Retourner à l’école, malgré la peur

Publié le 28 août 2008 | Modifié le 31 mars 2016

Déjà cinq jours et presque la fin de notre séjour. Au cours de notre périple, nous avons pu observer le retour progressif des enfants à l’école, certains en "école de brousse", d’autres dans des écoles formelles qui ré-ouvrent leurs portes malgré leur délabrement, mais toutes pour le plus grand bonheur des enfants, qui rêvent tous d’être un jour médecin ou enseignant.

Partir, rester, revenir… Telles sont les alternatives pour près de 300 000 personnes déplacées.

La brousse, où la vie…

Pour arriver à l’école de Benhan 2, nous parcourons près de 3 km à pied en pleine brousse. Là, une construction de bois bâchée fait office d’école et accueille près de 500 élèves issus des familles qui se sont réfugiées dans la brousse pour fuir les attaques survenues dans leur village.

« C’était l’après-midi, j’étais en train de jouer quand des hommes avec des fusils sont arrivés. Ils ont tiré dans tous les sens, tué des gens. J’ai vu plein de cadavres. Je me suis mis à courir, mes jambes tremblaient, j’avais très peur », nous raconte François, 7 ans. Depuis, il a retrouvé ses parents et vit dans la brousse, comme près de 200 000 personnes, dont les villages ont été totalement brûlés. Dans des conditions d’extrême vulnérabilité, exposées aux maladies, sans eau et sans accès aux soins, chacun tente de survivre. Pour ces familles trop effrayées pour rentrer chez elles, l’Unicef et Coopi, une ONG italienne, développent depuis l’année dernière ce projet inédit des "écoles de brousse". L’Unicef les soutient en fournissant des kits et manuels scolaires, en donnant aux parents une formation d’enseignant et en offrant des bâches qui servent de toit à ces écoles temporaires.
« Si je n’avais pas si peur, je préfèrerais retourner à l’école à Paoua où j’allais avant parce qu’ici quand il pleut, il n’y a pas école », nous confie François. Nous retrouvons, chez tous ces enfants, cette soif d’apprendre et de réussir, comme seule planche de salut pour subsister.

L’école des retournés

Nous reprenons la route pour nous rendre à l’école de Bethoko. Nous sommes accueillis par sa directrice et des centaines d’enfants. Cette école avait cessé ses activités pendant presqu’un an. Aujourd’hui, les activités du village reprennent doucement et l’école a ré-ouvert ses portes même si les conditions d’enseignement sont déplorables. Le bâtiment est totalement détérioré, les classes d’une centaine d’élèves sont surchargées, le bureau du maître est percé d’un large trou au milieu et les enfants ne sont pas apaisés. « Dès qu’ils entendent un véhicule, les enfants se lèvent et partent en courant dans tous les sens mais je les comprends parce que moi aussi j’ai peur ! », nous affirme la directrice sans fausse pudeur.
Quand nous demandons à Clara, 14 ans en classe de CE2, ce qui lui manque le plus dans cette école, elle répond fébrilement en détournant son regard : « Des livres, des cahiers, des cartables, des tables, des bancs et un maître compétent ».
En effet, le problème majeur demeure le nombre insuffisant d’enseignants, la plupart étant partis au plus fort des hostilités. C’est pourquoi l’Unicef a soutenu la formation de 300 parents au métier d’enseignant dans cette région. Dans cette école, l’Unicef a permis la reprise des activités scolaires, avec la fourniture de kits et de manuels scolaires et la formation de six maîtres parents pour assurer l’enseignement aux enfants.
« Je veux tous les jours apprendre à lire et écrire pour devenir maîtresse », nous confie Clara, avant notre départ, le visage enfin rempli d’espoir. C’est pour elle et pour tous ces enfants, que l’Unicef place l’éducation au cœur de son combat.
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Carine Spinosi et Anne-Céline Delinger

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