Niger : dégradation du statut nutritionnel des enfants

Publié le 18 mai 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Dans les centres de récupération nutritionnelle appuyés par l’UNICEF, une augmentation des admissions d’enfants souffrant de malnutrition a été constatée. En effet, depuis janvier, plus de 64 500 enfants ont été admis dans les programmes nutritionnels. Près de 54 000 d’entre eux souffraient de malnutrition aiguë modérée et plus de 10 000 de malnutrition aiguë sévère.

Cette augmentation s’expliquerait par la combinaison d’une augmentation saisonnière et d’une meilleure couverture des besoins.

"La situation requiert non seulement l’extrême vigilance et la mobilisation continue de tous les partenaires sur le terrain mais aussi l’engagement ferme de la communauté des donateurs afin de prévenir une détérioration de la situation” a déclaré le représentant de l’UNICEF au Niger, Aboudou Karimou Adjibade. “Répondre à la crise nutritionnelle que vivent les enfants du Niger demande un effort soutenu et durable de la part de tous les acteurs”.

L’appel d’urgence lancé par les Nations unies fin mars pour répondre aux besoins des pays du Sahel n’est à ce jour financé qu’à hauteur de 15%. L’UNICEF a besoin de mobiliser 2,9 millions de dollars pour aider les enfants du Niger.

Gratuité des soins
Le Gouvernement a annoncé récemment la décision de rendre l’accès aux soins de santé gratuit pour les moins de cinq ans et les femmes enceintes. “C’est une excellente nouvelle dans un pays où un enfant sur quatre n’atteindra pas l’âge de cinq ans par manque d’accès aux services de santé de base”, a déclaré M. Adjibade.

Cette décision aura sans aucun doute un impact positif sur le statut nutritionnel des moins de 5 ans. En effet, les enfants souffrant de malnutrition ont une moindre résistance aux infections et risquent de succomber à des maladies comme la diarrhée et les infections respiratoires. Sans accès aux soins de santé, ils peuvent rapidement être pris dans un engrenage de maladies à répétition et de problème de croissance. On estime que la malnutrition est un facteur associé à la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans.

Période de soudure
La récolte 2005 a été globalement satisfaisante, mais n’a donné que peu de répit aux familles les plus vulnérables qui doivent rembourser les dettes encourues l’année dernière pour faire face aux pénuries alimentaires.

Au début de la période de soudure, l’accès à la nourriture est difficile pour beaucoup de familles nigériennes. Selon une évaluation conduite conjointement par le gouvernement, le PAM et l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, en novembre 2005, plus de 1,8 million de personnes, dont 380 000 enfants de moins de cinq ans, seront confrontés à l’insécurité alimentaire en 2006. Un récent rapport publié par le système national d’alerte précoce sur la base de l’analyse de données du mois de mars concluait qu’un tiers de ce groupe vulnérable était déjà dans une situation difficile. Ces familles, majoritairement situées dans les régions de Dosso, Zinder, Tillaberi, Tahoua et Agadez, ont réduit le nombre de leurs repas journaliers, consomment des aliments de pénurie et procèdent à la vente de leur bétail.

Actions de l’UNICEF
Pour répondre à la situation, l’UNICEF appuie les activités du Gouvernement et de plus de 20 ONG en matière de récupération nutritionnelle.

- Depuis le début de l’année, l’UNICEF a distribué à quelque 800 centres de récupération et sites de dépistage : 895 tonnes d’UNIMIX, 6 tonnes de lait thérapeutique et 104 tonnes de plumpy’nut.

- L’UNICEF a également appuyé la formation de plus de 130 agents de santé au protocole de prise en charge des enfants malnutris et soutient le fonctionnement de 265 équipes communautaires de promotion de la croissance, chargées de dépister les enfants malnutris et de les référer à des centres de prise en charge et de conseiller les mères sur les meilleures pratiques alimentaires.

- L’UNICEF fournit par ailleurs les médicaments essentiels et le matériel anthropométrique pour le traitement des enfants malnutris,
- distribue des suppléments de vitamine A et des micronutriments pour protéger la survie de l’enfant et la santé maternelle,
- assure la promotion des pratiques adéquates d’alimentation des enfants, que ce soit l’allaitement exclusif jusqu’à 6 mois pour les nourrissons ou une alimentation de complément adéquate pour les jeunes enfants.

- L’UNICEF a également assuré la formation des agents des comités d’alerte précoce et fournit matériel et assistance technique pour renforcer les capacités de collecte et d’analyse de données nutritionnelles afin d’en faire un élément central du système d’alerte précoce.

L’UNICEF et ses partenaires prévoient de prendre en charge le traitement de 500 000 enfants de moins de cinq ans au cours de l’année 2006.

De plus, une opération dite de “blanket feeding” consistant en une distribution ciblée d’aliments de complément, conduite en coopération avec le PAM et les ONG partenaires, permettra de toucher 240 000 enfants de moins de trois ans pendant la période de soudure et de leur éviter ainsi de passer au stade de la malnutrition aiguë.

Au-delà du traitement des enfants souffrant de malnutrition, l’objectif de l’UNICEF est de mettre en place au niveau des communautés les conditions d’un contrôle à long terme de la malnutrition.

Pour cela, l’UNICEF développe un dialogue constant avec les dirigeants et les responsables politiques, administratifs, coutumiers et religieux du pays pour démontrer le caractère essentiel de la nutrition comme moyen de progresser vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement et des objectifs de lutte contre la pauvreté. Dans ce cadre, l’UNICEF appuie la préparation et l’adoption d’un plan d’action national et d’une politique nationale de nutrition.

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