Mary, jeune nigériane : « Elle m'a dit qu'elle ferait de nous des prostituées »

Publié le 12 juin 2017 | Modifié le 12 juin 2017

Elle s’appelle Mary. Elle vient de la ville de Benin City au Nigeria. Quand elle avait 17ans, Mary a essayé de fuir une vie sans espoir afin de travailler dans un restaurant en Italie. Au lieu de cela, elle s’est retrouvée piégée dans le trafic sexuel.
Son histoire est une histoire que l’UNICEF a déjà entendu maintes et maintes fois... 

C’est le résultat d’un important trafic qui a grandi dans l’ombre des lois de plus en plus strictes sur l’immigration et les fermetures de frontières à travers le monde - un trafic d’êtres humains.
Aujourd’hui, des millions d’enfants trouvent peu d’opportunités de se déplacer/de migrer sans encombre. Cependant les obstacles de la migration légale n’arrêtent pas les enfants, ils ne font que les pousser dans la clandestinité. C’est pourquoi aujourd’hui des dizaines de milliers d’enfants, la plupart non accompagnés, comme Mary, s’engagent dans des voyages dangereux et souvent mortels, où beaucoup sont victimes des trafics et de l’exploitation.
C’est ce qui lui est arrivé. Elle raconte.

Une chambre servant aux prostituées nigérianes dans le district de Ballaro, à Palerme, en Sicile, Italie. @ UNICEF/Gilbertson

« Une femme m’a dit qu’elle m’aiderait et qu’elle m’enverrait en Europe. Elle m’a présenté à un homme, dénommé Ben, et qui selon elle pourrait m’aider. Ben m’a dit qu’il connaissait des gens qui avaient des restaurants et qui pourraient m’y faire travailler. Pour le moment, il a dit qu’il paierait tous mes frais.
Le lendemain, il m’a invité dans sa maison. Il y avait beaucoup de garçons et de filles là-bas. Il nous a dit à tous que si nous arrivions en Europe, nous devrions tous payer 25 000 €. Certaines personnes ont refusé, moi j’ai dit que j’étais d’accord.
Ensuite il nous a emmené à un endroit où ils jettent des sorts « juju ». (le « Juju » est une ancienne croyance nigérianne de sorcellerie)
Nous avons dû jurer à une vielle femme - une sorcière - que nous ne fuirions pas.
Je suis ensuite partie pour la Libye. Cet endroit est très très mauvais. Ils nous ont traités si mal. Tout ce que Ben nous avais dit, que nous serions bien traités et que nous serions en sécurité, tout cela était faux. C’était un mensonge.

 

Une chaise utilisée par des prostituées, pour la plupart nigérianes, à côté d’une route régionale, au sud de Catane, en Italie. Des gangs criminels et des trafiquants se servent de régions comme celle-ci pour vendre des êtres humains. @ UNICEF/Gilbertson

Nous avons d’abord été piégées à Gharyan. Pendant trois mois, nous étions là, et beaucoup de filles furent violées. Cet homme, Ben, m’a pris moi et une autre fille pour une nuit. Il a donné l’autre fille à un autre homme, et il m’a dit que si je ne couchais avec lui, il ne me conduirait pas en Europe. Il m’a violée.
De là, nous avons été emmenées à Sabratha, bien que tout le monde l’appelle «
Seaside (Côté Mer) » parce que c’est là qu’ils emmènent les filles en Italie. Les hommes libyens viennent et s’ils voient un garçon, ils le font travailleur pour eux. S’ils voient une fille, ils la viole. Je voulais m’enfuir mais je ne pouvais pas, je n’avais pas d’argent, ni de téléphone. Je ne savais même pas par où je devais m’échapper.

Nous avons fini dans la mer et nous avons été sauvés par les garde-côtes italiens. Je me suis faite amie avec une fille qui faisait les voyages pour la seconde fois.
Elle m’a dit que nous serions utilisées comme prostituées, que je ne devrais pas parler aux dames et que je devrais rester à l’intérieur du camp où les italiens allaient nous mettre. Je me disais alors «
Je ne veux pas me prostituer, je ne veux pas vendre mon corps ».
Quand nous sommes arrivées sur la côte, une femme blanche, Gilda, une avocate, à commencer à me parler. Je lui ai dit que je devais de l’argent à un homme dénommé Ben. J’ai alors été transféré du camp et mise dans une maison sécurisée.
Désormais les gens qui ont payé pour mon voyage disent à ma mère qu’il est temps de rendre l’argent. Il y a deux semaines, ils sont venus chez ma mère et ils l’ont menottée. Ils l’ont ensuite emmenée dans une autre maison où ils l’ont menacée. Ils ont dit qu’ils lui feraient du mal si je ne leur envoyais pas l’argent. Dorénavant lorsqu’elle m’appelle je ne sais pas quoi lui dire, alors j’ai éteint mon téléphone. Je suis si triste, j’ai beaucoup trop de pression sur mes épaules et je suis fatiguée. Je ne sais plus quoi faire.
J’attends mes papiers, je pourrais ensuite commencer à travailler, les gens me disent d’être patiente. Et que ma mère doit aussi être patiente, mais c’est difficile. »

Selon l’Organisation international pour les migrations (OIM), 75% des mineurs non accompagnés qui arrivent en Italie déclarent avoir été victimes de trafic. Des enquêtes menées par l’UNICEF et les Nations unies en Libye et en Somalie démontrent que les familles chez elles sont sujettes à de fortes demandes de rançons pour leurs enfants. 
Aujourd’hui, Mary vit dans une maison sécurisée qui accueille les victimes de trafics sexuels, gérée par l’association Penelope dans la périphérie de Taormine en Sicile, proche de l’endroit où les leaders du G7 se sont réunis.