Manuel Fontaine, conseiller enfants soldats, UNICEF New York

Publié le 21 novembre 2004 | Modifié le 04 janvier 2016

« On ne fait pas de compromis avec le droit international »

Quel est le rôle de l’Unicef à New York, en ce qui concerne les enfants soldats ?
 
Nous intervenons à plusieurs niveaux : tout d’abord au niveau politique, auprès du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, lors des débats, pour nous assurer que l’information venant du terrain soit diffusée au sein des instances politiques. Nous essayons de définir les meilleurs moyens de démobiliser des enfants soldats, les sanctions éventuelles aux gouvernements et groupes armés… Ensuite, nous faisons beaucoup de plaidoyer au niveau de la Banque mondiale et autres bailleurs de fonds, afin que les financements soient mis à la disposition des agences de protection de l’enfance sur le terrain, notamment dans la région des Grands Lacs. Cela prend beaucoup de temps : en général, les bailleurs attendent que les actions de soutien de la paix soient lancées avant de débloquer des sommes d’argent. Notre rôle, c’est de nous assurer que l’aide parvienne dans ces pays dès l’instant où le conflit éclate, et parfois même avant pour les actions de prévention. Enfin, il y a un aspect plus analytique. Nous réfléchissons aux meilleurs moyens de collaborer avec nos partenaires : le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), et les ONG comme l’International Rescue Committee, Save the Children...

Les bailleurs de fonds ont-ils conscience des réalités sur le terrain ?
 
Le problème qui se pose, c’est que les bailleurs de fonds ont une idée très stricte de ce doit être la démobilisation : les camps de transit sont pour eux un passage obligé. Alors que nous, nous voyons sur le long terme. Ce qui est important, c’est d’accompagner le retour de ces enfants au sein de leur communauté, au sein de leur famille. Et dans beaucoup de pays, par exemple au Liberia, les programmes de démobilisation sont plus axés sur le désarmement que sur la réintégration des enfants soldats. On oublie le lien avec la famille, les séquelles psychologiques engendrées par le conflit. Très souvent, les enfants se retrouvent dans un milieu pauvre, qui a souffert de la guerre. Ils sont vulnérables et on les place dans des situations dangereuses. Les bailleurs ont du mal à se représenter un processus de démobilisation sur 4 ou 5 ans plutôt que sur 4 ou 5 mois. Ils sont très compartimentés dans leur approche, et ne voient pas qu’un programme d’éducation peut être fondamental dans le retour à la vie civile.

Vous avez évoqué plus tôt les sanctions aux gouvernements, quelles sont-elles ?

Il ne faut pas croire que les sanctions soient une solution à tous les problèmes. Il faut faire très attention : elles sont destinées à isoler les leaders, mais ne doivent pas représenter un danger pour les populations elles-mêmes. Les sanctions que nous envisageons sont très ciblées, de manière à ne pas perturber les populations. Elles portent sur le trafic d’armes, ou sur le voyage des leaders du pays à l’étranger… Notre but est d’ouvrir le dialogue avec ces groupes, de manière à aider à la démobilisation des enfants, sans pour autant nous compromettre. On ne fait pas de compromis avec le droit international. La négociation se fait aussi en affirmant : « Vous avez besoin de notre aide ! On peut travailler ensemble pour que ces enfants soient démobilisés. » Car ces groupes armés, et ces gouvernements cherchent une respectabilité politique et internationale. Au Népal, pas exemple, le gouvernement contrôle une partie du territoire, et les groupes d’opposition maoïstes contrôlent d’autres territoires. Ce sont ces groupes qui recrutent des enfants. Notre rôle est de leur expliquer que ce n’est pas légal. Mais attention, le dialogue se fait uniquement sur une base humanitaire, et n’entraîne aucune reconnaissance légale internationale de ces groupes. En outre, on a toujours tendance à voir ces problèmes comme des problèmes africains. Si certains leaders politiques africains sont responsables de ces recrutements, ils ne sont pas les seuls. La façon dont les enfants sont utilisés dans des pays comme la Colombie ou le Sri Lanka est tout aussi dramatique. 

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