Rima Salah, directrice régionale UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre

Publié le 21 novembre 2004 | Modifié le 24 décembre 2015

« Nous aidons les enfants soldats à retrouver leur enfance perdue »

Pouvez-vous évoquer rapidement la situation des enfants soldats en Afrique de l’Ouest et du Centre ?
Le bureau régional de l’UNICEF a mis en œuvre un certain nombre d’activités pour mettre fin à l’intégration d’enfants dans les forces armées. En Sierra Leone, la démobilisation des enfants soldats a été un succès total. 7000 enfants ont été démobilisés. L’UNICEF et ses partenaires s’étaient beaucoup impliqués dans l’aide à la réinsertion au sein de la famille.

Dans ce pays, l’UNICEF a également soutenu un projet de chirurgie plastique destiné à faire disparaître les initiales du RUF (Front révolutionnaire uni) gravées sur les peaux des enfants soldats. Ces scarifications les marquaient à vie du sceau des forces armées. En Sierra Leone, les formations professionnelles ont aussi été l’un de nos chevaux de bataille. Les jeunes ont pu être formés à la menuiserie, la mécanique… Certains n’étaient jamais allés à l’école, nous leur avons proposé des programmes qui leur ont permis de rattraper l’école primaire en trois ans ! C’est une grande fierté, pour ces enfants, de recevoir une éducation. Au Liberia, où le programme de démobilisation est en cours, on compte toujours 15 000 enfants combattant au sein des forces armées. En République démocratique du Congo, ils sont 20 000. En Côte d’Ivoire, nous attendions la démobilisation générale des forces armées, qui n’a pas eu lieu. Aux vues de la situation dramatique actuelle dans le pays, nous redoutons que les enrôlements d’enfants recommencent de plus belle. Nous sommes très inquiets à ce sujet. Mon message aujourd’hui est très simple : il ne faut pas utiliser les enfants dans les conflits. C’est un crime !

On parle aussi d’enfants soldats qui passeraient d’un pays à l’autre, d’une armée à l’autre ?
Oui, c’est tout un mélange. C’est vraiment très grave. Par exemple, les enfants du Libéria vont combattre en Côte d’Ivoire. Je me souviens être allée en Sierra Leone, lors du programme de démobilisation. Je me trouvais dans un camps de transit pour jeunes filles. Et, c’est ce qu’elles m’expliquaient : ces enfants vont d’un pays à l’autre, comme des mercenaires. Ils ont complètement perdu leurs repères.

Certains enfants ont-ils tellement perdu leurs repères, justement, qu’ils ne comprennent pas pourquoi ils devraient quitter l’armée ? Est-ce devenu un quotidien hors duquel ils ne s’imaginent pas pouvoir vivre ?
Bien sûr, il y a des enfants qui sont enrôlés depuis l’âge de quatre ou cinq ans, qui ont pratiquement toujours connu la guerre. Ils sont habitués à la violence, au rythme de l’armée. Moi je leur dis : « Si l’on vous démobilise, c’est pour votre futur. » Ils doivent comprendre que la vie civile est différente de la vie militaire. Je me souviens m’être rendue en RDC et avoir visité des camps d’enfants soldats. Ils me demandaient de l’argent, des vêtements, des chaussures, toutes ces choses que nous ne pouvions pas leur donner dans l’immédiat. Car ils avaient été habitués à recevoir de l’argent. Nous, nous cherchons à transformer ces habitudes. Nous les aidons à retrouver leur enfance perdue.

Beaucoup d’enfants soldats sont drogués. C’est systématique ?
C’est malheureusement fréquent dans beaucoup de pays. Les enfants sont drogués pour qu’ils soient soumis, et obéissent à des ordres qui les dépassent. Parfois, ils s’avèrent plus cruels, sous l’effet de la drogue, que certains adultes. Les enfants sont très fragiles psychologiquement. Ils ne sont pas encore formés. La drogue les aide à taire la faim, à oublier leur culpabilité, leur solitude.  

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