Niger : « La réponse tardive de la communauté internationale entraîne une multiplication des coûts de l'aide»

Publié le 09 août 2005 | Modifié le 31 mars 2016

Interview avec le représentant de l'UNICEF au Niger, Karim Adjibade.

Quelles sont les actions de l’UNICEF face à la crise actuelle ?

Pour répondre au problème de la malnutrition sévère*, l’UNICEF a dépensé 483 000 dollars pour l’achat de nourriture thérapeutique. Plus de 41 tonnes de lait thérapeutique et 1,5 tonnes de Plumpy’nut® (pâte d’arachide enrichie) ont été mis à disposition des partenaires de l’UNICEF (gouvernement, organisations non gouvernementales et agences de l’ONU). Dans les régions les plus affectées, l’UNICEF a d’ores et déjà affrété 200 tonnes d’UNIMIX (farine alimentaire) et va fournir 1614 tonnes de céréales à 161 banques céréalières. Cependant, l’UNICEF doit aujourd’hui faire face à la hausse drastique des coûts d’acheminement de l’aide alimentaire. Face à l’urgence, le fret de marchandise se fait par avion. Or, s’il faut 20 000 dollars pour acheminer 45 tonnes de marchandise par bateau; il en faut 210 000 par avion. C’est le prix de l’attente…Aujourd’hui, même si la mobilisation s’intensifie, elle arrive trop tard. Un enfant ne sort jamais indemne d’un état de malnutrition sévère.

Pourquoi une mobilisation si tardive de la communauté internationale ?

Le Niger est en permanence en situation d’urgence silencieuse. Auprès de l’opinion publique, les crises auxquelles il doit faire face sont malheureusement passées dans le domaine de la fatalité. L’effet Tsunami a, en outre, joué contre le Niger qui est alors devenu invisible dans cette marée de solidarité humaine. Au moment du lancement de l’appel d’urgence en mai dernier, de nombreux donateurs avaient déjà épuisé leurs fonds.

Quels sont les facteurs aggravants de la malnutrition au Niger ?

La malnutrition est un problème structurel au Niger : 40% des enfants présentent au moins un des signes de la malnutrition. Les causes sont complexes et multiples. Il existe des facteurs structurels tels que la pression démographique, la déforestation, la désertification, le déficit céréalier ainsi que d’autres facteurs de risques nutritionnels tels que le manque d’accès à l’eau potable. La situation s’est aggravée en 2004 à cause de la sécheresse et de l’invasion acridienne. La période de soudure représente en outre une phase critique : les foyers ont épuisé toutes leurs ressources et rien ne sera récolté avant septembre/octobre. On observe aussi une raréfaction des céréales disponibles et une forte hausse de leur prix. Des investissements durables sont nécessaires à long terme pour que les 61% de Nigériens qui vivent avec moins d’un dollar par jour puissent échapper au cercle vicieux de la misère et puissent pourvoir aux besoins en nourriture, santé et éducation de leurs enfants.

*La malnutrition sévère se définit par un indice poids/taille inférieur à 70% du ratio normal. La malnutrition modérée se définit par un indice poids/taille compris entre 70 et 80% du ratio normal. La malnutrition globale recouvre malnutrition sévère et modérée. La malnutrition est un état complexe où peuvent se mêler des carences – multiples et concomitantes – en calories, en protéines et en micro-nutriments. Le terme « malnutrition » englobe la malnutrition généralisée qui se manifeste par un retard de croissance, un déficit pondéral et l’émaciation, et les carences en micro-nutriments tels que le fer, la vitamine A, l’iode, le zinc et l’acide folique.

En savoir plus

3,6 millions de personnes au Niger sont affectées par cette crise nutritionnelle. 800 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de la faim, et 150 000 souffrent de malnutrition sévère. L’UNICEF a alloué
1 235 400 dollars pour traiter les enfants souffrant de malnutrition sévère et pour réduire les effets de l’insécurité alimentaire dans les foyers. Les comités finlandais, français (150 000 euros), allemand et belge pour l’UNICEF ont contribué à hauteur de 541 000 dollars à cette somme.

 

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