Refusons la mort évitable de millions d'enfants

Publié le 19 septembre 2012 | Modifié le 15 janvier 2016

Tribune par Anthony Lake, directeur général de l'UNICEF et Michèle Barzach, présidente de l'UNICEF France, publiée sur lemonde.fr le 19 septembre 2012.

Au cours des deux dernières décennies, le monde a fait d'immenses progrès dans la réduction de la mortalité des enfants grâce à de nouveaux vaccins, de meilleurs soins de santé, des investissements dans l'éducation et des engagements forts de la part des gouvernements. L'UNICEF et ses partenaires viennent de publier de nouveaux résultats montrant que le nombre de décès d'enfants de moins de 5 ans a presque diminué de moitié, passant de 12 millions par an en 1990 à 6,9 millions en 2011.

L'histoire de la survie de l'enfant au cours des deux dernières décennies est à la fois celle d'une belle réussite et d'un combat à ce jour inachevé. Les Etats ont peu à peu montré que faire de la survie des enfants une priorité et investir dans les toute premières années se traduit par moins de décès, des vies meilleures et des bénéfices à long terme pour toute la société. Pour autant cette évidence est loin d'être généralisée et même si les progrès réalisés pour sauver les vies des plus jeunes s'accélèrent, au Nord comme au Sud, certaines régions du globe, certains pays et zones à l'intérieur de ces pays sont toujours à la traîne.

 

Nous avons les outils ; il faut désormais un élan concerté

 

Le rapport de l'UNICEF le montre, c'est en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne que la mortalité des enfants est la plus forte ; les enfants des zones rurales sont plus exposés à la mort avant leur cinquième anniversaire que les petits citadins ; et les décès d'enfants sont plus nombreux parmi les populations défavorisées et marginalisées. C'est en direction de ces enfants, les plus vulnérables, que doivent porter nos efforts en priorité.

Un élan concerté est nécessaire pour permettre à tous les enfants, quels que soient leur lieu de naissance et leur origine sociale, de survivre et de se développer. Face à ce défi, la bonne nouvelle est que nous disposons de la connaissance, des outils, des traitements et de la technologie pour préserver des millions de vies chaque année.

Nous savons que les plus grandes menaces qui pèsent sur les jeunes enfants sont la pneumonie, la diarrhée, le paludisme.

Nous savons aussi que la plupart des décès d'enfants ont lieu pendant les premiers mois de la vie ; que les chances de survie d'un enfant sont plus élevées si sa mère est en bonne santé ; que la malnutrition est la cause sous-jacente de 30% à 50% des décès des moins de 5 ans.

Et nous savons ce qu'il faut faire pour éviter et prévenir ces dangers !

 

Sauver des vies ne repose pas que sur des interventions de santé

 

Des solutions peu couteuses existent et sont accessibles , comme les vaccins contre la rougeole, la polio et le traitement préventif de la transmission du VIH de la mère à l'enfant ; les sels de réhydratation orale et le zinc pour traiter la diarrhée ; les antibiotiques contre la pneumonie ; et l'ocytocine qui évite à la mère le risque d'hémorragies mortelles pendant et après l'accouchement. Le traitement de la malnutrition a lui aussi fait d'immenses progrès, tant à travers la connaissance des mécanismes de la maladie, que dans l'apparition de nouveaux produits thérapeutiques.

Par ailleurs, les études de l'UNICEF montrent que lorsque les femmes bénéficient de soins prénataux adaptés, de personnels de santé qualifiés lors de l'accouchement et de soins obstétriques d'urgence, les bénéfices pour elles et leurs bébés sont immenses.

Mais rappelons-le, sauver des vies ne repose pas uniquement sur des interventions de santé. L'accès à l'eau et à des installations sanitaires améliorées, le lavage des mains avec du savon, l'allaitement maternel exclusif, une meilleure nutrition pour les mères et leurs bébés sont essentiels si nous voulons diminuer le nombre inacceptable de décès parmi les femmes et les enfants.

L'éducation est une autre composante de l'équation. Un enfant né d'une mère sachant lire a beaucoup plus de chances de vivre au-delà de son cinquième anniversaire, que celui né d'une mère illettrée. Chaque année supplémentaire de scolarité dans la vie d'une fille réduit de 10% le risque de décès de son futur bébé.

 

Un appel international

 

Le message est sans équivoque : nous pouvons radicalement réduire la mortalité des enfants. Des stratégies solides, l'augmentation des interventions reconnues et efficaces, des ressources adaptées, et par-dessus tout la volonté politique, sont des impératifs absolus.

A travers son appel international, "S'engager pour la survie de l'enfant : une promesse renouvelée", l'UNICEF et ses partenaires invitent les gouvernements, la société civile, les organisations confessionnelles et le secteur privé à s'unir autour d'un objectif clair et incontournable : donner à chaque enfant le meilleur début possible dans la vie.

Une centaine de gouvernements et de nombreuses organisations ont déjà signifié leur engagement à augmenter les actions pour atteindre cet objectif en signant notre appel. Nous appelons donc aujourd'hui le gouvernement français à renouveler sa promesse pour la survie des enfants.

Nous devons saisir l'opportunité de construire sur ce qui a été réalisé pendant les deux dernières décennies. Chacun a un rôle à jouer : gouvernements, organisations de la société civile, etc. Chacun d'entre nous peut s'engager !

Ensemble nous pouvons et nous continuerons à agir pour que les millions de décès évitables soient du passé et pour donner à chaque enfant du monde les mêmes chances de survie.

 

Anthony Lake, directeur général de l'UNICEF et Michèle Barzach, présidente de l'UNICEF France

En savoir plus

Depuis la rédaction de cette tribune, la France a signé l’appel de l’UNICEF déjà soutenu par 128 pays.

« Une promesse renouvelée », le site (en anglais)

Notre article "La survie des enfants est sur la bonne voie !"

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