Plus de 2 millions d’enfants pauvres en France !

Publié le 23 septembre 2010 | Modifié le 22 décembre 2015

Les 30 septembre et 1er octobre, la Défenseure des enfants Dominique Versini organise à Paris une conférence publique sur la précarité et la protection des droits de l’enfant en France. Au programme : des débats, avec des acteurs de terrain, afin de présenter des recommandations aux pouvoirs publics. Interview avec Fabienne Quiriau, Directrice générale adjointe de la CNAPE et Présidente de la commission Enfance en France de l'Unicef, qui participera à cette conférence.

 

 

La conférence s’intitule « Précarité et protection des droits de l’enfant » : de quelles « précarités » parlons- nous ? Où en est la France, aujourd'hui, en matière de lutte contre la précarité de l'enfance ?
 

La précarité a différentes causes et différents effets sur l’enfant. Il n’est pas concevable d’aborder cette question sans évoquer l’environnement de l’enfant, ses parents, sa famille. Considérer cette question en abordant l’ « enfant pauvre » exclusivement, c’est occulter un ensemble de réalités auxquelles sont confrontés d’abord ses parents : emploi, logement, santé, isolement, etc. qui vont se traduire chez l’enfant par des difficultés quotidiennes, au premier rang desquelles l’alimentation, les soins, l’habillement, l’école... Le décrochage scolaire peut s’expliquer en partie par ce type de difficultés. Comment suivre une scolarité sereinement, avec assiduité, si tout pose problème à l’enfant, ne serait-ce que la promiscuité ?

La politique de la France en direction de la précarité des enfants n’est pas visible, ni globale. Il n’y a pas de politique nationale d’ensemble sur cette question, mais des dispositifs d’aide segmentés qui font intervenir différents acteurs. Les collectivités territoriales, notamment les communes et les départements, jouent un rôle important, mais à cette échelle non plus, pas de politique d’ensemble, et l’on observe des disparités selon les politiques menées localement. Certaines vont favoriser l’accès à la cantine scolaire, d’autres aux transports, d’autres au soutien scolaire, d’autres à la santé, etc.

Il manque à ce jour une véritable politique ambitieuse, volontariste et déterminée à réduire la pauvreté des enfants qui sont au nombre d’un million en France, voire davantage. Les associations jouent un rôle déterminant et il importe qu’elles puissent être en mesure de le faire encore.
 

Quelles peuvent être les attentes autour de cette conférence ? Comment peut-elle être une force de propositions et avoir un impact sur les futures politiques publiques ? 
 

Le plus important est d’en parler, mais en parler avec justesse, dans l’intérêt de l’enfant, dans le souci d’accompagner ses parents dans le respect de leur place et de leurs droits. Ce sujet n’est jamais facile car il y a le risque d’interprétations trop rapides, en culpabilisant les familles, en considérant qu’elles sont la cause des difficultés de leurs enfants. Il importe de dire et de redire que la pauvreté n’empêche pas l’amour des parents pour leurs enfants, que ces parents sont tourmentés de ne pouvoir offrir à leurs enfants des conditions de vie décentes, et des perspectives de salut.

Ce sujet sensible, qui met mal à l’aise l’ensemble des politiques, doit être débattu sur la place publique. Il ne se réglera pas s’il est passé sous silence. Certes, il dérange. Mais il nous concerne, il concerne notre société tout entière. Il faut en parler, nous indigner, envisager des réponses concrètes. Traiter de ce sujet dans le cadre de ces deux journées est une initiative audacieuse, nécessaire, et il faut espérer qu’elles suscitent des volontés politiques immédiates. Il n’est pas acceptable que nous soyons résignés à ce que des enfants vivent sur notre sol dans des conditions déplorables, sans que leurs besoins fondamentaux soient satisfaits.
 

Lors de cette conférence à Paris, vous interviendrez plus particulièrement lors du débat "Précarité et réalités du maintien des liens familiaux" : quelles sont les grandes préoccupations ? La société d'aujourd'hui conduit-elle à une précarisation de la structure familiale ?
 

La précarité peut-être un facteur de rupture des liens familiaux. Soit les parents eux-mêmes en viennent à demander la protection de leur enfant pour obtenir de l’aide, qu’il soit accueilli dans un établissement ou en famille d’accueil où l’essentiel matériel lui sera assuré. Certaines situations peuvent amener des professionnels à considérer que l’enfant est en danger, ou en risque de danger justifiant sa protection. Il arrive que cela aboutisse à une décision judiciaire de séparation, au « placement » de l’enfant, même si les parents s’y opposent. C’est une crainte que partage de nombreux parents en situation de précarité.

Il est regrettable que la réponse passe par la séparation. Il importe de préserver les liens, en maintenant autant que possible l’enfant chez lui, mais en aidant ses parents pour que ce soit possible, que des conditions nécessaires à son épanouissement soient assurées. Il n’y a pas de fatalité à ce que la situation se dégrade.  La déstructuration familiale résulte de causes diverses et complexes. La précarité l’explique en partie. Le traitement de la précarité dans notre société mérite d’être entrepris énergiquement. Cela dépend des moyens consentis, de la volonté politique, de la solidarité intra-familiale et collective.

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