Niger : vacciner tous les enfants contre la polio

Publié le 02 avril 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Une grande campagne de vaccination contre la poliomyélite vient d’être organisée dans 20 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, pour immuniser plus de 111,1 millions d'enfants de moins de 5 ans contre cette maladie qui entraîne la paralysie et peut être fatale. Mais atteindre tous les enfants sans exception est difficile, surtout quand les familles se déplacent à cause de l'insécurité alimentaire… Reportage au Niger.

 

 

« Avant, les villageois cachaient leurs enfants pour qu'ils ne soient pas vaccinés, explique Rabi Abamou, une communicatrice du Département de la santé pour la région de Tahoua. Les gens pensaient que cela rendrait leurs enfants malades ou qu'ils perdraient leur fertilité. Ils ne savaient pas du tout ce qu'était la polio. »

La mission de Rabi Abamou, c’est de se déplacer de village en village pour s'assurer que les familles sont bien informées de la visite prochaine des équipes de vaccination, et qu'elles ont bien compris l'importance de faire vacciner leurs enfants. Et c’est le cas désormais : Mariama Mamoud, mère de trois enfants, en est un bon exemple : «Le crieur public est passé partout dans le village nous dire qu'aujourd'hui, c’était une journée de vaccination, donc je reste à la maison à attendre les vaccinateurs,explique-t-elle. Maintenant que l’on sait ce qu'est la polio, on est tous attentifs à cette question. » Les enfants de Mariama se trouvent dans une zone à risque : ils vivent dans le village de Kaoura Allassan, à la frontière avec le Nigeria ; or depuis que le Niger a interrompu la transmission de la polio en 2006, le virus est venu chaque fois de la région Nord du Nigeria.

La communication, clé du succès

Dans beaucoup de villages ruraux du Niger, les actions de communication ont joué un rôle essentiel pour convaincre les familles de l'importance de la vaccination. L’implication des chefs de villages et des leaders religieux a contribué à la sensibilisation, particulièrement chez les familles vivant dans zones reculées ou dans des groupes nomades. Dans la région de Tahoua, un Comité pour la mobilisation sociale a été constitué, avec la participation de leaders religieux, de représentants des groupes nomades et de la responsable de l'Association locale des femmes islamiques. Avant chaque campagne, ils vont dans les villages afin d'interagir avec les communautés.

« Bien que nous ayons parcouru un long chemin, la communication demeure cruciale pour le succès de la campagne de vaccination, explique Rabi Adamou.Nous n'essuyons plus de refus, mais il reste beaucoup à faire pour s'assurer de la qualité de ces campagnes, particulièrement dans les zones les plus reculées. »

La prévention est au cœur des actions de communication. La polio est transmise par de la nourriture et de l'eau contaminées - et dans un pays où 90% des populations rurales continuent de pratiquer la défécation à l'air libre, le risque d'infection est élevé. « Nous expliquons aux familles comment leurs enfants peuvent attraper la maladie, comment elles doivent se laver les mains avant de nourrir leurs bébés, et qu'elles doivent garder un sol propre de façon à ce que les tout-petits qui marchent à quatre pattes ne soient pas infectés », ajoute Rabi Adamou.

Atteindre chaque enfant, sans exception

Des progrès importants ont été faits au Niger en matière de lutte contre la poliomyélite, même si le pays a également connu des revers. En 2011, il y a eu huit Journées nationales de vaccination, et pourtant six cas de polio ont été enregistrés, contre deux seulement en 2010…

La difficulté : atteindre tous les enfants, sans exception. De nombreux villages de la région de Tahoua sont situés dans des zones reculées et peu sûres, ce qui limite la couverture vaccinale. Les campagnes de vaccination y sont bien plus compliquées, du fait que beaucoup de familles ont été obligées de migrer en raison de l'insécurité alimentaire. Et les groupes nomades, qui sont nombreux dans cette région, sont souvent difficiles à localiser.

« Nous sommes conscients de ces limites et nous travaillons sur des stratégies d'approche spécifiques , explique le Dr Amadou Ousseini, Directeur du Département de la santé de Tahoua. Par exemple, nous démarrons toujours les campagnes la veille du lancement pour être sûrs de parvenir à temps partout dans la région, même dans les endroits les plus isolés. Nous engageons également des vaccinateurs parmi les groupes nomades parce qu'ils connaissent la langue locale, et savent où trouver les camps nomades.Nous plaçons les équipes de vaccination sur les marchés, aux points stratégiques, et sur les routes, parce que beaucoup de monde passe en ces lieux qui représentent une bonne possibilité de toucher les enfants que l'on aurait manqués ».

L'éradication absolue du virus ne sera possible que si tous les enfants, y compris ceux qui vivent dans les zones les plus reculées, sont vaccinés . L'Unicef, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d'autres partenaires travaillent avec le gouvernement à maintenir la qualité des campagnes de vaccination  tout en concevant des stratégies d'approche ciblées sur les enfants difficiles à joindre. Persévérer dans cette voie est le seul moyen de faire qu'un jour l'on gagne le combat contre la polio.

En savoir plus

C’est quoi, la polio ?

La poliomyélite est une maladie contagieuse qui se transmet par voie orale et par les selles.

Elle s’attaque aux muscles, et provoque une paralysie, des membres puis du système respiratoire, pouvant entraîner la mort.

On parle d’épidémie dès le 1 er cas  : en effet, on estime que pour un cas avéré, il existe 200 autres personnes infectées par le virus.

Depuis le début de la lutte contre la polio en 1988, l'incidence de la polio a été réduite de plus de 99%, évitant ainsi à plus de 5 millions d'enfants de souffrir de paralysie à travers le monde.

La « Frimousse », la poupée qui vaccine les enfants

1 poupée confectionnée = 1 Frimousse adoptée = 1 enfant sauvé !

La vaccination pour offrir aux enfants du monde un horizon

Inscrivez-vous

Suivez toutes les actualités de l'UNICEF

Soutenir nos actions