillent depuis longtemps avec les communautés du Nord qui mènent directement des initiatives pour la reprise des activités éducatives, le maintien des services sociaux et la protection des enfants. Ainsi, une association de Gao a négocié auprès du groupe qui contrôle cette zone l’ouverture de classes pour la rentrée. Le fait que ces communautés n’aient pas perdu leur dynamisme et leur capacité à négocier est primordial. Des kits récréatifs sont distribués : plus de 2 500 enfants ont pu bénéficier d’activités de loisirs et d’une aide psychosociale. L’UNICEF a également soutenu l’organisation de cours de rattrapage et de sessions d’examens pour plus de 10 000 enfants des régions du Nord.

 

Sur le plan de la santé, l’UNICEF a réussi à mener des campagnes de vaccination contre la rougeole, la méningite et la polio pour tous les enfants de moins de 5 ans dans toutes les régions du Nord. Notre organisation achemine, chaque semaine depuis avril, des médicaments, des équipements  pour les centres de santé, le traitement de la malnutrition, des moustiquaires, du matériel pour les puits et le traitement de l’eau, des couvertures, des jerricans, des ustensiles de cuisine. Cette chaîne d’approvisionnement est essentielle pour soutenir les efforts de nos partenaires et touche plus de 580 000 personnes dans les régions de Kidal, Tombouctou et Gao.

 

Maintenir le niveau de financement

 

Quels sont vos besoins ?

Depuis le début de l’année 2012,  notre budget annuel est passé de 30 à 50 millions de dollars, ce qui constitue également un défi car nous devons maintenir ce niveau de financement pour assurer la réponse d’urgence dans le contexte d’une crise qui risque de durer. Nous devons dès à présent trouver de nouveaux financements pour assurer la continuité de notre réponse  et celle de nos partenaires dans le Nord à un moment critique qui pourrait correspondre à une intervention armée. Cela impliquerait de nouveaux déplacements, des risques d’épidémies, l’aggravation de la situation sanitaire et nutritionnelle. Dans un tel scenario, les risques et les besoins en termes de protection des femmes et des enfants se verraient décuplés. 

Photo portrait : ©UNICEF/Mali2012/WARDEN

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