No place like home !

Publié le 04 septembre 2005 | Modifié le 31 mars 2016

Il est des journées comme celle-ci qui font sens par delà toutes les barrières géographiques et culturelles. En rentrant de nuit vers Freetown après quelques jours passés à Makeni au nord du pays, je me souviens des premières images qui m'ont fait, plus jeune, tourner mon attention vers les questions humanitaires. Ces reportages émouvants qui montraient des enfants retrouvant leurs parents ou pris en charge par des travailleurs sociaux après l'horreur d'une guerre ou d'un déplacement forcé. Aujourd'hui je sais que ces moments, rares, sont bien réels.

Il est des journées comme celle-ci qui font sens par delà toutes les barrières géographiques et culturelles. En rentrant de nuit vers Freetown après quelques jours passés à Makeni au nord du pays, je me souviens des premières images qui m’ont fait, plus jeune, tourner mon attention vers les questions humanitaires. Ces reportages émouvants qui montraient des enfants retrouvant leurs parents ou pris en charge par des travailleurs sociaux après l’horreur d’une guerre ou d’un déplacement forcé. Ces reportages qu’on regarde la larme à l’œil et qu’on oublie la plupart du temps après quelques instants. Ces images avaient toujours l’air lointaines, irréelles. Aujourd’hui je sais que ces moments, rares, sont bien réels. Il y a quelques jours, j’accompagnais Marie Manyeh, responsable de programme pour l’UNICEF, dans le nord du pays pour un rendez-vous inoubliable. Depuis de longs mois, plusieurs agences des Nations unies et autres ONG travaillent en Guinée et en Sierra Leone au rapatriement de l’ensemble des enfants sierra léonnais, séparés de leurs parents et qui ont du fuir en Guinée a cause de la guerre. En effet, la guerre en Sierra Leone a déversé sur la route de l’exil des milliers de familles et d’enfants esseulés, séparés, non accompagnés. Lorsque la guerre a pris fin en 2002, c’est un travail de fourmi qui a commencé pour les différentes agences dédiées à la protection de l’enfance de part et d’autre de la frontière. En Guinée, il a fallu repérer des enfants qui s’étaient largement dilués dans la population guinéenne. Certains ne connaissaient même plus le nom de leur village, de leur parent ou même leur propre nom. D’aucuns avaient trouvé une famille de substitution, ou n’ont pas manifesté le désir de regagner leur terre natale. Mais d’autres ont attendu patiemment le jour où ils pourraient quitter la Guinée pour retourner chez eux, au sein de leurs familles. En Sierra Leone, il s’est agi de recueillir toutes les informations émanant de familles qui affirmaient avoir perdu un enfant, ou avoir laissé un enfant en Guinée pendant les sombres années de la guerre. Ce jour là à Makeni, non loin de la frontière guinéenne, notre équipe attend le premier convoi de ces enfants, coupés de leur famille depuis parfois dix ans. L’atmosphère est électrique. Tout le monde s’agite dans l’enceinte du Centre qui va accueillir les filles et garçons rapatriés, le temps de les réinsérer au sein de leurs communautés respectives. Sunkarie, une collègue du bureau UNICEF de Makeni regarde sa montre en faisant les cent pas. Marie règle les derniers détails avec nos divers partenaires gouvernementaux et non gouvernementaux. Alusine, qui travaille au département communication de l’UNICEF Sierra Leone, passe en revue ses appareils photos et discute avec les quelques journalistes qui ont fait le déplacement depuis Freetown. Geert, Représentant de l’UNICEF en Sierra Leone bavarde avec des écoliers de la ville. Je transfère pour ma part les derniers cartons de matériel à l’attention de ceux que nous attendons d’une minute à l’autre. 11h, 12h…14h… La cour du centre est maintenant emplie d’une foule impatiente. Pêle-mêle les officiels de la Police, des ministères, les enfants des écoles de Makeni dans leur plus bel uniforme, les musiciens traditionnels côtoient les équipes de l’UNHCR, de l’UNICEF et des travailleurs sociaux en charge du centre. A 16h quatre camions boueux du Haut Commissariat aux Réfugiés passent le portail en bambou de la cour. Entre les cris de bienvenue des écoliers de la ville et les mélodies de la fanfare Bubu, 30 enfants descendent des camions, le regard un peu perdu mais le sourire aux lèvres. Certains paraissent avoir 6 ou 7 ans, tandis que deux jeunes filles plus âgées portent dans leurs bras un enfant. Pour chacun d’entre eux, il s’agit de leurs premiers pas sur le sol qui les a vu naître, depuis l’horreur de la guerre. Dans les semaines qui vont suivre, alors que ces enfants retrouveront leurs familles, d’autres convois vont arriver et quelques 380 enfants vont rentrer chez eux. On pourra toujours me parler de cliché, d’image d’Épinal, de mise en scène pour collecter de l’argent auprès des âmes sensibles. On pourra toujours arguer de la caricature du travail humanitaire et des bons sentiments. Mais ce jour là, non loin de la frontière guinéenne mais bien loin de mon écran de télévision, j’ai vu quelque 30 enfants rentrer chez eux, en Sierra Leone, après des années de solitude et d’éloignement de leur famille. Et il n’y avait ni musique de film, ni de coucher de soleil hollywoodien… Mais 30 enfants sont rentrés chez eux.

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