Pakistan : « Il ne faut pas abandonner ces enfants »

Publié le 01 décembre 2010 | Modifié le 30 décembre 2015

Notre ambassadeur Patrick Poivre d’Arvor s’est rendu récemment au Pakistan, accompagné de Jacques Hintzy, le président de l’UNICEF France de 1999 à 2012. Ensemble, ils ont rencontré les équipes de l’Unicef dans la région du Sindh, au sud du pays. Leur mission : appeler la communauté internationale à se mobiliser davantage pour ce pays plongé dans une situation extrêmement fragile, depuis les inondations de cet été. De retour de mission, Jacques Hintzy et PPDA répondent à nos questions. Interviews croisées.

Que retirez-vous de votre visite dans le Sindh, encore très affecté par les inondations ?
 

Le Sindh est une zone plate. Ce qui empêche les eaux de se retirer facilement. Aujourd’hui, il y a encore plus de 600 000  personnes déplacées, sur les 7 millions juste après les inondations. Comme le sol n’absorbe pas les eaux  restantes, les déplacés ne pourront revenir chez eux avant au moins trois mois, voire six. Le Sindh compte actuellement 12 000 villages inondés, 871 000 maisons détruites et 500 000 hectares de terres ravagées.

Dans ces conditions, les enfants de moins de 5 ans sont les plus explosés. Aujourd’hui 1/3 de ces enfants souffrent de malnutrition chronique. De nombreux enfants  et  adultes  sont  atteints de maladies hydriques, d’infections respiratoires… Sans parler de l’état de stress dans lequel se trouvent ces enfants déplacés.

L’Unicef intervient énormément sur le terrain : vaccinations, moustiquaires imprégnées, diagnostics précoces pour détecter les cas de malnutrition, distributions de plumpy’nut, de grands réservoirs d’eau potable, de latrines, conseils d’hygiène, espaces amis des enfants dans les camps…Malgré tout cela, on a eu des cas de rougeole et de choléra. Ce qui montre bien à quel point il est difficile d’apporter une réponse efficace, à cause de l’ampleur de la crise. Actuellement, seulement 1/3 des besoins sont couverts !

Les fonds vont commencer à manquer sérieusement sur le terrain. L’Unicef va arriver au bout des réserves entre décembre et janvier. Pour le moment, sur l’appel de fonds de 250 millions de dollars, seulement 53% ont été couverts. Et avec l’hiver qui arrive, il va y avoir de nouveaux besoins.

 

Qu’avez-vous ressenti en voyant la situation dans laquelle se trouve le Sindh ?

Ce qui m’a frappé, c’est l’immense misère qui touche les sinistrés. Dans cette région du fleuve Indus, il y a beaucoup de petits fermiers, employés par des propriétaires fonciers. Avec tout ce qui s’est passé, ils n’ont plus grand-chose. Les inondations ont tué le bétail. Pour beaucoup d’entre eux, ils ne savent pas s’ils vont reprendre les cultures. Ils ont été obligés de quitter les terres qu’ils cultivaient et grâce auxquelles ils vivaient. Désormais, ils sont privés d’espoir de ressources économiques. Les habitations improvisées qu’ils se sont construites sont faites de petits morceaux de bois, ils n’ont vraiment rien. J’ai rarement eu une impression de misère aussi marquée.

Et ce qui est alarmant, c’est qu’en ce moment, il n’y a que très peu de semence. Le gouvernement en distribue un peu. C’est en ce moment qu’il faudrait semer largement pour obtenir des récoltes dans trois mois. Sans cela, la région se retrouvera dans une situation de malnutrition aggravée. Le gouvernement a distribué 200 euros aux familles les plus touchées. Mais toutes n’étaient pas au courant qu’il fallait s’inscrire sur des listes pour pouvoir bénéficier de cet argent.

 

Quel est le message que vous souhaitez faire passer pour aider le Pakistan ? 
 

Il ne faut pas abandonner ces enfants. Un enfant n’est jamais un ennemi. On ne peut pas abandonner des populations aussi pauvres. J’ai senti que les équipes de l’Unicef étaient très mobilisées. Près de 500 personnes de l’Unicef sont sur place, dirigées par Dan Toole. Par ailleurs, l’armée pakistanaise a été très efficace depuis le début. Nous avons rencontré le préfet de la région, il était très impliqué aussi.

Mais tout le monde est inquiet en ce qui concerne les financements. Le gouvernement pakistanais a besoin de la communauté internationale. Pour le grand public, le Pakistan a été une urgence difficile à comprendre. En effet, deux mois se sont écoulés entre le début des inondations et le moment où 1/5e du pays s’est retrouvé sous les eaux.  Le nombre de décès (2000) causé par la catastrophe a été moindre par rapport à l'ampleur des inondations où en comparaison à d'autres catastrophes naturelles, on ne s’est pas rendu compte de ce que c’était que d’être affecté par les inondations là-bas.

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