Polio : 5 millions de personnes vaccinées au Congo !

Publié le 27 janvier 2011 | Modifié le 31 mars 2016

En octobre dernier, une épidémie de polio meurtrière touchant les adultes s’est déclarée au Congo-Brazzaville. L’Unicef et l’OMS, les plus gros acteurs partenaires dans le domaine de la vaccination, ont réagi immédiatement en soutenant activement le ministère de la santé : habitués à des campagnes de vaccinations régulières sur les enfants de 0 à 5 ans, nous avons dû adapter nos interventions pour vacciner 100% de la population.

« Quand les premiers cas ont été constatés début octobre 2010, les gens ont paniqué et ont commencé à parler de sorcellerie : ils demandaient ''qu’est ce que c’est que cette maladie qui paralyse et tue des adultes ?’''» explique Marianne Flach, Représentante de l’Unicef au Congo. La poliomyélite, qui touche normalement les enfants entre zéro et cinq ans, s’était mise à frapper des adolescents et des adultes : le premier décès enregistré était un homme de 39 ans, et en 4 mois, on a répertorié 540 cas de paralysie et 220 décès – majoritairement des jeunes hommes entre 15 et 25 ans.

Dès que les prélèvements ont confirmé qu’il s’agissait de la polio, le 2 novembre, les commandes de vaccins ont été lancées et dix jours après, la première campagne de riposte commençait. « En tant qu’Unicef, nous sommes rodés sur les campagnes de vaccinations classiques, pour les enfants de 0 à 5 ans, mais là, c’était inédit : il fallait vacciner toute la population, près de 5 millions de personnes ! » Et il fallait agir vite : le Congo n’ayant plus présenté de cas de polio depuis 10 ans, ces symptômes chez des adultes n’ont pas été compris par les médecins et les malades arrivaient à l’hôpital déjà paralysés… « Une campagne de vaccination de cette ampleur alors qu’il n’y avait plus eu de cas de polio depuis tant d’années, ça relevait du défi ! » ajoute Marianne Flach.

« Deux gouttes de vaccin suffisent ! »

 
Un deuxième tour de vaccinations a suivi, le 4 décembre puis un troisième et dernier, à la mi-janvier. Comment a-t-on procédé ? A chaque fois, pendant les deux premiers jours, des « mobilisateurs » sont allés à la rencontre des gens, ont collé des affiches et des banderoles. « Au début, il a fallu faire beaucoup d’information auprès des gens, mais au dernier tour, ils venaient d’eux-mêmes chercher leurs vaccins ! » ajoute Marianne Flach. Puis des équipes de trois personnes ont fait du porte à porte pour aller vacciner les gens sur leur lieu de vie ou de travail, un par un, ou parfois dans des lieux publics où ils se rassemblaient. Deux gouttes de vaccins dans la bouche, une petite croix sur la fiche de vaccination et un trait fait sur l’ongle avec un marqueur spécial de la personne vaccinée pour bien identifier que le vaccin a été reçu… Parfois, il a fallu se rendre dans des villages très éloignés dans la forêt, où vivent de petits groupes de Pygmées, ou utiliser des méthodes spécifiques pour atteindre des populations nomades. Un grand défi, relevé : l’épidémie est en voie d’être maîtrisée.

L’origine de l’épidémie

 
On sait que le virus responsable de cette épidémie a un lien génétique avec celui qui circule actuellement en Angola, la contamination s’est donc probablement faite à partir de ce pays. La République démocratique du Congo, pays frontalier du Congo-Brazzaville, subit aussi une épidémie de polio en ce moment, mais d’une forme plus traditionnelle, qui touche principalement les enfants entre 0 et 5 ans, et qui n’aurait pas de lien avec celle maîtrisée depuis peu au Congo. Pendant la guerre civile, la couverture vaccinale a été moins bonne au Congo-Brazzaville : les enfants qui à cette époque ont échappé aux campagnes de vaccination sont probablement les adultes d’aujourd’hui qui ont été frappé par l’épidémie de début octobre.

Et maintenant ?

 
« Nous allons encore mener deux campagnes en 2011 pour nous assurer que l’épidémie ne reparte pas – un seul quartier oublié lors de la vaccination et ce peut être très dangereux ! » explique Marianne Flach. « Et nous allons aider les personnes qui sont restées paralysées (plus de 320, ndlr) : nous avons besoin de fonds pour financer des chaises roulantes, des séances de rééducation, pour les aider à récupérer un peu de mobilité et retrouver petit à petit une vie plus proche de la normale. »

En savoir plus

C’est quoi, la polio ?

La poliomyélite est une maladie contagieuse qui se transmet par voie orale et par les selles.
Elle s’attaque aux muscles, et provoque une paralysie, des membres puis du système respiratoire, pouvant entraîner la mort.
On parle d’épidémie dès le 1er cas : en effet, on estime que pour un cas avéré, il existe 200 autres personnes infectées par le virus.

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