Quand le mariage devient une forme de violence

Publié le 02 mars 2006 | Modifié le 26 mai 2015

L'action de l'UNICEF se concentre sur la lutte contre les mariages précoces qui peuvent avoir de graves conséquences, tant en terme d'éducation que de santé.

La coutume de marier les filles de bonne heure est très répandue en Afrique subsaharienne et en Asie du sud et demeure encore fréquente au Moyen Orient, en Afrique du Nord et dans certaines parties de l’Asie.

Les raisons qui poussent les parents à marier leurs filles jeunes sont multiples :

  • Avant tout, il en est ainsi depuis des siècles et remettre en question la tradition et l’autorité des générations précédentes reste tabou.
  • Les familles pauvres peuvent considérer une fille jeune comme un fardeau économique et son mariage comme un indispensable moyen de survie pour la famille.
  • Pendant les conflits, certaines familles marient leurs filles à un très jeune âge, souvent à des membres des milices, pour négocier leur protection notamment.
  • Bien souvent, les parents croient agir pour le bien de leur enfant ; ainsi, ils peuvent penser que le mariage précoce protège leur fille contre les dangers de la violence sexuelle ou, d'une façon plus générale, la confie aux bons soins d'un protecteur de sexe masculin.
  • Dans la plupart des sociétés, la virginité est sacrée, sur-valorisée ; pour se préserver de viols éventuels, il faut « réserver » l’hymen au plus vite. Le mariage précoce est ainsi considéré comme un moyen d'éviter aux filles d'être enceintes en dehors du mariage.
  • La peur d’avoir mauvaise réputation peut également entrer en ligne de compte : une fille qui n’a pas « trouvé preneur » avant l’adolescence restera célibataire, ce qui est socialement inacceptable.
  • Le mariage précoce peut également être inspiré par la discrimination fondée sur le sexe. On peut marier les filles de bonne heure pour s'assurer de leur docilité au sein de la famille de leur mari et de maximiser le nombre de leurs grossesses.

Le mariage précoce a des conséquences graves dans les domaines suivants :

- l’éducation : une fois mariées, les filles ne retournent que très rarement à l'école ;
- la santé : si le mariage précoce n’est pas une cause direct de mortalité, il reste l’un des facteurs aggravant les risques de mortalité maternelle et infantile essentiellement à cause des grossesses prématurées. Par ailleurs, les adolescentes sont plus vulnérables aux infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH/Sida. Par ailleurs, chaque année, 8 000 jeunes filles développent une fistule (rupture entre la vessie et le vagin qui provoque l’incontinence). Parfois handicapées à vie, souvent rejetées par leur mari, les femmes se retrouvent souvent exclues de leur communauté.
- la maltraitance : elle est fréquente dans les mariages d'enfants. En outre, il arrive souvent que les enfants qui refusent de se marier ou qui choisissent leur futur conjoint contre la volonté de leurs parents soient punis, voire deviennent les victimes de « crimes d'honneur » commis par leur famille.

En Inde et au Pakistan, les cas de femmes brûlées vives pour des conflits liés à la dot sont innombrables. Insatisfait par l’arrangement financier, le mari (ou un membre de la belle famille) inonde le sari de sa jeune épouse d’essence et y met le feu. De tels « accidents domestiques » causeraient la mort de 15 000 femmes chaque année en Inde, soit cinq par jour.
Au Bangladesh, il n’est pas rare de défigurer les femmes à l’acide, pour des raisons similaires.

Le nouveau Code de la famille marocain qui a porté l’âge légal du mariage à 18 ans au lieu de 15 et levé la tutelle du père est un exemple d’avancée exemplaire dans le domaine des mariages précoces : les filles ont désormais le droit d’accepter ou non le mariage sans l’autorisation des parents.

Les fistules vaginales, conséquences de relations sexuelles trop précoces :
La fistule survient ordinairement quand l'accouchement dure plusieurs jours, en l'absence de toute aide qualifiée et sans que la femme puisse obtenir la césarienne qui pourrait la sauver, elle et son bébé. La pression prolongée de la tête de celui-ci contre les tissus du périnée de cette femme provoque alors leur nécrose ; et à leur place va se former un orifice, une brèche -la fistule- par laquelle s'écouleront en permanence l'urine et les matières fécales.
C'est l'incontinence irrépressible, avec tout ce qu'on imagine d'humiliant pour l'intéressée et de gênant pour son entourage, mais aussi les risques d'infections génitales gravissimes, voire de troubles neurologiques pouvant aller jusqu'à la paralysie des membres inférieurs.
Mais comme si cela ne suffisait pas, ces fistules ne sont pas seulement une horreur physiologique : elles sont aussi une horreur sociale puisque ces femmes, rejetées par leur époux, leur famille et leur communauté, survivent misérablement dans la honte et le silence, ignorant la plupart du temps qu'on peut les opérer et n'ayant, de toutes façons, pas les moyens de payer cette opération salvatrice.

L’ACTION DE L’UNICEF

L'Unicef travaille dans plus de 70 pays pour garantir aux filles l'égalité des chances en matière d'éducation, pour faire prendre conscience aux familles et aux communautés des risques graves du mariage précoce pour les jeunes filles, pour convaincre les législateurs d'interdire cette pratique et pour mettre sur pied un système d'accueil et de conseils pour accueillir les jeunes filles maltraitées.

  • Au Bangladesh, l’Unicef soutient les associations locales dont les programmes concernent les droits des adolescentes, la santé génésique, les mutilations sexuelles et les mariages précoces ;
  • en Guinée Bissau, l’Unicef se sert d’émissions de radio et de télévision pour exposer aux filles et à leur famille les conséquences des mariages précoces ;
  • en Egypte, les efforts portent sur l’évolution de la législation. L’Unicef et le Ministère des affaires sociales ont organisé 80 sessions de formation qui ont permis de sensibiliser 600 000 adultes de régions rurales. De plus, une information sur les dangers des mariages précoces a pu être dispensée à 3 220 femmes dans le cadre de leur cours d’alphabétisation.
  • Au Niger, l’Unicef plaide contre les mariages précoces en formant les chefs de village, produisant des pièces de théâtre reprises par les médias et en organisant des débats avec les communautés à l’issue de la projection d’un film sur les conséquences de tels mariages.

Mariages précoces : quelques chiffres

Le nombre exact de ces mariages est difficile à connaître car beaucoup d’entre eux ne sont ni officiels ni enregistrés. Des études à petite échelle et des données empiriques permettent de se faire une idée de la fréquence de ce phénomène :

· dans l’Etat indien du Madhya Pradesh, 14% des filles avaient été mariées entre 10 et 14 ans en 1998 ;
· au Bangladesh, en 1997, 5% des filles de 10 à 14 ans étaient mariées ;
· dans l’Etat du Kebbi au Nigeria, l’âge moyen des filles au moment du mariage est de 11 ans, contre une moyenne nationale de 17 ans ;
· en Ethiopie, il n’est pas rare que les filles soient mariées dès sept ou huit ans ; dans les campagnes, 74 % des filles sont mariées avant 15 ans ;
· au Niger, 76 % des jeunes filles pauvres sont mariées avant leurs18 ans ; chez les Fulani, pasteurs nomades, les mariages sont fréquemment arrangés alors que les bébés ne sont pas encore nés.

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