RDC : « Les enfants sont les plus touchés »

Publié le 28 novembre 2012 | Modifié le 19 septembre 2018

Jean Metenier, coordinateur de l’UNICEF pour l’est de la République démocratique du Congo, revient sur la situation à Goma, où 140 000 déplacés, dont la moitié d’enfants, subissent le conflit entre l’armée régulière et les forces rebelles. 

Quelle est la situation à Goma aujourd’hui ?

Jean Metenier : des combats importants ont eu lieu mi novembre dans la ville de Goma entre les troupes de l’armée nationale et les troupes rebelles du Mouvement du 23 mars (M23). Depuis, la situation sécuritaire reste volatile autour de Goma. Il y a bien des escarmouches entre les deux camps, mais à Goma, la situation est relativement calme. Les services publics de base redémarrent avec difficulté. Au niveau médical, la plupart des centres de santé et la clinique de la ville sont opérationnels. Mais pour les écoles qui devaient rouvrir le 26 novembre, le retour des élèves est assez timide. Les parents sont inquiets pour leurs enfants et les professeurs se demandent s’ils vont continuer à être payés.

70 000 enfants déplacés

Pouvez-vous estimer le nombre de déplacés et de réfugiés ?
Dans Goma uniquement, on compte environ 140 000 déplacés, dont 50 % ont moins de 18 ans, soit 70 000 enfants. Certains de ces déplacés occupent des écoles : 14 grands établissements sont ainsi réquisitionnés de fait, ce qui prive 10 000 enfants d’école. Pour les réfugiés, les estimations sont plus difficiles à donner. On évoque le chiffre de 20 000 réfugiés congolais au Rwanda et 10 000 en Ouganda.

 

À quels dangers sont confrontés les enfants ?

Les enfants sont les plus touchés. Ils voudraient juste rentrer à la maison, retourner à l’école et vivre enfin en paix. La première priorité, ce sont les enfants non accompagnés. Avec la panique des affrontements, beaucoup ont été séparés de leurs parents. 152 cas sont officiellement répertoriés, mais ils sont probablement 500, voire plus. L’UNICEF travaille pour faciliter le regroupement des familles.

 

Ensuite, nous avons à faire à une population très mobile, qui se déplace selon les rumeurs qui courent dans la ville. Il est difficile d’avoir une photo exacte de la situation. Les déplacés eux-mêmes ne savent pas où ils vont aller dans les prochaines heures. Faut-il rester à Goma, et dans quel quartier ? Ou essayer de rentrer chez soi ? L’incertitude est grande.

 


Une situation d’urgence… et d’attente

 

Quels sont les besoins de l’UNICEF sur place ?

Dans le cas où les gens seraient contraints de s’installer de manière plus durable, l’UNICEF a préparé des kits non alimentaire, constitués de moustiquaires, éléments de cuisine, couvertures, bâches, nattes pour dormir, savon, etc. Nous disposons de stocks qui permettraient une première distribution, si nécessaire. Mais les besoins pourraient très vite devenir plus importants.

 

Quelles sont les priorités de l’UNICEF sur place ?

Nous œuvrons d’abord pour le retour des enfants à l’école, dans le primaire en particulier. Il faut remettre les écoles en état après leur occupation par des déplacés et redonner du matériel didactique que la plupart des enfants ont perdu après la distribution de la rentrée, en septembre…

 

L’accès à l’eau potable des populations est également un objectif prioritaire pour l’UNICEF. Pendant plusieurs jours, il n’y a eu ni eau ni électricité à Goma. La population utilisait l’eau du lac Kivu, contaminé par le choléra. L’UNICEF a donc monté des points de coordination dans toute la ville pour chlorer l’eau récupérée par les habitants.

 

Il faut aussi aider les déplacés, soit pour faciliter leur installation, soit pour les aider à retourner dans leur village. En fonction de la situation, l’UNICEF agit au cas par cas et s’adapte. Nous sommes dans une situation d’urgence qui est aussi une situation d’attente. 

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