Réfugiés syriens : « Aujourd’hui, on tient à peu près le coup. Mais demain… »

Publié le 13 décembre 2012 | Modifié le 09 septembre 2015

En Jordanie, plusieurs dizaines de milliers de Syriens, dont une majorité de femmes et d’enfants, sont réfugiés dans le camp de Za’atari, à la frontière. L’UNICEF se mobilise pour leur venir en aide et relever un nouveau défi : l’hiver. Reportage.

« Tiens, je croyais que c’était ici... On va faire faire demi-tour ». Dans le camp de réfugiés syriens de Za’atari, en Jordanie, même le personnel de l’UNICEF engagé sur place depuis des mois peine à trouver son chemin. Entre une myriade d’allées sans fin, en plein désert, à 12 kilomètres à peine de la frontière syrienne, des tentes fatiguées abritent entre 30 et 40 000 personnes. Si certains sont un peu mieux lotis que d’autres en ce début d’hiver où la température nocturne peut atteindre zéro degré, la grande majorité des familles doit faire sans chauffage et avec deux couvertures par personne. Les habits chauds manquent, quand ils ne sont pas inexistants pour des populations qui ont fui la Syrie l’été dernier, t-shirt sur le dos et claquettes aux pieds. Les jeunes femmes enceintes, les enfants, bébés de quelques mois ou adolescents, ne sont pas mieux lotis. Dans les sanitaires, l’eau chaude est un mirage. Alors pour se laver, on se contente d’eau glacée, ou on mise sur les rayons du soleil de midi pour réchauffer une bassine. L’eau potable, denrée rare dans le pays, est disponible pour tous, autour des installations fournies par l’UNICEF.
 

Nouvelles installations

 
Comme une promesse, un nouveau « quartier » de 2 500 mobile-homes sort de terre au fond du camp. L’espace ne manque pas pour aligner à perte de vue baraquements, sanitaires, aires de jeux et de protection pour les enfants. Mais déjà, le personnel humanitaire s’interroge : « Comment choisir ceux qui pourront habiter ces containers ? » Prioritaires, les femmes et les enfants qui représentent plus de la moitié de la population totale de Za’atari…
 
Depuis un monticule surplombant le camp, les premières maisons syriennes semblent à portée de main, de l’autre côté de la frontière. « C’est dix minutes en voiture », lâche, le cœur lourd, un membre du bureau jordanien de l’UNICEF. Une autoroute, une langue de terre caillouteuse où blatèrent quelques dromadaires de bédouins installés là, et puis la guerre. Une violence inouïe qui s’affiche sur les vidéos des téléphones mobiles visionnées en boucle par les jeunes hommes désœuvrés du camp.
 

Penser à autre chose

 
Ces images, les installations réservées aux enfants veulent les faire oublier. L’école, flambant neuve, accueille plusieurs milliers d’élèves et plusieurs centaines de professeurs. Cartables bleu UNICEF sur les épaules, les enfants rejoignent la classe, filles le matin, garçons l’après-midi, dans un brouhaha soudain très normal. Plus loin, sous les tentes joyeusement taguées des espaces récréatifs, ce ne sont que sourires, sauts de cabri, jeux et chants à tue-tête. « On est là pour leur changer les idées », résume un animateur, habillé d’un t-shirt Save the children – UNICEF. Et ça marche.
 
Derrière les grilles de l’espace de protection pour les enfants géré par International medical corps (IMC), l’idée est la même. Mais les enfants accueillis, particulièrement touchés par la guerre et ses conséquences, sont moins nombreux. On fête l’arrivée du panier de basket, qui aura fort à faire pour rivaliser avec le foot, plébiscité par garçons et filles. Certaines de ces adolescentes préfèrent dessiner en rangs serrés, dans un mobile-home envahi d’un silence qui tranche avec la frénésie de Za’atari. Au dehors, la conseillère d’IMC, Mary-Jo Baca, peste contre « le manque d’argent » à disposition pour aider les enfants : « On a une seule structure comme celle-là, il nous en faudrait sept ! » Sur la route du camp, Pip Leighton, spécialiste Urgences pour l’UNICEF, avait prévenu qu’on ne pourrait « pas continuer éternellement avec des moyens aussi faibles ». Et d’ajouter, laconique, devant l’entrée de Za’atari qui avait encore reçu plus de 400 nouveaux arrivants cette nuit-là : « Aujourd’hui, on tient à peu près le coup. Mais demain, non. »

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