Ne laissons pas les enfants devenir les victimes cachées de la pandémie de COVID-19

Publié le 10 avril 2020

Declaration d'Henrietta Fore, directrice générale d’UNICEF
99 % des enfants du monde subissent des restrictions liée à la pandémie.
60 % vivent dans des pays où le confinement total ou partiel a été appliqué.

New York, le 9 avril 2020 – « Le monde entier est en ce moment uni dans une lutte commune contre un ennemie invisible. Mais pendant que nous sommes concentrés sur la manière dont nous pouvons éviter ou traiter le COVID-19, nous ne voyons pas les graves conséquences – les impacts cachés – que nous allons affronter une fois la pandémie actuelle passée. Cela doit changer.

Non seulement les enfants et adolescents peuvent contracter le COVID-19, mais ils font aussi partie des victimes les plus sévèrement impactées. A moins que nous agissions maintenant pour répondre aux impacts de la pandémie sur les enfants, les conséquences du COVID-19 altèreront durablement notre futur.

D’après notre analyse, 99 % des enfants et adolescents de moins de 18 ans dans le monde (2,34 milliards) vivent dans l’un des 186 pays ayant mis en place des restrictions en raison du COVID-19. 60 % des enfants du monde vivent dans l’un des 82 pays où un confinement total (7 %) ou partiel (53 %) a été mis en place, soit 1,4 milliard d’enfants ou adolescents au total.

Nous savons que, dans toute crise, les jeunes et les plus vulnérables souffrent de manière disproportionnée. La pandémie ne fait pas exception. Il est de notre responsabilité d’éviter la souffrance, de sauver des vies et de protéger la santé de chaque enfant. Nous devons aussi nous assurer que les décisions concernant les mesures de contrôle du COVID-19 sont basées sur les informations les plus sûres dont nous disposons, afin de minimiser et de prévenir tout dommage collatéral, et de fournir des mesures en capacité d’atténuer tout dommage afin qu’il ne dure pas.

Cela commence par résister à la tentation, en cette période de récession mondiale, de dé-prioriser l’investissement dans notre futur. Augmenter dès maintenant les investissements dans l’éducation, la protection infantile, la santé, la nutrition, l’accès à l’eau et à l’assainissement permettra au monde de réduire les dommages causés par cette crise et d’en éviter de nouvelles. Un monde nouveau va s’ouvrir, et quand ce moment arrivera, la résilience des systèmes de santé les plus faibles nous indiquera comment nous pourrons faire face aux prochaines menaces.

Les pays et communautés du monde entier doivent travailler ensemble pour répondre à cette crise. Comme nous l’avons tristement appris au cours des deux derniers mois, jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible, la présence du coronavirus n’importe où dans le monde est une menace pour le monde entier. Nous devons agir maintenant pour renforcer les systèmes de santé, de même que d’autres services sociaux pour les enfants, afin de maintenir les priorités de développement dans tous les pays du monde.

Cette semaine, UNICEF lance un agenda mondial pour l’action afin de protéger les enfants les plus vulnérables. Cet agenda repose sur 6 piliers :

  1. Maintenir les enfants en bonne santé ;
  2. Fournir aux enfants vulnérables un accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène ;
  3. Permettre aux enfants de continuer à apprendre ;
  4. Soutenir les familles en couvrant leurs besoins et en prenant soin de leurs enfants ;
  5. Protéger les enfants de la violence, de l’exploitation et des abus ; et
  6. Protéger les enfants réfugiés et migrants, ainsi que ceux touchés par des conflits.

Sans une action urgente, cette crise sanitaire risque de devenir une crise des droits des enfants. C’est seulement en travaillant ensemble que nous pourrons permettre à des millions de filles et de garçons de rester en bonne santé, en sécurité et d’apprendre.

Santé

En matière de santé, le COVID-19 peut potentiellement submerger les systèmes de santé les plus fragiles dans les pays à faibles et moyens revenus, et miner les progrès accomplis au cours des dernières décennies en matière de survie infantile, de santé, de nutrition et de développement. Un trop grand nombre de systèmes de santé sont déjà en difficulté. Avant la crise du COVID-19, 32 % des enfants du monde montrant des symptômes de pneumonie ne pouvaient être pris en charge par un professionnel de la santé. Qu’arrivera-t-il quand le COVID-19 frappera de plein fouet ? Nous sommes déjà témoins d’affaiblissement des campagnes de vaccination, menaçant la propagation de maladies pour lesquelles un vaccin existe déjà, comme la polio, la rougeole et le choléra. Davantage de nouveau-nés, d’enfants, d’adolescents et de femmes enceintes pourraient mourir d'autres maladies que le COVID-19 si les systèmes de santé, qui sont déjà face à une rude épreuve, deviennent complètement surchargés. De même, de nombreux programmes de nutrition sont perturbés ou interrompus, comme le sont les programmes communautaires pour la détection et le traitement de la malnutrition. Nous devons agir maintenant pour préserver et renforcer les systèmes sanitaires et alimentaires dans chaque pays du monde.

Accès à l'eau et à l'hygiène

De même, se protéger et protéger les autres à travers un lavage des mains et des pratiques d’hygiènes adaptées n’a jamais été aussi important. Mais pour beaucoup d’enfants, l’accès à l’eau et à des infrastructures de base d’hygiène et d’assainissement est impossible. Dans le monde, 40 % de la population, soit 3 milliards de personnes, n’ont toujours pas la possibilité de se laver les mains à l’eau et au savon à la maison – et cela représente les trois quarts de la population des pays les moins développés. Nous devons faire en sorte que chaque foyer, école et infrastructure de santé ait les moyens de fournir un environnement hygiénique et sain.

Education

En matière d’éducation, une génération entière d’enfants voit ses études s’interrompre. Dans des pays entiers, la fermeture d’école a perturbé la scolarité de plus de 1,57 milliard d’enfants et adolescents, soit 91 % des étudiants du monde. Nous avons appris de précédentes fermetures d’écoles que les enfants, en particulier les filles, qui sont maintenus en dehors de l’école pour une période prolongée ont moins de chances d’y retourner quand les salles de classe rouvriront leurs portes. La fermeture des écoles empêche aussi l’accès aux programmes de nutrition basés à l’école, faisant augmenter les taux de malnutrition. Le potentiel d’apprentissage d’une génération entière d’étudiants pourrait être affecté. Redoubler notre engagement pour l’éducation, et notre investissement, n’a jamais été plus urgent.

Inclusion sociale

L’impact socio-économique du COVID-19 sera davantage ressenti par les enfants les plus vulnérables du monde. Beaucoup vivent aujourd’hui dans la pauvreté, et les conséquences des mesures pour répondre COVID-19 risquent de les plonger dans la misère. Alors que des millions de parents ont du mal à maintenir leurs revenus et moyens de subsistance, les gouvernements doivent intensifier les mesures de protection sociale – en fournissant des dispositifs de sécurité sociale et de transferts d’argent, en protégeant les emplois, en travaillant avec les employeurs pour soutenir les parents qui travaillent, et en priorisant les politiques qui connectent les familles aux systèmes de santé, de nutrition et d’éducation.

Protection

Nous avons appris de précédentes urgences sanitaires que les enfants font face à un risque élevé d’exploitation, de violences et d’abus quand les écoles sont fermées, que les services sociaux sont interrompus et que les déplacements sont restreints. Par exemple, les fermetures d’écoles pendant l’épidémie d’Ebola and Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016 s’est traduit par un pic de travail des enfants, de maltraitance, d’abus sexuels et de grossesses d’adolescentes. Et la forme la plus commune de violence faite aux enfants prend place au sein du foyer. Dans une majorité de pays, 2 enfants sur 3 sont sujets à des punitions violentes de la part des adultes en charge. Qu’arrive-t-il quand ces enfants ne peuvent pas quitter la maison, sont coupés de leurs professeurs, de leurs amis et des services de protection ? Et alors que des millions d’enfants se tournent vers la technologie digitale pour avoir une fenêtre sur l’extérieur, comment les protège-t-on des risques et conséquences potentiellement dangereuses du monde en ligne ? Un mouvement social pour éradiquer la violence et les abus d’enfants, reflétant le mouvement d’éradication des violences faites aux femmes, est essentiel. Plus vite ce mouvement commencera, mieux le monde se portera.

Urgences

Les enfants qui vivent déjà des crises humanitaires ne doivent pas être oubliés lors de notre réponse au COVID-19. Nous savions déjà que 2020 serait une année pendant laquelle un nombre jamais atteint de personnes aurait besoin d’une aide humanitaire, mais  les vulnérabilités des enfants vivant dans des pays touchés par des crises vont persister et pourraient être aggravées par les conséquences de cette pandémie, les exposant a un double risque. Le Secrétaire général a lancé un plan de réponse humanitaire au COVID-19. C’est maintenant à la communauté internationale de venir ensemble en aide aux enfants les plus vulnérables – ceux qui ont été arrachés à leurs familles et maisons – pour maintenir leurs droits et les protéger de la propagation du virus.

Logistique

Pour finir, défendre les enfants au beau milieu de cette crise veut dire assurer la disponibilité et l’accessibilité de fournitures de santé telles que les médicaments et les vaccins, et des fournitures scolaires. La pandémie actuelle de COVID-19 exerce une pression sur les producteurs mondiaux et sur les services de logistique, et nous travaillons avec des entreprises sur la production de denrées essentielles, ayant en tête une distribution juste. Nous voulons soutenir les pays – en particulier ceux dont les systèmes de santé sont mis à l’épreuve – pour permettre un accès égalitaire aux équipements pour combattre le COVID-19. Nous devons aussi faire en sorte que les restrictions de voyage, d’exports et la pression actuelle sur la capacité de production ne nous empêche pas d’acheminer les fournitures essentielles pour soutenir notre intervention en santé et en éducation, nos programmes d’accès à l’eau et à l’assainissement et notre soutien à la réponse humanitaire.

Alors que nous sommes en ce moment concentrés sur cette période de confinement avec le souci immédiat de nous maintenir, ainsi que nos proches, en bonne santé, nous devons aussi penser aux millions d’enfants qui risquent de devenir les victimes cachées de cette pandémie. Ce à quoi ressemblera leur monde de demain, et ce à quoi leur futur va finalement ressembler, est notre responsabilité aujourd’hui. »