Philippe Duamelle : "La loi qui réprime la traite des enfants est un grand pas en avant"

Publié le 09 février 2006 | Modifié le 31 mars 2016

L'Unicef a appuyé le gouvernement béninois pour que soit préparée une loi qui définit la traite des enfants, l'interdit et la punit.

Qu’est-ce que l’expression « traite des enfants » désigne concrètement au Bénin ?
Au départ, il existe une pratique traditionnelle tout à fait respectable, le « vidomegon », qui consiste pour une famille à confier son enfant à une famille plus fortunée dans laquelle, en échange d’une participation aux travaux domestiques, l’enfant est logé, nourri et accède à un enseignement scolaire. D’ailleurs plusieurs ministres béninois en ont bénéficié dans leur jeunesse. Bien que cette pratique existe toujours sous sa forme respectable, on a aussi observé, au fil du temps, une dérive perverse de ce système. Des réseaux emmènent des enfants pour leur confier des travaux durs, dangereux, les exploiter sous diverses formes en violation de leurs droits fondamentaux, comme l’accès à l’éducation par exemple.

L’Unicef a appuyé le gouvernement du Bénin afin qu’une loi réprime cette dérive. Cette loi a été adoptée le 30 janvier et doit bientôt être promulguée. Etes-vous optimiste quant à son application ?
Cette loi est un grand pas en avant. Jusqu’à présent des trafiquants étaient arrêtés, des enfants étaient interceptés, mais les magistrats n’avaient à leur disposition que des textes peu adaptés à la situation, datant de 1961 ou de 1973. A présent, ils ont un outil approprié qui définit la traite, l’interdit et la punit. Et un code de l’enfant est déjà en projet pour cette année. L’Unicef va aider à vulgariser la loi, la traduire dans les langues véhiculaires. Il existe tout un réseau de comités locaux, sur le terrain, sous la responsabilité des centres de promotion sociale qui dépendent eux-mêmes du ministère de la famille.

Vous n’avez pas attendu qu’une loi existe pour sensibiliser la population au problème via ce réseau ?
Non, en effet. L’Unicef a par exemple coproduit un film intitulé « Anna Basile et le trafiquant » : le film est fourni avec deux livrets, un pour les enfants, l’autre pour les enseignants, afin d’encourager des débats dans les écoles. L’Unicef a également un partenariat avec le Cinéma Numérique Ambulant, une équipe qui présente le film dans les villages, avec l’impact que l’on peut imaginer sur des gens qui n’ont jamais accès au cinéma. Par ailleurs, l’UNICEF appuie à Cotonou des centres de prise en charge des enfants qui ont été victimes de la traite : pendant une durée qui peut aller jusqu’à trois mois, les enfants reprennent un rythme de vie normal, retrouvent la confiance envers les adultes, sont scolarisés ou rescolarisés, éventuellement soignés, pendant que leurs familles sont préparées à leur retour.  

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