Maroc : « encore tant de choses à faire ! »

Publié le 15 juin 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Abandons, travail des enfants, lacunes du système éducatif… A l’heure où les Européens réservent leurs vacances au Maroc, il reste encore, malgré les progrès rapides qu'a rencontrés le pays, du chemin à parcourir pour les enfants et les femmes marocains. Etat des lieux de la situation avec Jean-Benoît Manhes, du bureau de l’Unicef à Rabat.

Combien d’enfants travaillent au Maroc?

Selon les chiffres les plus récents, près de 200 000 enfants travaillent au Maroc, avec une prédominance de plus de 80% dans le secteur de l’agriculture, suivi du textile, du commerce,  etc.  Et ces chiffres n’englobent pas le travail domestique sur lequel peu de documentation existe. Cependant le Maroc a entrepris d’énormes efforts de lutte contre le travail des enfants ces 10 dernières années, via l’action gouvernementale ou via des programmes de coopération avec l’Unicef et le Bureau international de travail (Programme IPEC).

 

Vous parlez d’enfants abandonnés, c’est un phénomène répandu ?

Sans être "répandu", le phénomène d’abandon est encore trop souvent rencontré au Maroc, notamment à cause de pressions exercées sur les femmes qui donnent naissance à des enfants hors mariage.  A l’exception de cas limités pour lesquels les associations de la société civile arrivent à réintégrer l’enfant dans sa famille. Les jeunes mamans célibataires sont nombreuses à abandonner leurs nouveaux-nés. Ces enfants sont ensuite placés dans des centres et des orphelinats, avec des normes plus ou moins acceptables.

Aucune donnée fiable n’existe sur les enfants vivant dans la rue. Cela ne concerne pour l'instant que les grandes villes et certaines ONG commencent à s'attaquer au phénomène.

 

Les choses avancent-elles pour ces enfants ?

Tous ces phénomènes touchent à des questions de société. Par exemple, sur la question des fillettes domestiques, cela ne progresse que lentement malgré les multiples initiatives en cours. Ce sont des questions pointues, sans réponse simple. Le code de la famille réformé il y a quelques années a introduit des mesures importantes en faveur de l’égalité entre les sexes, la cohésion de la famille et la protection de l’enfance. Les autorités veulent faire avancer les choses, les lois changent pour les femmes et les enfants mais leur mise en œuvre peut être lente…et pendant ce temps certains enfants ont un besoin immédiat de protection. Les gens voient tous les succès mérités que connaît le Maroc mais il y a encore tant de choses à faire !

 

Vos efforts portent également sur l’éducation des enfants marocains ?

Depuis le début des années 2000, nous nous mobilisons en effet dans ce domaine. Un plan d’urgence a été adopté par le gouvernement en vue de faire face aux déficits qui bloquent le système éducatif marocain. Si 94% des enfants ont accès à l’école au Maroc, plus de 38% ne terminent pas le cursus primaire et quittent l’école. La loi sur l’obligation de la scolarisation jusqu'à l’âge de 15 ans connaît encore des difficultés à être appliquée systématiquement. … Il faut aujourd’hui se recentrer sur la qualité des cours, notamment en formant mieux le personnel, en modifiant les programmes et les adapter aux spécificités de chaque région et en les focalisant sur les compétences… Ce sont les points sur lesquels s’engagent l’Unicef et tous ses partenaires.

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