"Nous avons déjà accompli beaucoup "

Publié le 09 janvier 2006 | Modifié le 31 août 2015

Quelles sont vos impressions sur la situation 1 an après le tsunami ?

L’aide a été un succès. Juste après le tsunami, nous avons tout d’abord permis d’éviter une autre catastrophe : aucun enfant n’est mort de malnutrition ou de maladies transmissibles. Nous avons réussi à distribuer de l’eau potable aux sinistrés et à apporter l’aide (soins médicaux, abris de base..) également à ceux se trouvant dans des endroits plus reculés. En même temps que l’effort de réhabilitation se mettait en place, nous avons débuté une phase d’aide qu’on peut appeler de « transition ». L’UNICEF a déjà construit 102 écoles temporaires pour permettre aux enfants d’étudier dans un environnement stable et adéquat et plus de 100 écoles sont actuellement en construction. Dans les 21 centres pour enfants mis en place par l‘UNICEF, les enfants apprennent entre autre à jouer à nouveau et à s’amuser avec d’autres enfants. 2300 enfants ont été enregistrés dans notre base de données et près de 400 familles ont pu être réunifiées. Nous pouvons dire que c’est un succès. Des campagnes de vaccination contre la rougeole et la polio ont été mises en place. A ce jour, nous sommes en mesure de distribuer de l’eau potable à 400 000 personnes. Ce sont juste quelques exemples du travail réalisé dans les douze derniers mois.

Quelles sont les perspectives aujourd’hui ?

La phase actuelle de transition est la première étape vers celle d’une reconstruction de la province à long terme. La construction des écoles permanentes, qui répondront toutes aux critères école « amie des enfants » et qui seront anti-sismiques, a commencé. L’UNICEF a signé un accord avec le Ministère indonésien de l’Education pour construire 300 écoles de ce type dans les 3 ans à venir. Les centres pour enfants vont aussi se transformer progressivement en structures permanentes. 250 centres médicaux de proximité, appelés en Indonésie posyandus, permettront aux communautés de bénéficier de services médicaux et de des soins seront prodigués par des sages femmes. Nous prévoyons également de relier les canalisations de 22 camps de déplacés à l’usine de purification d’eau de Siron que nous gérons. Les bâtiments et les matériaux ne sont qu’un aspect de notre travail. Nous voulons donner les aux habitants d’Aceh les moyens de « se remettre debout » et nous souhaitons établir des bases solides aux futures générations d’Aceh. La formation est essentielle – et nous devons continuer à former des docteurs, des infirmières, des professeurs, ainsi que le personnel administratif local. L’implication des communautés locales dans les décisions est essentielle, que ce soit lors de l’élaboration d’une école ou pour trouver des nouvelles ressources d’eau. Premièrement, ce sont elles qui savent le mieux ce dont elles ont besoin. Deuxièmement, nous voulons qu’elles puissent reprendre ces projets et les administrer par la suite, ce qui n’est possible que si elles se sentent responsables de ce projet et donc impliquées depuis le début dans sa réalisation. Nous devons aussi continuer à soutenir le gouvernement dans la finalisation de sa politique et des normes. Toutes les écoles construites, par exemple, doivent répondre aux critères des écoles UNICEF. Par ailleurs, aucun enfant ne doit être oublié. De nombreux projets sont concentrés sur des zones facilement accessibles, comme les villes. Les actions de l’UNICEF atteignent tous les enfants de la province, y compris ceux qui vivent dans les endroits beaucoup plus reculés. Tous les enfants ont les mêmes droits et nous devons nous assurer que ces droits deviennent des réalités.

Quels sont les enjeux pour l’UNICEF ?

Les enjeux logistiques étaient énormes pendant la phase d’urgence pour répondre aux besoins des 500 000 personnes qui ont tout perdu en quelques minutes. Tout le système des infrastructures sociales et de santé ainsi que des milliers d’écoles et hôpitaux ont été détruits. Dans plusieurs endroits, nous avons du repartir du point zéro. On constate encore aujourd’hui un manque de personnel local qualifié face à l’ampleur de la tâche. Nous continuons notre travail de formation, mais cela demande du temps. Nous étions également confrontés à l’incertitude quant à cette « zone de sécurité », appelée aussi « schéma directeur ». A la fin, rien de concret n’a été décidé mais cela nous a pris beaucoup de temps. Quant aux usages en vigueur concernant les titres de propriété, ce n’est toujours pas clair. Le problème est terriblement compliqué, d’une part car toute la documentation a été détruite, et d’autre part, car la population reste fluide et continue de se déplacer. Nous ne savons par encore précisément où les communautés vont se réinstaller. Cependant, nous avons pu observer que les écoles fonctionnaient un peu comme des aimants. Dans presque tous les endroits où nous avons reconstruit des écoles, de plus en plus de familles reviennent et le nombre d’enfants scolarisés augmente chaque jour un peu plus. C’est un signe positif pour nous.

Pourquoi tout l’argent n’a -t -il pas encore été dépensé ?

Je serais inquiet si tout l’argent avait déjà été dépensé. Notre objectif est de dépenser chaque dollar judicieusement pour s’assurer que chaque dollar utilisé aura un impact maximum. Certains de nos projets les plus importants démarrent maintenant, comme la construction des écoles permanentes. Cela signifie qu’environ 90 millions de dollars vont être dépensés à Aceh prochainement. Jusqu’ici, ces projets étaient encore dans la phase d’élaboration, ce qui va changer dans l’année à venir. Nous ne voulons pas « brûler » l’argent sous prétexte d’avoir quelque chose à montrer. Si nous voulons créer des bases solides pour les générations futures, nous devons nous assurer qu’elles sont durables. Notre objectif est avant tout de « mieux reconstruire » et nous avons les moyens d’améliorer les conditions de vie et de les rendre meilleures qu’avant le tsunami. Mais reconstruire ne signifie pas seulement bâtir de nouvelles structures. Nous incitons activement une prise de conscience générale sur des thèmes comme les droits des enfants et des femmes, l’hygiène ou encore la qualité de l’éducation. On ne change pas des mentalités et des comportements en une seule nuit, cela prend du temps ! C’est pourquoi, les programmes de l’UNICEF pour Aceh sont planifiés et budgétés pour 3 ans.

Dans quelle mesure la paix influence-t-elle le processus de reconstruction ?

Le processus de paix et la reconstruction à Aceh sont inextricablement liés. Sans la paix, la reconstruction à Aceh sera inégale. La période de conflit rendait nos déplacements difficiles et nos efforts pour acheminer l’aide à certaines zones pratiquement caduques. Depuis les accords de paix, nous pouvons accéder à des zones qui étaient fermées auparavant, ce qui a entraîné de profonds changements dans notre manière de travailler. Notre objectif est maintenant de nous assurer que tout le monde bénéficie de la reconstruction à Aceh et pas seulement ceux qui se trouvent dans l’étroit « couloir » de la côte. La paix est également basée sur l’aide au développement. Si les Indonésiens constatent qu’il y a une réelle amélioration de leurs conditions de vie grâce à l’aide humanitaire, ils renforceront leurs efforts pour consolider cette paix.

Les gens vivent toujours dans des tentes...

Oui et c’est inexcusable. Cette situation doit être améliorée aussi vite que possible. Je pense que la durée de la reconstruction des habitations permanentes ainsi que la dimension de la tragédie et les enjeux ont été sous-estimés au départ. L’UNICEF n’est pas responsable de la construction des maisons. Nous pouvons juste essayer de rendre la situation dans ces camps aussi supportable que possible – en fournissant de l’eau potable et en installant des latrines, en distribuant des kits d’hygiène et en prodiguant des conseils dans ce domaine, en installant des centres pour enfants, qui sont ouverts tous les jours en journée, afin de leur donner un espace protégé pour jouer

Comment vont les enfants ?

Remarquablement bien, au vu de ce qu’ils ont dû surmonter. Dans les premiers mois après le tsunami, ils étaient plutôt passifs, refusaient de jouer et n’accordaient que peu d’importance à leurs études ou à quelque autre centre d’intérêt. Les professeurs et travailleurs sociaux m’ont indiqué qu’ils avaient observé une nette amélioration ces derniers mois. Les enfants jouent et rient à nouveau. Ils ont soif d’apprendre, pensent à leur futur, ont à nouveau des rêves et des objectifs. Ils ont des raisons d’avoir espoir en l’avenir. C’est merveilleux !

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