Philippe Duamelle : "La part des femmes dans la paix et le développement"

Publié le 09 mars 2006 | Modifié le 22 avril 2016

Interview de Philippe Duamelle, représentant de l'UNICEF au Bénin.

La condition féminine s’est-elle améliorée au Bénin ces dernières années ?

Depuis 2003, la loi interdit les mutilations génitales féminines. Le nouveau code de la famille, institué en août 2004, marque plusieurs avancées en faveur des femmes. Quelques femmes sont députés à l’Assemblée nationale. Il y a même deux femmes qui sont candidates à l’élection présidentielle de cette année (sur un total de 26 candidatures). Le Bénin a cependant des progrès à faire. Malgré la nouvelle loi, des fillettes sont encore victimes de mutilations génitales, en particulier dans le nord du pays. Les femmes sont souvent désavantagées par le règlement des divorces ou par celui de l’héritage en cas de veuvage (quand elles ne sont pas complètement dépouillées). De plus, la pratique du « levirat » subsiste : il s’agit pour une femme veuve d’épouser le frère de son mari défunt, ce qui, en plus d’être souvent un drame psychologique et social, peut aussi favoriser la propagation de l’épidémie de sida. Beaucoup trop de femmes meurent encore en mettant leurs enfants au monde. Enfin, l’écart entre garçons et filles en terme de scolarisation, qui stagnait autour de 32 points jusqu’en 2003, est descendu à 24 points en 2005, ce qui est encore insuffisant quand on sait que les objectifs du Millénaire visaient la parité dès 2005.

Comment travaille l’UNICEF pour avancer sur ces questions ?

L’UNICEF et ses partenaires appuient le gouvernement dans l’élaboration du plan décennal pour l'éducation, qui est actuellement en cours de finalisation. Nous sommes particulièrement mobilisés sur le « Paquet éducatif essentiel » qui représente la stratégie d'accélération de l'accès des filles à l’éducation de ce plan. Cette stratégie consiste entre autres à s’assurer de l’existence des infrastructures scolaires (bâtiments, eau courante, sanitaires…), former des enseignants qualifiés (dont des femmes, pour donner l’exemple), sensibiliser ces enseignants pour que garçons et filles soient traités équitablement et appuyer des groupements de femmes rurales à l'aide de micro-crédits. En matière de lutte contre les mutilations génitales féminines, l’UNICEF et plusieurs ONG mènent des actions de sensibilisation au sein des communautés, en utilisant notamment des « boîtes à images », réalisées par des dessinateurs béninois et expliquant, de façon très pédagogique, les méfaits de ces pratiques. Nous luttons également contre la traite des enfants et les pires formes d'exploitation des enfants par le travail, phénomène qui affecte encore de trop nombreuses filles.

Dans quelle mesure ces efforts pour améliorer la condition féminine sont-ils bénéfiques non seulement pour les femmes mais aussi pour la société dans son ensemble ?

Au sein de la famille et au niveau économique, les femmes jouent un rôle crucial. C’est logique : elles représentent la moitié de la population mondiale. On a constaté que reconnaître le rôle des femmes était un élément clé pour les pays qui avaient à se relever d’un conflit. Les femmes jouent un rôle central dans les objectifs de paix et de développement qui sont défendus par l’UNICEF. Et il est frappant aussi de constater qu'il existe une corrélation directe entre le niveau d’éducation des femmes et la santé des enfants. On estime en effet que chaque année d'instruction d'une mère augmente les chances de survie de son enfant de moins de 5 ans de 5 à 10%. Ces femmes sont capables de déceler les éventuels symptômes qui affectent leurs enfants et d’appliquer les recommandations appropriées.

Soutenir nos actions