Ni exagération, ni négation : connaître la réalité de la violence scolaire à l’école primaire

Publié le 28 avril 2010 | Modifié le 26 mai 2015

L’Unicef est à l’initiative de la première enquête de victimation en France sur la violence scolaire à l’école primaire. Questions à Georges Fotinos, administrateur de l’Unicef ancien Inspecteur Général et coresponsable de cette étude.

Qui va faire cette enquête et auprès de qui ?

L’Unicef a commandé à l’Observatoire international de la violence à l’école, dirigé par Eric Debarbieux, une étude concernant la victimation des élèves de l’école primaire (cycle III). C’est une grande première, car contrairement aux pays anglo-saxons, il n’y avait pas eu d’enquête de cette envergure en France, en particulier pour cette tranche d’âge. Le ministère de l’éducation nationale est associé à cette opération à travers sa Direction de l’évaluation de la performance et de la prospective. C’est cette instance qui a sélectionné les échantillons d’écoles dans lesquelles nos six équipes d’universitaires interrogeront des enfants en face à face. Il s’agit de demander aux élèves s’ils ont été victimes de violence, de harcèlement, physique et / ou moral, afin de dresser une sorte d’état des lieux qui permette une véritable politique de prévention.

Quels sont les écueils dans lesquels tombent ordinairement les discours sur ce sujet ?

Il y a deux écueils. D’abord le piège de l’exagération : trois ou quatre faits sont montés en épingle et un discours politique ou médiatique nous fait croire que le pays est à feu et à sang. L’autre piège est celui de la négation : nier en bloc le phénomène, après que le discours exagéré l’ait discrédité, et affirmer qu’aucune violence ne s’est jamais produite. J’ai participé aux Etats généraux de la violence à l’école et eu le grand plaisir d’entendre le ministre de l’éducation nationale promouvoir le lancement d’enquêtes de victimation. L’Unicef, en initiant cette première enquête, fait figure de pionnière. Les équipes d’enquêteurs chercheurs sont actuellement sur les terrains retenus et procèdent avec toutes les précautions et les formalités nécessaires au recueil des informations. Le rapport d’étude  (résultats et recommandations) devrait être rendu public avant la fin de l’année 2010.

Quel est l’intérêt pour l’Unicef d’initier ce genre d’enquête ?

Nous avons une action de protection de l’enfance reconnue dans le monde entier, mais il a été parfois reproché à l’Unicef France son silence sur certaines situations dans l’hexagone. C’est pourquoi notre implication en France s’intensifie d’année en année, cette enquête le confirme. L’Unicef a pour mandat de surveiller l’application de la Convention des droits de l’enfant, sans limitation de frontières. Le droit à l’éducation en fait partie. A cet effet, l’Unicef défend une école qui permette d’apprendre et de s’épanouir. Actuellement, les statistiques officielles, basées sur les déclarations des directeurs d’école, font état des violences graves. Mais cela est-il suffisant ? Les micro violences répétées ne sont-elles pas  les plus destructrices tant pour les élèves que pour le climat de l’école ? Notre enquête nous permettra d’approcher cette réalité et d’œuvrer in fine au droit à l’éducation pour tous.

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